Rosa Candida - Audur Ava Ólafsdóttir

Il existe des roses sans épines... Avec 'Rosa candida', l'auteure islandaise Audur Ava Ólafsdóttir nous entraîne dans un véritable road movie botanique, une sorte de jardin figure de l'Eden. Son jeune héros, candide, cocasse et tendre, y vivra une nouvelle 'floraison' salvatrice. 'Rosa candida', un livre à cueillir sans modération.

Vous pourrez rencontrer Audur Ava Ólafsdóttir dans différentes librairies de France au mois de novembre.




« J'essaie de déduire de l'expression et de la mimique des gens vêtus de vert le degré de mes chances de survie. L'un dit quelque chose à l'autre qui se met à rire aux éclats derrière son masque vert , ce n'est pas comme si la situation était grave, pas comme si quelqu'un allait mourir. Il n'y a rien de plus minable à mon heure dernière que la gaieté des gens et l'abord insouciant de ceux qui seront encore là quand je serai parti. On ne parle même pas de moi —, je comprends au moins cela —, mais d'un film que l'un a vu et que l'autre ira voir ce soir. Le champ de coquelicots, justement, je connais le film. Il s'agit d'un homme qui a été durement repoussé et qui enlève la femme qui l'a dédaigné et ils braquent une banque ensemble. Le film a obtenu récemment le prix spécial à un festival de cinéma. »

Quand Arnljótur quitte son Islande natale pour le continent et la plus célèbre roseraie du monde, il laisse derrière lui son frère jumeau autiste, son octogénaire de père et la tombe de sa mère, décédée dans un accident de voiture. Il emporte la passion qu'il partageait avec cette dernière, le jardinage, sa philosophie et la culture d'une variété de rose à huit pétales apparentée à Rosa candida. Y a-t-til un avenir dans les roses pour un jeune homme d'aujourd'hui ? Si 'Rosa candida' ferraille contre la banalité du quotidien, c'est sans l'ombre d'une amertume, d'une méchanceté, d'une rancœ,ur. Ici tout est liberté, art de vivre.

D'un réalisme sans affèterie, tout l'art d'Audur Ava Ólafsdóttir réside dans le décalage de son personnage, candide, cocasse et tendre. Cette insolite justesse psychologique, étrange comme le jour austral, s'épanouit dans un road movie dont notre héros sort plus ingénu que jamais, avec son angelot sur le dos.


L'auteure



Audur Ava Ólafsdóttir est née en 1958 à Reykjavík. Rosa candida, largement salué par la presse et la critique lors de sa parution en 2007 et deux fois primé, est traduit pour la première fois en français.





Petit lexique thématique de Rosa candida

Arbre. « Est-ce qu'un homme élevé dans les profondeurs obscures de la forêt, où il faut se frayer un chemin au travers de multiples épaisseurs d'arbres pour aller mettre une lettre à la poste, peut comprendre ce que c'est que d'attendre pendant toute sa jeunesse qu'un seul arbre pousse ? »

Biologie végétale.
« Nous devions sans doute causer de biologie végétale et avant que j'aie pu m'en rendre compte, nous étions en train de nous déshabiller. Tout le reste est resté flou dans ma mémoire. Il m'a semblé pourtant voir brièvement une lueur dans la nuit, étrangement près, comme s'il faisait jour au niveau de la congère. Cela a donné l'espace d'un instant une clarté aveuglante dans la serre, la lumière s'est frayé un chemin à travers les plantes et a dessiné un motif de feuilles sur le corps de mon amie. J'ai écarté les pétales de rose de son ventre et au même instant, nous avons senti nettement tous les deux un courant d'air, comme le bruit d'un ventilateur qu'on aurait allumé. »

Corps.
« Ma perception des passants en tant que corps me dérange et si je n'y mets pas bon ordre, elle pourrait m'empêcher d'avoir des relations normales avec les gens et d'apprendre leur idiome comme j'en ai l'intention. Je prends toutefois bien soin de ne heurter personne, car je ne saurais demander pardon dans cette nouvelle langue. Maman était d'ailleurs comme ça, tout axée sur le contact physique, elle me tenait toujours quelque part quand nous nous parlions. J'avais du mal à rester tranquille quand j'étais enfant, j'avais la bougeotte. »

