France 2, Fais danser la poussière : rencontres sur le tournage

Le 9 février prochain à 20h35, France 2 diffusera « Fais danser la poussière », le film adapté du récit autobiographie éponyme de Marie Dô, battante au grand coeur issue de la mixité qui en a cosigné le scénario et réalisé les chorégraphies. Petite incursion dans l'envers du décor, lors du tournage du film.





Le synopsis du film. Elevée par sa mère bretonne, Maya, petite métisse, part à la recherche de son histoire...A travers ses rencontres, ses expériences, et malgré ce monde sans indulgence, sans complaisance à son égard, elle parvient à se hisser au sommet de son art : la danse. Le plus grand chorégraphe du moment l'emmène à New York.

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Août 2009. Aujourd'hui le soleil est à son plein. Tandis que ses rayons traversent les larges baies vitrées de l'imposante maison de la Culture de Bobigny, au deuxième étage, il fait noir dans la salle de répétition de « Fais danser la poussière ». « Tout le monde est en place ? interroge le réalisateur Christian Faure, « silence... moteur... play-back...action ! ». Sur scène, Tatiana Seguin apparait soudain dans la flaque de lumière des projecteurs : c'est Maya la métisse au comble de sa passion, la danse. D'abord allongée, comme inanimée, elle se lève progressivement et semble s'envoler dans un léger tournoiement. C'est comme si sa fine robe pailletée la nimbait de cette nouvelle lumière que procure le bonheur après de longues années de difficultés et de lutte. Applaudissements à tout rompre. « Coupez !». La scène a duré quelques minutes. Puis, nouvelle prise, avec cette fois sur le plateau, Larrio Ekson, dans toute sa prestance. Il interprète le rôle du grand chorégraphe new-yorkais Alvin Ailey (Calvin Bailey dans le film). « Coupez !». Au bord de la scène, Marie Dô a l'oeil à tout, elle se concerte avec le metteur en scène, l'équipe de tournage, les artistes. La prise est-elle bonne ? Faut-il la refaire ? On corrige ici la place d'un pied, là un mouvement de bras. Tout au long de la journée, dans ce même lieu devenu une véritable fournaise les danseurs évolueront au rythme d'une chorégraphie mêlant classique, modern jazz, contemporain, hip-hop pour célébrer Maya et son histoire hors normes entre une cour de ferme, Paris et New-York, et plus généralement celle des 'mal partis - bien arrivés'.


Marie Dô, co-scénariste et chorégraphe du film



A l'occasion d'une courte pause, Marie Dô est venue s'asseoir dans les gradins à mes côtés. Difficile de répondre aux questions alors qu'elle est complètement immergée dans sa création. Toutefois, au fil de ces quelques instants volés, on comprend qu'il ne s'agit pas uniquement d'assurer ses différentes tâches dans ce film, mais bien de contribuer à porter un message : celui du courage, de la persévérance, de l'ouverture. Fais danser la poussière ne serait-il que l'histoire du destin d'une petite métisse ? 'Le véritable propos de Fais danser la poussière n'est pas la place qu'on vous donne mais celle que vous choisissez d'avoir, dit-elle. La pratique d'un art, d'une passion est un facteur merveilleux de résilience. Et Maya personnifie la résilience. Elle aurait dû disparaître avec tout ce qui lui est arrivé, mais son histoire a fait d'elle quelqu'un de très fort et de joyeux.' Marie Dô sait de quoi elle parle, puisque comme son héroïne Maya, elle est née d'une mère bretonne et d'un père noir inconnu et a dû franchir bien des obstacles pour enfin pouvoir s'épanouir dans la danse, se hisser au sommet de son art, danser notamment aux Ballets Jazz de Montréal et au célèbre Alvin Ailey American Dance Theater de New York, être elle enfin, au delà des préjugés et des différences. Avant de partager son histoire hors-normes en écrivant “Fais danser la poussière“. Mais, voilà que Marie Dô retourne vite à la gestion de sa chorégraphie.


