Rentrée littéraire Editions Philippe Rey

Toutpourlesfemmes a sélectionné trois romans des éditions Philippe Rey.



Avec Les petits de la guenon, Boubacar Boris Diop poursuit son œ,uvre exigeante et singulière, méditation sur la condition humaine à travers les tragédies et les espérances de l'Afrique. Au soir de sa vie, Nguirane Faye souffre d'être sans nouvelles de son petit-fils Badou, émigré dans quelque lointain pays étranger. Ils ne se reverront plus, il le sait. Il décide alors de tout lui raconter dans sept Carnets que le jeune homme trouvera à son retour à Niarela. Mais ce qui devait être une simple relation de la vie quotidienne d'un quartier dakarois devient peu à peu une fiction foisonnante. Nguirane Faye dresse le bilan de sa propre vie et nous fait découvrir, par un subtil croisement des récits, l'histoire de ses aïeux, les royaumes anciens, les grands écrivains wolofs et le Sénégal d'aujourd'hui.
-À la fois fable politique et narration intimiste, ce roman ambitieux revisite sans relâche un passé mythique pour éclairer une troublante modernité.


Pour ses débuts en littérature, Camille de Villeneuve signe un roman-fleuve, foisonnant et audacieux. À la mort en 1946 du vieux marquis d'Argentières, ses héritiers se voient contraints de renoncer au train de vie qui fut le leur durant des siècles. Ils vont désormais s'appliquer à en conserver l'essentiel —, un château en Anjou et un hôtel particulier à Paris —, alors que, pendant plus d'un demi-siècle, la France connaît des bouleversements : guerres d'Indochine et d'Algérie, Mai 68, loi IVG, années Sida, crises économiques, etc. Persuadés d'être protégés par la grandeur passée de leurs ancêtres, ces personnages fiers et fragiles, à la fois dans et hors du temps, tenteront tout au long de ce roman de répondre à la question insistante qui leur est posée —, à eux, mais aussi à chacun de nous : comment porter le poids d'une histoire ? Ou peut-être plus encore : comment s'en libérer ?


En littérature étrangère, Lucia Nevaï a su nous emporter avec Comment les fourmis m'ont sauvé la vie . Crane, dont la mère a tenté de se débarrasser, nait défigurée, chétive et bigleuse. Son histoire commence dans un trou perdu de l'Iowa dans les années 1950. Avec pour parents, un trio minable : Big Duck, faux prêcheur et escroc, père fictif de Crane et de son demi-frère , Tit, superbe femelle qui les a engendrés , Flat, mère d'une fille dont Big Duck est vraiment le père. La maisonnée vit dans la crasse et l'indigence, les trois enfants, non scolarisés, sont livrés à eux-mêmes et sous-alimentés en permanence. Leur unique distraction est le passage du train de 21 h 49 , et le reste du temps, la contemplation des champs de maïs à perte de vue. Jusqu'au jour où déboulent pelleteuses et excavatrices : la modernité est en marche, le trou perdu va devenir une cité lacustre. Crane, rebelle et miraculeusement surdouée, est alors projetée dans une nouvelle vie qui la sauvera de la misère, mais la plongera aussi dans le mensonge et la solitude. La plume nerveuse de Lucia Nevaï transforme l'étendue monotone des champs en un paysage lunaire , de situations désespérées et de personnages horrifiants, elle pointe le saugrenu , de l'abjection, elle fait naître l'attachement et la tendresse.

Par Franck Moineau

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