Exposition : Bijoux Art Déco, Avant-garde

Musée Arts Décoratifs Paris
À partir du 19 mars 2009

Dès le 19 mars 2009, s'ouvre au Musée des Arts Décoratifs de Paris l'exposition 'Bijoux art déco et avant-garde', la toute première rétrospective de bijoux avant-gardistes de la période déco.
L'histoire de la modernité dans les bijoux (graphisme, thèmes choisis, matières employées) cadencée notamment par les créations fascinantes de Jean Després, Jean Dunand, Suzanne Belperron, Jeanne Boivin.
Une salle est réservée aux femmes de la joaillerie et à leurs créations.


Jean Després, pendentif, 1932, argent, or, laque, citrine, Collection Stéphanie Seymour Brant, courtesy of the Brant Foundation © Laurent Sully Jaulmes


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Cubiques, futuristes, en acier, taillés dans le cristal de roche... cette exposition, exceptionnelle par son sujet et son ampleur, rassemble plus de 300 bijoux et pièces d'orfèvrerie des années 1930, sans compter photos et dessins. Les artistes réunis s'illustrent tous par la modernité de leurs créations: qu'il s'agisse de Jean Després, de bijoutiers joailliers tels Jean Fouquet, Gérard Sandoz, Raymond Templier, Jeanne Boivin, Suzanne Belperron, ou d'un décorateur que la parure inspira, comme Jean Dunand.

Organisée autour de quatre grands axes, l'exposition raconte l'histoire fascinante de la modernité dans la joaillerie. Le premier, majeur, ouvre l'exposition : il s'agit de l'œ,uvre de Jean Després. C'est la première fois qu'une rétrospective lui est consacrée. Bijoux moteurs, en céramique et des pièces d'art de la table sont dévoilés.

Dans un second temps, le public découvre une sélection de créations du dinandier et décorateur Jean Dunand, dont ses fameux colliers « girafe », et d'autres créateurs davantage dans l'ombre pendant l'entre-deux-guerres.

Enfin, les femmes de la joaillerie sont réunies : la Maison Boivin rend hommage à ses bracelets ' tranche ' déclinés dans divers matériaux du bois au métal chromé. Suzanne Belperron et ses modèles qui mêlent cristal de roche, fumé ou pierres précieuses séduisent les connaisseurs. L'exposition s'achève avec la présentation des grandes maisons traditionnelles de joaillerie, telles Boucheron, Cartier, Mauboussin, Van Cleef & Arpels.

Jean Després, Bague moteur, 1930, argent Musée des Arts décoratifs, Paris


Durant l'entre-deux-guerres, Paris
brille ! En matière de luxe, elle est la
capitale du monde occidental. La ville
accueille, alors, des manifestations qui
marqueront les esprits, l'Exposition
internationale des arts décoratifs
et industriels modernes en 1925 et
l'Exposition Internationale des arts et
techniques dans la vie moderne en 1937,
deux fêtes grandioses qui jalonnent
cette période appelée « Art déco »

*Rappelons que le terme « Art déco » fut inventé à posteriori lors de l'exposition « Les années 1925 - Art déco, Bauhaus, Stijl, Esprit Nouveau » organisée au musée des Arts Décoratifs, en 1966..


Or, dans la production de cette époque,
un courant novateur se dégage.
Ainsi, en 1928, Jean Després, orfèvre
et bijoutier, se vit refuser la trentaine
de pièces qu'il se proposait d'apporter
au Salon d'automne, les organisateurs
de ce Salon officiel les jugeant trop
« modernes ». C'est la modernité,
justement, que cette exposition
explore. Une modernité qui se traduit
par le graphisme des bijoux, les thèmes
choisis, les matières employées.

Cette génération de bijoutiers, en
prise avec les courants artistiques de
leur temps proche de Fernand Léger
ou Sonia Delaunay, s'inspire aussi
du Cubisme, du Futurisme ou du
Constructivisme russe. Les formes sont
épurées, architecturées. Les lignes se
font géométriques. L'objet de parure
est traité comme une sculpture.

