Priscilla Telmon : Sur les pas d'Alexandra David-Neel

une exploratrice de l'âme et du temps

Il y a 4 ans, Priscilla Telmon part d'Hanoï, là où Alexandra David-Neel avait été cantatrice, direction Lhassa au Tibet, pour arriver au Bengale. 'Entre temps, un peu de marche'. 5000 kilomètres. A 31 ans, ce n'est pas sa première aventure. Ses périples ont commencé dans les livres de la bibliothèque familiale. Une rencontre la foudroie : les récits de voyages d'Alexandra David-Neel. 'Moi aussi je le ferai.' se promet-elle. Elle a 14 ans.

Une jeune femme chaleureuse

Priscilla

Priscilla court, court. D'habitude, elle marche loin et longtemps. Mais nous sommes à une semaine de l'exposition Himalayas (26 décembre) au Musée Branly où elle donnera une conférence lors de la semaine culturelle. Une exposition de ses photos aura lieu au MK2 Bibliothèque dès janvier. Le recueil de ces mêmes photos sort. Et elle vient de déménager, ce qui est très stressant même pour une exploratrice comme elle.

Priscilla, jolie femme chaleureuse, a le regard de ceux qui ont vécu en communion avec la nature. L'exploratrice, réalisatrice et photographe (entre autres), a les gestes de ceux qui ne vous donnent pas la main, machinalement, mais pour vous transmettre toute leur empathie.

La montagne du Kawa Kharpo© Priscilla Telmon

Pourtant elle n'a pas hérité du chromosome « voyage ». Son père, éditeur et sa mère, peintre sont plus des intellectuels curieux du monde en chambre que des grands et lointains chemins. Ils sentent que le besoin d'ailleurs de leur fille, « malheureuse de Paris », n'est pas une simple lubie de jeunesse rebelle. Ils la laissent partir en camp, au Canada pour construire des cabanes à 11 ans. Plus attentive à la course des nuages qu'aux paroles des professeurs, Priscilla « trépigne » de découvrir l'école de la vie. Pour « être tranquille », elle passe son bac et un DEUG d'ethnologie puis suit des études d'ethno-médecine (médecines douces) par correspondance. Le virus du « voir en vrai » le monde, la titille.


L'appel des grands espaces

A 19 ans, elle frappe aux portes des rédactions. Le Figaro magazine lui fait confiance. Elle partage son temps entre missions humanitaires et reportages. Les études théoriques ne sont pas pour elle. Elle apprend sur le tas, très vite, du journalisme à la photo en passant par le cinéma, « on ne peut prendre de mauvaises habitudes puisqu'on n'en a pas. » Elle va de découvertes en découvertes, rencontre des fondus des grands espaces, comme SylvainTesson.

Tous les deux partent pour 3000 km dans les steppes, à cheval, alors que ni l'un ni l'autre ne connaissent le cheval que d'un « manège dans la forêt de Rambouillet'. Sept mois en Asie Centrale. Quelques temps plus tard, après d'autres émissions de télévision et d'autres reportages, elle sent que le temps est venu de partir pour le Tibet.

Le bain rituel © Priscilla Telmon

Elle ressent le besoin de voir la situation actuelle de la région, d'évoquer aussi le périple de la solitude. « Le voyage a grandi en toi », sans y penser.


Endurant et caméléon

La préparation est courte. Le superflu est vite éliminé, il faut être léger et essayer d'éloigner le risque et le danger. Dans le sac, le plus important: le matériel photo, caméra, pellicules, une tente de 1kg « pour les tempêtes de neige », un sac de couchage, un change et voilà!

Priscilla © Pierre Perrin

Elle emporte aussi de la poésie et des cahiers en papier de riz, pour plus de légèreté, pour écrire. « Sinon les pensées s'emmêlent ». Et puis on marche.Un pas après l'autre, un kilomètre, puis deux. 50 et 100, on trouve son rythme. Puis le corps ne peut plus s'en passer et on avance sans s'en rendre compte. Ici pas de record à battre. « Il faut être endurant et caméléon. » Plein nord, puis plein ouest et plein sud. Cela semble si simple. « Tu vis avec les pèlerins, les muletiers. Le moindre moment est dense. Cela fait vieillir beaucoup. On ressent l'intensité de la vie, très fort. »


Une démarche de dépouillement

Priscilla ne dit pas « je » en décrivant ses sensations, mais « tu ». Comme si , toi, moi, nous aussi, nous étions en chemin avec elle. « Tu pardonnes, tu réfléchis, tu es en communication avec la nature. Quelquefois, la grâce est là au détour d'un chemin. » Elle est fière de garder la capacité de l'enfant qui s'émerveille d'un rien. « La marche est un travail de recueillement, une démarche d'être dans le dépouillement, de vivre l'instant. L'esprit, le cœ,ur et l'âme sont plus alignés. Je me sens plus ancrée dans la vie. »

Femme de l’ethnie des Hmong noirs© Priscilla Telmon

Priscilla se nourrit de ses expériences pour devenir « l'être le meilleur ». Elle emprunte un temps la vie des gens qu'elle rencontre. C'est aussi pour ça qu'elle a besoin de temps. Pour connaître, pour comprendre, pour vivre. « Je suis dans la lenteur. » Quatre ans après son voyage, elle a laissé le temps à ses souvenirs de mûrir pour en tirer un recueil de photos. Un livre de textes, cette fois, sortira au printemps chez Robert Laffont.

Elle ne peut s'empêcher de citer un auteur, encore un, qui lui semble résumer ce qu'elle ressent: « Il y a plus de merveilles en ce monde que n'en peuvent contenir tous nos rêves. »(Shakespeare, Hamlet)

L'exploratrice du monde et des êtres, comme elle aime à qualifier sa profession, trouve qu'elle fait 'le plus beau métier du monde, n'est-ce pas?'


Mercredi 29 décembre, à partir de 14h30 en dédicace à la librairie Musée du Quai Branly dans la cadre de la semaine « L'Himalaya des aventuriers ».
-Conférences le 26 et le 30 décembre à 16h, le 29 décembre à partir de 14h30 en dédicace à la librairie du Musée du Quai Branly dans le cadre de la semaine culturelle 'L'Himalaya des aventuriers'.

Exposition au MK2 Bibliothèque du 19 janvier 2011 au 30 mars 2011 Paris 13e .

La chevauchée des steppes, Robert Laffont Sylvain Tesson et Priscilla Telmon



Par Veronique Guichard

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