Pekin et la Chine inconnus

Archive 14 août 2008

Au Cap Corse. Des lieux d'histoire, des itinéraires singuliers, des personnalités peu ordinaires: rencontres

Au couvent de Morsiglia, se tient l'exposition de peinture de Charles Chauderlot. En douze années de pérégrination à travers la Chine, l'artiste a représenté les lieux qu'il a parcourus et aimés et qui ont, pour la plupart, disparu. Organisée par Yves Stella, l'exposition est installée dans un lieu magique, un ancien couvent mariste situé en plein maquis à la pointe du Cap Corse.

La Chine, les Chines de Charles Chauderlot n'existent plus : les endroits qu'il peint, au pinceau et a l'encre, sont maintenant détruits ou transformés , ses peintures, réalisées sur place, sont un témoignage d'une diversité et d'une culture qui disparaîssent.

À l'accueil, sous la haute voûte de l'église, un dépliant présente la carte de la Chine, et situe les lieux représentés dans les peintures.

Pékin est très présent : le vieux Pékin, avec ses Hutongs (ruelles) et ses temples, portails, constructions ... « et là, c'était ma maison ! » ,

Mais aussi la Cité Interdite : pour la peindre, il a eu l'autorisation exceptionnelle de travailler dans les parties interdites au public ...y compris dans des positions très personnelles, perché au sommet d'un toit, durant des jours avec ses pinceaux...

Il est devenu le défenseur de cette architecture et de son mode de vie, et, à son grand étonnement, a été reconnu sur place comme tel par la population de Pékin !

Mais il n'y a pas que Pékin : «En Chine, la diversité des types de constructions m'a fasciné , et j'ai voulu rendre compte de cette immense richesse », dit-il.

Pour cela, il va parcourir toutes les régions, et peindre.
Ses peintures donnent un aperçu des diversités « des Chines », comme il aime à le souligner.

« Ici, c'est un village d'une minorité Miao , où je finance la scolarité de filles qui n'ont pas le droit d'aller à l'école »

« Là, c'est Kashgar, une ville du Xinjiang musulman, avec son minaret, ses femmes voilées !
Oui, c'est aussi la Chine !

L'itinéraire personnel et artistique de Charles Chauderlot est singulier , à 11


ans, devant ses dessins, son professeur lui offre une formation particulière, « Le rêve, dans un vrai atelier, avec un véritable artiste, des cours particuliers pendant des années... »

Adulte, la vie pratique le rattrape : droit et Sciences Po, puis activité professionnelle dans l'assurance ! pendant 15ans , mais dessin et peinture sont toujours présents.

Les accidents de la vie le font se remettre en question, réfléchir, changer...ce sera la peinture.

Il se lance, repasse des concours pour se tester, reçoit des prix, prend confiance, ouvre une galerie d'art...quitte tout et part en Chine pour douze ans.
À Pékin d'abord. Il travaille. « Pour être artiste, il faut d'abord travailler, et travailler, se donner une discipline de vie... »

À Pékin, il ouvre une première galerie, avec ses peintures , dans les Hutongs , elle est détruite avec eux.

Puis une autre, au Peace Hôtel. Le SRAS arrive. La galerie ferme, puis ouvre de nouveau Son associé disparaît avec la caisse et les tableaux...
Mais Pékin n'est pas toute la Chine, et il veut voir.

Il voyage, dans les provinces les plus reculées, au sein des ethnies peu connues et encore existantes, avec leurs traditions et leur culture. Il peint, dessine, peint, dessine.

Ce qu'il peint ? d'abord comment : à la chinoise, au pinceau et à l'encre. Il peint ce qu'il voit, ce qu'il ressent « toutes ces Chines si différentes ».
« Je veux reproduire ce qui se forme dans mon esprit, la forme, la couleur, la lumière, la chaleur, la brume... »

« Je veux traduire par le pinceau...c'est un cheminement intellectuel d'abord, mais quel moment magique quand j'attaque la feuille... »
Il se veut peintre de ce qu'il voit, parle de savoir faire, d'émotion.
Et expose.



L'exposition actuelle, dans le couvent de Morsiglia, au Cap Corse, c'est l'histoire de deux rencontres , avec un pays, avec un homme.
Il y a une vingtaine d'années, il découvre le Cap Corse, grâce a un ami.
Puis la Corse de l'intérieur, des villages. En passant, il réalise une première exposition en 1992 , « le Cap et la Castagniccia, ce sont des endroits telluriques ! ce sont des endroits de sérénité, et j'y retrouve les mêmes odeurs que dans une propriété de mon enfance, en Espagne. »

Il rencontre Yves Stella, maire de Morsiglia et gardien jaloux de cet endroit d'histoire, de beauté et de tradition , qui, en tant que conseiller territorial , a contribué à monter la FRAC Corse, et réalise des expositions régulières, en particulier dans ce magnifique couvent.
Homme de culture et de voyages, lui aussi... « quand j'étais à Kinshasa, pendant cinq années... », il connaît le peintre depuis des années , et en 2007, décide de l'exposer : « j'avais le pouvoir de décision, et l'espace, alors j'ai sauté sur l'occasion »

L'exposition s'est achevée le 12 août , en cette période où la Chine contemporaine est très présente avec les J.O, il était bon de la voir autrement.

*www.charleschauderlot.com

Par Christine Nathan

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