France Zobda, productrice



13 h, on se retrouve dans une grande salle de la maison de la Culture de Bobigny pour un déjeuner à la bonne franquette. Elle-même antillaise et danseuse, la productrice France Zobda, dit avoir été bouleversée en lisant le roman de Marie-Dô. “J'ai y ai trouvé un écho universel car tout le monde peut s'identifier, dit-elle. L'avantage d'un personnage tel que Maya, c'est le regard rebelle mais toujours positif que pose cette petite fille sur la vie et les gens qu'elle croise. Elle n'est jamais dans la plainte, ni la complainte ou la victimisation, mais se pose en observatrice ou en gagnante. Je pense qu'aujourd'hui on a besoin d'héroïnes comme cela pour montrer qu'avec la volonté on peut réussir, explique-t-elle. La participation de Marie Dô en tant que chorégraphe, était essentielle : de son exigence dans le choix des danseurs à la sensualité de ses chorégraphies, son professionnalisme est indéniable. Il me paraissait aussi évident de choisir un réalisateur à la hauteur du sujet, et là, Christian Faure était pour moi incontournable. '




Larrio Ekson, danseur et acteur

Entre deux cuillerées, Larrio Ekson me raconte brièvement son parcours. Né dans le ghetto de Harlem, à New York, de père indonésien et de mère d'origine mexicaine, Larrio Ekson descend également des tribus indiennes Apaches et Séminoles, un beau melting pot qu'il considère aujourd'hui comme une richesse, mais qui, à l'époque, pouvait plutôt être considéré comme ne l'étant pas. A 16 ans, contre l'avis de son père, il fait ses débuts sur les planches. Remarqué par une mécène avisée, il obtient une bourse pour étudier la danse. En 1970, il débarque à Paris en touriste, puis suit les cours de Nina Vyroubova, ex-Etoile de l'Opéra de Paris et du Ballet du Marquis de Cuevas. Sa rencontre avec Carolyn Carlson constituera un tournant décisif. Il participera quasiment à toutes ses créations. Il travaillera aussi avec Maurice Béjart, Jiri Kylian, Roland Petit... « Alvin Ailey ? Je l'ai rencontré en 1975, dit-il, mais je n'ai pas travaillé avec lui. En interprétant son personnage dans le film j'essaie de rendre hommage à ce grand chorégraphe, à sa grande âme, de traduire son ouverture au monde. Le travail d'Alvin Ailey a été énorme, il faut penser qu'à l'époque, il n'y avait pas de compagnie noire, ou avec des gens de couleur de peau différente.' Danseur, chorégraphe et pédagogue réputé au plan international, mais aussi acteur de film et de théâtre, Larrio Ekson affiche lui aussi un parcours comme une leçon de vie. Preuve également que sur le bord de sa route on peut rencontrer des 'gens de miel' qui changent votre destin.


Tatiana Seguin, danseuse et actrice



Tatiana Seguin vient de nous rejoindre pour un court instant. La jeune danseuse ne prend même pas le temps de s'asseoir. A la voir grapiller rapidement de ci de là, on comprend qu'elle puisse garder la ligne ! A peine m'explique-t-elle un bout de son parcours, que la belle retourne s'entraîner. Née en 1983 à Angoulême, Tatiana Seguin a commencé la danse très jeune et a bénéficié des cours d'une mère professeur de danse. Elle a travaillé avec les chorégraphes Redha et Kamel Ouali. Après des débuts dans la Star Academy sur TF1, elle a joué dans la comédie musicale de Kamel Ouali, Cléopâtre. Tatiana Seguin précise qu'elle a également intégré l'école d'Alvin Ailey et y est restée six mois. Avec Fais danser la poussière, elle est comédienne pour la première fois. 'J'étais émue par l'histoire de Maya, dit-elle car, contrairement à elle, j'ai eu la chance, dans ma petite vie, de ne pas souffrir de mon métissage.'
Il suffit de voir le sourire radieux de Tatiana, sa gentillesse, sa bonne humeur et la joie de vivre qu'elle dégage pour penser que l'espoir est en ce monde.




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- Fais danser la poussière
- Un film de Christian Faure
- Scénario et dialogues de Bruno Tardon et Marie Dô
- Adaptation de Bruno Tardon
- D'après le roman autobiographique de Marie Dô Fais danser la poussière aux Editions Plon
- Une production Eloa PROD
- Une production de France Zobda et Jean-Lou Monthieux
- En coproduction avec Expand Drama, BE-Films, RTBF
- Avec la participation de France Télévisions, pôle France 2 et du Centre National de la Cinématographie
- Avec le soutien du Fonds Images de la diversité et de l'ACSE, Région Ile de France - Responsables artistiques : Marie Dupuy d'Angeac, France Camus Directeur de la fiction pôle France 2, Vincent Meslet




- Photos : Nicole Salez
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