« Anachroniques » une exposition qui défie le temps

Après une cinquantaine d'exposition principalement à l'étranger, Pierre-Marc de Biasi expose à Paris à l'espace Cinko du 16 au 20 décembre.

L'exposition « Anachronique » met du lien entre le temps, la mémoire du monde et le bonheur, le désir, le corps et les matériaux. Entretien.



Derrière une baie vitrée opaque d'un ancien bar reconverti en atelier, Pierre-Marc de Biasi étudie, ausculte, malaxe le thème de la mémoire et du temps à travers toutes formes d'art possible.

A cinquante ans passés, cet homme inclassable n'a de cesse d'utiliser, de disséquer la matière et les matériaux pour construire des œ,uvres qui tiennent compte du passé mais également du futur. « Quatre pince à linge sur un fil et on appelle çà de l'art contemporain », s'insurge t-il. Pour redonner du sens à la notion de mémoire et du temps en lien avec les matériaux, les signes mais également leurs rapports au corps féminin, Pierre-Marc de Biaisi revient à Paris après avoir exposer principalement à l'étranger.

Pourquoi avoir choisi comme titre « Anachroniques » pour votre exposition ?
-Mon travail va à contre sens de la création contemporaine actuelle qui se veut éphémère, extrêmement courte dans le temps. A mon sens, l'art doit s'extraire de ce flux tendu qui guide notre vie actuelle. Il doit prendre du recul et tenir compte de l'héritage du passé et anticiper le futur. C'est pourquoi mes travaux ne se situent pas dans un temps défini.

Vous avez entrepris d'exposer 5-6 orientations de votre travail. Y'a-t-il un lien entre ces travaux ?
-Oui forcément. Je cherche à montrer le lien entre le temps, la mémoire du monde et le bonheur, le désir, le corps et les matériaux. Le sable, la terre, le béton... sont indissociables de l'objet en lui-même.

L'espace Cinko vous consacre 400m², quels sont les travaux que vous allez présenter ?


-L'espace Cinko sera découpé en plusieurs espaces.
-Un des espaces sera consacré aux têtes de souffrance. Des têtes qui représentent les petites monstruosités du monde qu'elles soient d'origine gréco-latin, africaine, océanienne. Ces têtes de souffrance sont les seuls objets dont je ne maîtrise pas la création. Elles ont été créées par hasard, en jetant sur une table du béton qui me restait. J'y ai discerné une figure que j'ai travaillée. Les figures, aux côtés pile et face, tiennent sur des tiges de bois souple.

Avec les indéchiffrables, ce qui est intéressant, c'est que l'on est obligé de s'intéresser aux signes, à leur beauté esthétique car on ne

connaît pas leur sens. J'ai créé un alphabet plastique il y a une trentaine d'année. Les indéchiffrables racontent des histoires qui me sont très personnelles. J'espère que personne ne découvrira le sens ! Ces signes sculptés dans du béton rejoignent mes travaux sur les manuscrits. Avec ces recherches, je fais un peu entrer l'histoire du monde dans mon atelier.


Cette notion du temps n'est pas seulement une question de durée. La série des Stries, que j'assimile à des Haïku, petits poèmes japonais, évoque le quotidien, l'instant présent, les petits riens.
Poésie que j'ai également souhaitée développer avec des matériaux industriels. Non pas du plastique mais du papier kraft industriel assimilé à du béton. J'ai nommé cette série Talismans car elle me fait penser aux vieux tissus amérindiens.

Avec les Talismans, on retrouve l'effet de draps plissés que j'ai exploité dans mes Cartographies qui associent des traces de l'espace et des étreintes de corps sur le tissu.



Est-ce que la notion de mémoire et de temps passe t-elle forcément que par des média anciens : peinture et sculpture ?

Non, j'utilise également la vidéo. A partir du film érotique «l'Inassouvissable» que j'ai réalisé, j'ai extrait des images et je les ai mis en scène sous forme de photomontage. Je me suis intéressé non pas à la femme mais à la puissance du genre féminin. La Vénus !

Vous faîtes également appel à d'autres artistes dans votre exposition.
-Effectivement, j'ai demandé à mon ami Pierre Michon, écrivain d'intervenir. Mais également des danseurs, des mixeurs qui proposeront leur propre création en lien avec mes œ,uvres. Je souhaite que cette exposition soit un événement au sens des années 70, c'est-à-dire que toutes les formes d'art soient présentes et puissent s'entremêler.


Espace CINKO
-du 16 au 20 décembre
-12/14 Passage Choiseul
-40, rue des Petits Champs - 75002 Paris.



Par Laure Menanteau

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