Destin.
« Et s'il m'arrivait, à moi aussi, de croiser mon destin sur la même route , disons que je rentrerais dans un arbre et bousillerais la voiture , le pare-brise se briserait sur l'actrice et moi et nous péririons ensemble, côte à côte. À quoi penserait Anna, la mère de mon enfant, quand elle apprendrait la nouvelle ? On retrouverait peut-être un petit quelque chose dans la forêt, la scène finale, détrempée, de la Maison de poupée , les sauveteurs oublient toujours quelque chose. Ou bien, ce qui serait tout aussi vraisemblable, quelqu'un mettrait les feuillets dans mon sac en plastique et papa recevrait ces papiers mystérieux qu'il ne comprendrait pas. »

Épilobe.
« — Il y a des épilobes roses qui poussent, par-ci par-là, sur la grève de sable noir. Je trouve qu'il est important qu'une personne élevée au milieu de la forêt comprenne précisément cela, qu'une fleur puisse pousser ça et là, toute seule sur une dune de sable noir et parfois dans le canyon d'une rivière, toute seule là aussi. Dès que je nomme l'épilobe, je deviens un peu sentimental.
— Est-ce qu'on les cueille, ces fleurs-là ? »

Hasard.
« Ce que moi j'appelle hasard ou occasion, selon le cas, est pour papa un élément d'un système complexe. Trop de coïncidences, ça n'existe pas, une à la rigueur, mais pas trois , pas de coïncidences qui se répètent en série, dit-il : l'anniversaire de maman, la date de naissance de sa petite-fille et le jour de la mort de maman, tout ça le même jour du calendrier, le sept août. Pour ma part, je ne comprends pas les calculs de papa , d'après mon expérience, c'est justement quand on se met à escompter quelque chose de précis, que toute autre chose arrive. Je n'ai rien contre la marotte d'un électricien à la retraite à condition que ses calculs n'aient rien à voir avec ma négligence en matière d'utilisation des préservatifs. »

Infini.« Comment dit-on infini ? Si je pouvais dire infini, je pourrais mener la conversation vers des domaines abstraits. La comédienne me tend la perche.
— Intemporel ?
— Non, pas tout à fait.
— Immortel ?
— Oui, je crois, dis-je, immortel.
— Cool, dit-elle.
Il me vient alors à l'idée que je pourrais aussi évoquer l'effet d'imprimer dans la neige craquante les premiers pas du jour. »

Mousse.
« — Parle-moi de quelque chose de ton pays.
— Mousse.
— C'est gentil.
À peine ai-je prononcé le mot mousse, que je sais me trouver dans le pétrin. Ce n'est pas possible d'étirer la mousse en sujet de conversation. Je pourrais tout au plus énumérer les espèces de mousses, mais ça ne serait guère un échange.
— Elle est comment, la mousse ?
Si j'avais accès aux mots, je dirais à cette étoile montante du cinéma que la mousse est une éponge filandreuse, qu'on met du temps à parcourir car si les dix premiers pas se font sans peine, quand il s'agit de traverser un vaste champ de lave couvert de mousse, c'est comme marcher toute la journée sur un tapis de gymnastique. Ça fait mal au tendon d'Achille de s'enfoncer dans la mousse pendant quatre heures d'affilée, ça peut représenter plus de courbatures que de grimper en haut d'une montagne. Si l'on arrache de la mousse, une plaie se forme dans le sol et la terre s'envole en poussière. Je serais tout disposé à lui dire quelque chose d'inhabituel, que personne ne lui aurait dit avant moi, mais mes capacités linguistiques ne permettent pas le moindre panache et si je mentionnais les nuances de la mousse et son odeur après l'averse, je serais dans le registre des sentiments, comme un homme qui va se fiancer. Je ne vais pas me laisser aller à lui avouer quoi que ce soit, c'est pourquoi je n'en dis pas plus que ce que je maîtrise en grammaire :
— Une plante qui est comme un tapis de gymnastique. »

