”Lucide” au théâtre Marigny : turbulences en vue !

Après La Estupidez (La connerie), La Paranoïa et L'Entêtement, le metteur en scène Marcial Di Fonzo Bo s'attaque à une nouvelle pièce de son compatriote argentin Rafael Spregelburd, Lucide, jouée au théâtre Marigny jusqu'au 7 avril. Une comédie surprenante et décalée qui vaut le détour.




Névroses à tous les étages

Le début de Lucide est un peu déconcertant, mais tout de suite drôle. Un grand échalas maigre comme un clou apparaît face au public pour raconter sa première grande émotion footballistique. Un but glorieux marqué à l'aune de ses dix ans, et qui lui vaut l'admiration de tous. Lucas (Micha Lescot) parle avec un cheveu sur la langue, fait partager son excitation grandissante à l'évocation de ce souvenir d'enfance, mais ne paraît guère plus assuré que quinze ans plus tôt.

Les raisons de ce malaise, à chercher dans la névrose familiale, on les découvre rapidement. Dans un restaurant à la mode où chaises en plastique et serveur vêtu d'une simple peau de bête sont de rigueur.

C'est l'anniversaire de Lucas. Sa mère, Tété (Karin Viard), et sa sœ,ur, Lucrèce (Léa Drucker), sont présentes pour partager ce moment avec lui. Tout le monde paraît s'entendre à merveille, l'enthousiasme est à son comble, Lucas est aux anges. Mais bientôt, le mécanisme s'enraye, l'excitation vire à l'hystérie, la naturel reprend le dessus, l'image d'Épinal se fissure.




Une construction en puzzle

Une porte coulissante se referme sur la salle de restaurant. La scène est désormais réduite à un salon et une cuisine, où l'on retrouve Lucrèce et sa mère. Changement de décor et d'ambiance. Le dialogue est tendu, la relation distante. Par bribes, on comprend que la mère et la fille ne se sont pas vues depuis plus de quinze ans, que la fille revient pour une raison précise.

Karin Viard, formidable en mère névrosée d'un égoïsme forcené s'agite dans tous les sens, tentant vainement de comprendre quelque chose à la vie qu'a menée sa fille durant les quinze années passées, en y mettant une mauvaise fois évidente. Au téléphone, son amant (Philippe Vieux, qui joue aussi le serveur), un prof de tennis fraîchement rencontré sur internet qui fera bientôt office de chien dans un jeu de quille.

C'est avec, en toile de fond, ce climat familial délétère que les scènes se succèdent à un rythme effréné, obligeant le spectateur à reconstituer petit à petit le puzzle de l'intrigue, à la manière d'un film d'Iñárritu.





Frontières brouillées

D'un côté se tient le monde idéal du restaurant, qui correspond aux « rêves lucides » que son thérapeute demande d'imaginer à Lucas, mais sur lequel le pauvre garçon, qui souffre d'un Œdipe très mal digéré, a de moins en moins d'emprise. De l'autre et séparé par une simple cloison coulissante, le monde réel où Lucrèce débarquée de Miami, (à moins que ce ne soit de Béthune), est revenue chercher un bien qui lui appartient, sur la base d'un mystérieux pacte.

Mais les frontières entre ces deux mondes, poreuses, finissent par se confondre, empêchant bientôt de distinguer le vrai du faux, le réel de l'imaginaire, jusqu'à la résolution finale.

Prenez le tout, mélangez dans une grande lessiveuse et vous obtiendrez une pièce drôle, remarquablement interprétée, menée à un rythme endiablé, et qui réserve bien des surprises...

Une pièce différente, déroutante, qui nous emmène loin de notre culture cartésienne, mais qui fait souffler un vent différent et bienvenu dans la création théâtrale.


Théâtre Marigny

du mardi au vendredi à 21h le samedi à 16h30 et 21h (relâches les 7, 8 et 24 février)

Réservations : 0 892 222 333

http://www.theatremarigny.fr/fr/programmation/bdd/id/108-lucide



Par Juliette Rabat

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