Rétrospective Catherine Breillat

du 30 août au 20 septembre 2010

Une des cinéastes les plus originales du cinéma français contemporain. Depuis son premier film, adapté de son propre roman, Une vraie jeune fille jusqu'à Barbe Bleue en 2009, Catherine Breillat n'a cessé d'interroger les relations entre hommes et femmes conçues comme un affrontement où le désir se conjugue avec l'hostilité, l'attraction avec la répulsion.

Son cinéma remet radicalement en question les clichés qui conditionnent la représentation des rapports entre les sexes pour en délivrer une image crue, vraie, dans des films comme Tapage nocturne, Romance X, Anatomie de l'enfer ou Une vieille maîtresse.




Malédiction féminine


Catherine Breillat n'a cessé d'interroger les relations entre les hommes et les femmes conçues comme un affrontement où le désir se conjugue avec l'hostilité, l'attraction avec la répulsion.
C'est dans les premières minutes d'Anatomie de l'enfer. Une jeune femme vient de se tailler les veines dans les toilettes d'une boîte de nuit. L'homme qui la secourt lui demande pourquoi elle a fait ça. « Parce que je suis une femme » répond-elle.

Quelle est cette malédiction qui pousse ce personnage du dixième long métrage de Catherine Breillat à se mutiler, dans un désir évident de mort et d'abolition de soi ?

Cette interrogation est la hantise d'une des oeuvres les plus implacables et les plus justes qui se soit jamais attaquée à la question de l'identité sexuelle et aux rapports entre les sexes. Loin de tout pathos féministe, le cinéma de Catherine Breillat se trouve à la distance idéale, celle qui n'entrevoit la question de l'identité que dans un rapport fort et problématique, sans doute sans issue possible, avec l'autre.

Avant d'être cinéaste, Catherine Breillat a été écrivain. Elle publie à dix-sept ans son premier roman, L'Homme fragile. En 1976, son premier long métrage, Une vraie jeune fille est l'adaptation d'un autre de ses romans, Le Soupirail.

La littérature ne se séparera jamais de son travail de cinéaste. Une telle interaction du cinéma et de la littérature n'aboutit certes pas à
mettre sur le même plan les deux activités créatrices mais ne sera pas sans conséquences sur la manière dont l'une nourrit l'autre, dont les images innervent les mots et dont les mots, que ce soit les dialogues d'une crudité parfois sidérantes ou les voix off souvent d'une belle précision, alimentent les images.




L'impossible liberté sexuelle


Le cinéma de Breillat s'affirme dénué de toute illusion face à ce que l'on désigne comme « la révolution sexuelle ». L'amour libre est un oxymore redoutable, une contradiction insoluble. Car la liberté apparente éprouvée par ses personnages y apparaît lourde de contraintes et de prescriptions douloureuses. C'est ainsi que la perte de la virginité est à la fois désirée et redoutée dans ses films mettant en scène des adolescentes. Une vraie jeune fille en 1975, 36 Fillette en 1988, A ma soeur ! en 2001 confrontent de très jeunes filles à ce moment de vérité qu'est ce que l'on appelle « la première fois ».

Mais si le dépucelage est un moment de vérité ce n'est pas parce que l'acte sexuel y serait la preuve de l'authenticité de la passion amoureuse. Déjà dans 36 fillette, la séparation du sexe et du sentiment s'y affirme dans le fait que l'héroïne ne perd pas son
pucelage avec l'homme qu'elle désire véritablement, qu'elle le fait comme une formalité pénible mais nécessaire à accomplir. En acceptant de coucher pour la première fois avec son jeune voisin, elle se débarrasse en effet de toute justification romantique pour affronter lucidement son propre désir dans sa nudité formidable.

D'ailleurs séparer la tête du sexe, le cul et les sentiments, tout en sachant qu'il faut bien composer avec les deux, c'est exactement l'obsession de l'héroïne de Romance X (1999) qui imagine un dispositif fantasmatique qui couperait en deux le corps des femmes.
Au dessus, l'amour et la raison imposée par la société, en dessous le sexe.


Une redoutable guerre de sexes


Le cinéma de Breillat raconte une guerre redoutable dont il dissèque avec précision les mécanismes. Et c'est en optant pour
les plans longs, seule manière de saisir l'intensité de ce qui se joue, de décortiquer le conflit de la volonté et du désir, de la pulsion et de la peur que Breillat parvient à atteindre la vérité de certains moments.

Souvent les longues scènes durant lesquelles les tentatives de séduction voire de possession de l'un se heurtent à la résistance de l'autre constituent les moments forts des films. On se souvient de Claude Brasseur essayant de « basculer » Lio sur un canapé dans Sale comme un ange (1990), ou de l'infini mouvement de balancier (« tu veux ou tu veux pas ? ») capté entre Etienne Chicot et Delphine
Zentout dans 36 fillette, du siège d'Elena par son petit ami italien essayant de la déflorer sous les yeux de la soeur de celle-ci dans A ma soeur !.


C'est sans doute dans Parfait Amour ! (1996) que la dimension mortelle de la guerre des sexes apparait le plus visiblement. L'amour est ici un lent processus de destruction moins en raison d'une impossible réconciliation des sexes, moins parce que son cinéma semble affirmer le cliché selon lequel il n'y aurait pas de rapports sexuels, mais bien plutôt parce qu'il confirme une réalité redoutable : on en veut toujours à l'autre, jusqu'à la haine parfois, du désir qu'il a déclenché
en soi.

Une oeuvre en mouvement
Revoir toute l'oeuvre de Catherine Breillat en quelques jours sera aussi une manière de profiter d'un point de vue synthétique sur une filmographie qui évolue et qui change imperceptiblement de nature. A l'autobiographie romanesque, a succédé une pause réflexive et théorique avec des films qui ne sont pas vraiment des fictions mais ressembleraient davantage à des essais (dès Romance X mais surtout Sex is Comedy en 2002 et Anatomie de l'enfer).

Une vieille maîtresse semble pousser les recherches de la cinéaste encore plus loin, vers le passé (c'est son premier film à costumes) mais surtout vers les modèles littéraires, les représentations symboliques et primitives, sublimées peut-être, des rapports entre des hommes et des femmes captifs de leur désir. Ainsi, en toute logique, c'est vers le conte de fée que Catherine Breillat se tourne avec Barbe Bleue (2009) enfin, et son nouveau film La Belle Endormie pour mettre à nu les archétypes de ce qu'elle a toujours cherché à révéler.


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Par Thérence Normann

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