Rose.
« — Rosa gallica, rosa mundi, rosa centrifolia, rosa hybrida, rosa multiflora, rosa candida, énumère frère Matthias.
Tandis que je le parcours avec lui, « Le Merveilleux Jardin des Roses Célestes », tel qu'il est nommé dans les vieux livres, prend corps peu à peu dans mon esprit. Il va falloir commencer par arracher les mauvaises herbes et tailler les plantes — ce qui pourrait prendre deux semaines en travaillant dix heures par jour , ensuite il faudra élaguer et planter à nouveau. Je choisis déjà un endroit abrité et ensoleillé pour la nouvelle espèce de rose que je vais ajouter. Elle ne sera peut-être pas très visible au début et ne fleurira pas tout de suite, mais ici sont justement réunies les conditions et la lumière pour qu'une nouvelle variété de rose inconnue se mette à pousser dans le terreau fertile. Il n'est pas possible de s'en remettre plus longtemps aux fioles de l'hôpital, on ne peut cultiver éternellement la vie dans du coton. Je décide de ne pas tarder davantage à mentionner la rose à huit pétales qui se trouve sur la tablette de la fenêtre de la pension, et je sors la photo d'une rose épanouie dans une serre. »

Roseraie .
« La plus célèbre roseraie du monde n'est plus que l'ombre de ce qu'elle était, comme frère Thomas me l'avait répété d'ailleurs trois fois. Dalles et sentiers sont ensevelis sous les mauvaises herbes, les rosiers des plates-bandes se sont emmêlés inextricablement. Il y a eu jadis une pièce d'eau au milieu du jardin, avec de la pelouse et des bancs. Bien que la négligence et l'abandon sautent aux yeux partout, je reconnais le jardin aussitôt, d'après les dessins. »

Serre.« Je suis bien obligé de me demander comment deux personnes, qui ne se connaissent pas, ont pu faire pour fabriquer un enfant aussi divin dans des conditions aussi primitives et inadéquates que celles d'une serre. Il s'en faut de peu que je n'éprouve du remords. Plein de gens ont tout juste, se courtisent de manière constructive, accumulent peu à peu les biens du ménage, fondent un foyer, ont la maturité nécessaire pour résoudre leurs différends, paient leurs traites à échéance et n'arrivent quand même pas à fabriquer l'enfant dont ils rêvent. »
Trou
« Une fois dans mon lit, entre les draps propres, avec un livre sur la langue que l'on parle autour de moi, je me sens terriblement seul. À vrai dire, je ne comprends pas ce qui m'a pris de venir ici, dans ce trou perdu. J'arrange l'oreiller et m'allonge de manière à pouvoir regarder par la fenêtre dans la nuit noire. Si je ne m'abuse, c'est la pleine lune. J'inspecte mieux le firmament , il n'y a pas à s'y tromper, la lune est d'une grosseur inquiétante et elle est beaucoup trop proche , quant à mes étoiles natales, elles ont disparu de la carte, elles ne luisent nulle part , on voit à leur place d'autres astres hostiles, une configuration stellaire inconnue, un schéma nouveau, indéchiffrable, inscrit sur la noire voûte céleste. »


Rencontrer Audur Ava Ólafsdóttir

- 18/11/10 :
Jeudi 18 novembre à partir de 18h, la librairie des Batignolles reçoit Audur Ava Ólafsdóttir pour une rencontre autour de son roman Rosa candida.

Librairie des Batignolles -
48, rue des Moines,
75017 Paris -
01 42 29 88 10


- 20/11/10 :
À l'occasion du festival les Boréales, Audur Ava Ólafsdóttir est l'invitée de la librairie Hémisphère à Caen pour une rencontre signature autour du roman Rosa candida.

Librairie Hémisphère -
15, Rue des Croisiers,
14000 Caen -
02 31 86 67 26


- 25/11/10 :
Audur Ava Ólafsdóttir est l'invitée de la librairie l'Armitière à Yvetot (76) le jeudi 25 novembre à partir de 18h pour une rencontre autour de son roman Rosa candida.

Librairie L'Armitière -
10, Place Victor Hugo,
76190 Yvetot

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- Rosa Candida
- Auteur : Audur Ava Olafsdottir
- Roman traduit de l'islandais par Catherine Eyjólfsson
- Editeur : Zulma (Collection Littérature)
- 13 cm x 19 cm
- 336 pages
- Date de parution : 19/08/2010
- 20 €

Par Nicole Salez

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