Ian McEwan : Sur la plage de Chesil

Archive 06 octobre 2008

Ian MacEwan révèle l'incapacité de dire et d'agir de deux jeunes amoureux dans la prude Angleterre des années 1960. « Sur la plage de Chesil » est un roman sublime de la rentrée littéraire.



Une nuit. La nuit de noce. La nuit de tous les espoirs. Et pourtant quelque chose ne va pas.
-Nous sommes en 1962. Tous deux viennent d'un milieu instruit. Florence est violoniste. Edward est historien. Ils se sont rencontrés au cours d'une réunion pour le désarmement nucléaire. Ils se marient dans une auberge du Dorset. Tous les deux vierges. Ils vont se découvrir. Leur nuit de noce tourne au fiasco.

Que s'est-il passé au juste ? Rien. Trois fois rien. « Voilà, se dit Edward des années plus tard. Voilà comment on peut radicalement changer le cours d'une vie : en ne faisant rien ».
-Ian McEwan détaille précisément, minutieusement, méticuleusement les petits-rien de cette soirée qui font que la vie bascule, déraille, s'écroule.
-A la pensée de la nuit à venir, les deux amoureux à table éprouvent une panique grandissante. Ils font mine d'écouter les actualités internationales à la BBC. Se rendent bien compte que c'est grotesque. Edward et Florence ne se disent rien. Et c'est MacEwan qui restitue leurs pensées, leurs pulsions, leurs angoisses en passant d'un univers psychologique à l'autre.

Elle : si vive était la conscience de Florence de ce contact, de la pression chaude et moite de la paume d'Edward contre sa peau, qu'elle pouvait imaginer, voir avec précision son long pouce incurvé dans la pénombre bleutée de sa robe, attendant patiemment son heure telle une tour de siège devant les remparts de la ville, son ongle bien coupé effleurant la soie grège aux fronces minuscules près de la bordure en dentelle, mais aussi —, elle en certaine, elle le sentait —, un poil pubien qui dépassait.
-Lui : Oui c'était tellement simple. Pourquoi n'étaient-ils pas là-haut en cet instant précis, au lieu de rester assis sur ce lit, à refouler toutes ces choses dont ils ne savaient comment parler ou qu'ils n'osaient pas faire ».
De ce récit intense à deux voix, Ian MacEwan souligne l'incapacité de deux êtres qui s'aiment farouchement à se parler et à agir.


'Sur la plage de Chesil' de Ian McEwan
-Ed Gallimard, septembre 2008
-158 pages
-16,90€


L'auteur
-Avec un père dans l'armée britannique, Ian MacEwan a grandit en Extrême-Orient, en Libye et en Allemagne. Il s'impose sur la scène littéraire britannique avec deux recueils de nouvelles, First Love, Last Rites (1975) et In-Between the Sheets (1978). Il a reçu plusieurs distinctions dont le prix Fémina étranger en 1983 avec « l'enfant volé ».


Les romans


--Le Jardin de ciment (The Cement Garden, 1978) Seuil (1980)
Un bonheur de rencontre / Étrange séduction (The Comfort of Strangers, 1981) Seuil (1983) / Points Roman n° 448 (1991)
--L'Enfant volé (The Child in Time, 1987, Whibread Novel of the Year Award) Gallimard « Du monde entier » (1993, Prix Fémina étranger 1993)
--L'Innocent (The Innocent or the special Relationship, 1990) Seuil (1990)
--Les Chiens noirs (Black Dogs, 1992) Gallimard « Du monde entier » (1994)
--Délire d'amour (Enduring love, 1997) Gallimard « Du monde entier » (1999)
--Amsterdam (Amsterdam, 1998, Booker Prize 1998) Gallimard « Du monde entier » (2001)
--Expiation (Atonement, 2001) Gallimard « Du monde entier » (2003).
--Samedi (Saturday, 2005) (James Tait Black Memorial Prize) Gallimard « Du monde entier » (2006)
--Sur la plage de Chesil (On Chesil Beach, 2007) Gallimard « Du monde entier » (2008)

Par Laure Menanteau

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