Raymond Templier, broche, Paris, 1937, platine, diamants taille brillant ancien, onyx, cristal, Musée des Arts décoratifs, Paris


Fait nouveau, c'est la vie contemporaine
qui anime ces bijoutiers, non le passé.
Ils sont stimulés par les progrès de la
science
. Ils glorifient la mécanique ,
des boulons, vis sans fin, vilebrequins
deviennent des bijoux. Ils exaltent la
vitesse
. La ville, sa vitalité, suggère
une nouvelle esthétique. Les exploits
aéronautiques, les courses automobiles,
les compétitions sportives, le jazz, sont
autant de sources qui dictent la ligne
des joyaux, mais aussi le décor des
étuis à cigarettes ou nécessaires de
beauté, accessoire indispensable en ces
Années folles, à la femme nouvellement
émancipée.

Modernes, les créations le sont, aussi, par
les matériaux employés. En substituant l'or blanc
au platine, les bijoutiers se veulent plus
accessibles. Ils introduisent les pierres
fines moins coûteuses - améthyste,
topaze, citrine - qu'ils emploient en
volume afin que les parures soient
admirées à distance. Des matières jusque là
inusitées interviennent : l'argent, le
métal nickelé ou chromé, puis l'acier
inoxydable, le palladium, l'aluminium, la
laque. Bracelets et bagues sont sculptés
dans le cristal de roche et autres pierres
dures.


Jean Després

Jean Després, bracelet, 1931, argent, or, laque, amazonite Collection particulière


Bien représentée dans la collection des
Arts Décoratifs grâce à un don important
de l'artiste, l'oeuvre de Jean Després
(1889-1980) ouvre l'exposition. C'est
la première fois qu'une rétrospective lui
est consacrée.
Cent quatre-vingt objets, bijoux
et pièces d'orfèvrerie, ainsi que de
nombreux dessins et documents
d'archives, illustrent les différents
aspects de sa production : les bijoux
moteurs des années 30 inspirés
par l'esthétique industrielle (bielle,
engrenage, roue dentée) , les bijoux glaces
en argent et verre, conçus entre
1929 et 1934 en collaboration avec le
peintre et graveur Etienne Cournault ,
les bijoux-céramiques réalisés en 1937
en collaboration avec le céramiste Jean
Mayodon
.
Sont, également, dévoilés les pièces
d'art de la table, les objets liturgiques,
les reliures que l'orfèvre réalisera dans
les années 1960.


Jean Dunand

Succède à cette présentation, une
sélection d'oeuvres du dinandier et
décorateur Jean Dunand (1877-1942)
dont les fameux colliers « girafe » et les
bracelets manchette, suggérés par l'art
africain, furent portés par la chanteuse
Joséphine Baker ou la modiste Madame
Agnès
, aussi élégante qu'originale.
Un hommage à Paul Bablet, Siegfried
Boès, Paul Brandt, René Robert
, qui
se firent remarquer dans les grandes
manifestations de l'entre-deux-guerres
et qui ont été oubliés depuis, clos cette
première partie.


Gérard Sandoz, Jean Fouquet, Raymond Templier

Gérard Sandoz, bague demi-globe, Paris, 1928, or, argent, émail rouge et noir, coquille d’oeuf, Collection Jean-Pierre Malga, Paris


Le public découvre, au fil de la visite,
trois créateurs, Gérard Sandoz (1902-
1995), Jean Fouquet (1899-1984)
et Raymond Templier (1891-1968).
Tous trois appartiennent à une dynastie
de joailliers renommés, établis à Paris
depuis le XIXe siècle.
Jean Fouquet, broche, Paris, 1925, or jaune et blanc, onyx, laque, cristal de roche et diamants taille brillant ancien The Toledo Museum of Arts, Toledo


Ils en représentent
la troisième génération - et la dernière.
En créant des modèles pour leurs
maisons familiales, ils apportèrent une
innovation déterminante.
Jean Fouquet, Maison Georges Fouquet, bracelet, Paris, vers 1929, or gris, platine, diamants taille brillant ancien, émail noir, jade taille cabochon, Virginia Museum of Fine Arts, Richmond

Ce trio de
bijoutiers adhère dès 1929 à l'U.A.M
(Union des Artistes Modernes)
, une
association, présidée par l'architecte
Robert Mallet-Stevens, qui luttait en
faveur de l'avant-garde et réunissait
des créateurs venus d'horizons divers.

La carrière de Gérard Sandoz dans le
bijou est brève, mais fulgurante. (Il
l'abandonne pour le cinéma en 1931).
Ses créations, aux lignes abstraites, se
distinguent par leur aspect monumental
et sculptural.

