Éthiopie - Cité de la Musique - Paris

Archive 31 janvier 2011

La Cité de la musique à Paris invite l'Éthiopie. Très belle, envoûtante et singulière, la musique éthiopienne est à l'honneur les 4 et 5 février 2011, avec un vrai Café azmari installé dans la Rue musicale.

La Cité de la musique propose deux concerts qui permettent de découvrir deux aspects de la musique en Éthiopie aujourd'hui : la tradition représentée par Alému Aga, et la nouvelle musique par deux groupes, Jazzmaris et Zeritu.

Et les Azmaris, ces ménestrels éthiopiens « à la langue bien pendue » et aux voix éraillées de blues poignants, investissent la Rue musicale de la Cité de la Musique, deux soirs de suite, en compagnie de danseurs d'eskesta, aux gestuelles extraordinaires, gracieuses et frénétiques, venus des cabaret d'Addis Abeba.



Un mélange subtil et unique

L'Éthiopie est le seul pays d'Afrique qui, sauf la parenthèse italienne de cinq ans, n'a jamais été colonisé. C'est peut-être ce qui explique que sa musique ait gardé intacte toute sa personnalité.

Dernière musique africaine qui n'était pas parvenue aux oreilles européennes, on la découvre, en France, au début des années 1990, grâce au génial globe-trotter français Francis Falceto, qui parti en Éthiopie en1985, décide de créer un label de disque pour la faire connaître : la collection Éthiopiques.

Malgré le fait que toute la production musicale nationale soit sous le contrôle strict de l'administration impériale, la musique éthiopienne connaît une sorte d'âge d'or entre 1969 et 1978, sous le règne du Roi des Rois. La jeunesse (dorée) de la capitale, et surtout les musiciens ont une oreille sur les sons venus d'Amérique, ceux de la radio de la base militaire américaine de Kagnew à proximité d'Asmara, la future capitale de l'Érythrée.

Les producteurs et arrangeurs abondent et ils vont dynamiter le jazz et le rythm'n'blues américains. Des orchestres se montent et jouent dans les hôtels et tous les clubs prêts à les accueillir. Ce sera l'éthio groove, cocktail lancinant et néanmoins subtil de jazz, de soul...

L'assassinat de Ras Tafari sonne le glas de toutes ces aventures.

Depuis la chute de la dictature du Derg en 1991, les musiques éthiopiennes ont connu un saisissant renouveau. En particulier dans les azmaribets, sortes de cafés ou de cabarets populaires animés par les azmaris, qui sont à l'origine des bardes, des ménestrels vagabonds à la langue bien pendue.

On pourra les retrouver dans le café Azmari de la rue de la Musique !


Musique traditionnelle avec Alèmu Aga

Ethiopie : Alèmu Aga


Né en 1950 dans une famille modeste près d'Addis Abeba, Alemu Aga est aujourd'hui l'un des plus grands maîtres actuels de beganna, une lyre à dix cordes communément qualifiée de « harpe du roi David » et traditionnellement réservée aux debteras, moines ou clercs lettrés, ainsi qu'à la noblesse. Ce qui avait d'ailleurs entraîné son interdiction sous le régime stalinien du Derg, de 1974 à 1991.

Cet instrument était traditionnellement joué par les aristocrates et les grands érudits (debteras). Il accompagne des chants religieux et des textes relatant les grandes épopées. Mais il sait aussi se faire le complice de textes plus “subversifs” ou à tout le moins plus profanes.

L'Éthiopie, convertie dès le IVe siècle, est l'une des premières terres chrétiennes. C'est au VIe siècle que, sous l'inspiration divine, saint Yared aurait donné naissance à une tradition musicale sacrée et fixé le corpus musical zéma de l'Eglise éthiopienne constitué de chants a cappella ou avec accompagnement instrumental et gestuel, danses et tambours (kebero et negarit).

Alému Aga nous les fera entendre en deux concerts, le 4 à 20h et le 5 à 17h


Jazzmaris

Ethiopie : Jazzmaris


C'est un mot-valise, la contraction de jazz et azmaris, le nom des traditionnels bardes d'Éthiopie. Le répertoire du groupe se compose de chansons éthiopiennes modernes —, comme celles chantées par Mahmoud Ahmed, Girma Beyene, Muluken Melesse ou Telahoun Gessesse , les fgrands de l'âge d'or, qu'ils revisitent dans des arrangements puisant aux sources du jazz, du rock et des musiques improvisées.

Zeritu (Zeritu Kebede) est une jeune artiste pop que Nicolas Hulot a choisie pour la bande-son de son film le Syndrôme du Titanic. Mais, avant de défendre la cause écologiste en Occident, la chanteuse à la voix grave et singulière travaillait à marier la musique traditionnelle de son pays avec les sonorités actuelles du rhythm'n'blues. Elle est en train de devenir une icône du renouveau de la musique en Ethiopie.

Ce concert sera diffusé en direct le samedi 5 février à 20h sur www.citedelamusiquelive.tv et www.arteliveweb.com

Réservations : 01 44 84 44 84 ou www.cite-musique.fr




Par Élisabeth Schneiter

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