”Un lieu incertain”, dernier né de Fred Vargas

Fred Vargas, l'archéologue écrivaine, nous entraîne dans « Un lieu incertain », d'Ouest en Est, sur la piste des vampires.

Le nouveau Fred Vargas, « Un lieu incertain », la livraison de cette année, est particulièrement réussi. L'équipe du commissaire Adamsberg prend de l'épaisseur. L'intrigue, bien que complexe, se déroule d'évidence et emmène le spectateur aux confins des Carpates le plus naturellement du monde. Il semble banal que l'ombre de Dracula plane sur l'étrange commissaire.


L'affaire commence par un colloque européen à Londres dont Jean-Baptiste Adamsberg n'a rien à faire. Il réprouverait même. Le sujet : « Harmoniser les flux migratoires » ou, en clair, comment lutter de concert contre l'immigration clandestine. Sont présents le commissaire, Danglard, le fidèle second et Estalère, le brigadier aux grands yeux juvéniles. Mais cette virée anglaise les amène au cimetière de Higtgate, haut lieu du macabre londonien. Comme si cela ne suffisait pas, par une nuit sans lune, Adamsberg, son adjoint Danglard et son alter ego britannique découvrent à la porte du dit cimetière des paires de chaussures garnies de leurs pieds. Oh ! misère, Danglard a reconnu non pas un pied, mais une chaussure. Elle aurait appartenu à un de ses oncles yougoslaves. Quand l'heure du retour a sonné, c'est avec satisfaction que le commissaire reprend le shuttle. Mais hélas, à son arrivée, un crime horrible et sanguinolent l'attend. Les pieds anglais, c'était de la roupie de sansonnet.

Les personnages se mettent en place. Ne pas se fier aux apparences. L'équipe du commissaire est à nouveau au complet. La Rétencourt, grenadier de la garde, la clope au bec, et ressuscitée d'entre les morts, veille au bien être du commissaire. Noël, le brutal, aurait été viré de n'importe quelle équipe normalement constituée, mais Adamsberg pense qu'un gros méchant qui ne s'embarrasse pas de périphrases, cela a aussi son intérêt. Danglard, le dandy fin lettré et pochtron, ne tiendrait pas quinze jours dans un commissariat normal. Non parce qu'il est pochtron, mais surtout parce qu'il est une Encyclopedia Universalis sur patte. C'est lui qui connaît tout des vampires. Estalère est le candide de l'équipe , Mordent, le père noble qui déraille , Mercadet a été piqué par une mouche tsé-tsé et passe le plus clair de son temps à dormir. Entre deux sommes, il a des intuitions géniales. Et j'en oublie. A cela, vous rajoutez un gros chat léthargique et amoureux, et un petit chien de passage qui répond au doux nom de Cupidon.Toute cette équipe est fondamentalement politiquement incorrecte. A commencer par ce commissaire qui semble indifférent aux autres, mais à qui rien n'échappe. Jean-Baptiste s'humanise. Il prend conscience que, sans Danglard et les autres, son seul cerveau ne suffirait pas , et il n'est pas mécontent de ses résultats, très au-dessus de la moyenne, avec cette équipe de bric et de broc.

En fait, ce « Lieu incertain » n'est pas si incertain que cela. Il y a un lieu pour tout le monde, il suffit de le trouver, dans la vie selon Adamsberg. Quand vous ouvrez le livre, prévoyez une nuit blanche. Il est difficile de le refermer avant de l'avoir fini.

Un lieu incertain —, Ed. Viviane Hamy —,
390 p. —, 18 €





Par Marie Catherine Chevrier

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