Jean Fouquet, doté d'une imagination
inépuisable, est capable de concevoir,
durant la même année, en 1931, un
bracelet « roulements à billes » en ébène
et métal chromé et la plus délicate des
parures, en cristal de roche incrusté de
cabochons d'améthyste et pierres de
lune.

Quant à Raymond Templier, on l'a
surnommé « l'architecte du bijou ».
Attiré par l'équilibre, il sait jouer des
oppositions entre le noir et le blanc, le
mat et le brillant, les régions ombreuses
et lumineuses. Autre constante de son
oeuvre, il courbe le métal pour qu'il serve
de réflecteur aux pierres et intensifie la
lumière.


Les femmes de la joaillerie

Maison Boivin, bracelet « Tranche », Paris, modèle de 1933 acier inoxydable, clous en alliage cuivreux doré Musée des Arts décoratifs, Paris

La salle suivante réunit les femmes de
la joaillerie.
La maison Boivin, fondée par René
Boivin
en 1890, fut animée, à la mort
de ce dernier, par son épouse Jeanne,
née Poiret
. Ses bijoux sont intemporels,
notamment les bracelets « tranche »
déclinés dans divers matériaux, du bois
au métal chromé. Ses bagues et bracelets
taillés directement dans la pierre dure,
ou la pierre fine, et sertis de gemmes,
étonnent tant ils paraissent actuels.

Suzanne Belperron, Maison Bernard Herz, bracelet, Paris vers 1934, platine, cristal de roche, diamants taille brillant ancien, Collection privée, New York


Suzanne Belperron (1900-1983),
après avoir passé plus de dix ans chez
Boivin, de 1919 à 1932, travaille pour
le marchand de pierres Bernard Herz.
L'audace de ses modèles qui mêlent,
eux aussi, cristal de roche, calcédoine
ou quartz fumé aux pierres précieuses
et fines, séduit les personnalités de
la mode ou du spectacle telles qu'Elsa
Schiaparelli
, créatrice de haute-couture
et la journaliste Diana Vreeland.


Les grandes maisons traditionnelles


La présentation s'achève avec celles
des grandes maisons traditionnelles
de joaillerie qui n'ont pas ignoré la
modernité. Certaines ont disparu, telles
Lacloche et Dusausoy qui reste dans
l'histoire avec un bijou spectaculaire « à
combinaisons et à transformations » en
platine et brillants, pouvant se porter de
vingt-sept manières différentes... Enfin,
si Boucheron, Cartier, Mauboussin,
Van Cleef & Arpels
sont réputés
pour leurs bijoux Art déco inspirés
des civilisations anciennes, le visiteur
découvrira plusieurs de leurs créations
étonnamment avant-gardistes.

- Commissaires de l'exposition :
- Melissa GABARDI, historienne de l'art du bijou
- Dominique FOREST, conservatrice - département Moderne et Contemporain -
musée des Arts décoratifs
- Laurence MOUILLEFARINE, journaliste
- Evelyne POSSÉMÉ, conservatrice - département Art nouveau/Art déco -
musée des Arts décoratifs

- Scénographes :
- Marc BARANI
- Brigitte FRYLAND

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Publications

- Bijoux modernes et Art déco
- Collectif
- 256 pages,
350 illustrations
- Format 23 x 30,5 cm
- Relié sous jaquette
- Coédition Les Arts Décoratifs/Éditions
Norma
- 55 €

- Jean Després, bijoutier et orfèvre
entre Art déco et Avant-garde
- Melissa Gabardi
- 224 pages,
300 illustrations
- Format 23 x 30,5 cm
- Relié sous jaquette
- Coédition Les Arts Décoratifs/Éditions
Norma
- 55 €


- MUSÉES DES ARTS DÉCORATIFS
- 107, rue de Rivoli —, 75001 Paris
- Téléphone : +33 01 44 55 57 50
- Métro : Palais-Royal, Pyramides, Tuileries
- Ouverts du mardi au vendredi de 11 h à 18 h/
Samedi et dimanche de 10 h à 18 h/
Nocturne le jeudi jusqu'à 21 h
- Collections permanentes
et expositions temporaires :
entrées
plein tarif : 8 €, tarif réduit : 6,50 €
- Site: www.lesartsdecoratifs.fr



Par Nicole Salez

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