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Mai 68

Remember 68

40 ans après, ils et elles témoignent.

par Claire Guillery, lundi 5 mai 2008

Manifs, pavés lancés sur la police, gaz lacrymogènes, peur au ventre, AG, grèves, pagailles, revendications, sympathies, antipathies, espoirs fous, désirs de changement, libération sexuelle, ils et elles nous livrent leur vécu de mai 68, sur le terrain, de leur bureau, de leur balcon, et leurs impressions.
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Ferdinand, consultant

« On créait de la mythologie à l’état brut sans le savoir. Je me souviens surtout des premiers affrontements. Les pigeons nous regardaient, inquiets, immobiles, les ailes comme brisées. Dans l’air, les gaz lacrymogènes flottaient – petite brume toujours annonciatrice d’un naufrage imminent. L’effluve que dégageait la foule en marche me donnait envie de vomir – sans doute n’était-ce là que l’odeur de la peur face aux centurions débarqués d’une autre planète en plein Paris. Pendant toutes ces heures passées à attendre sur le pavé on ne sait quoi d’inéluctable, l’océan avait fini par monter à hauteur de ma poitrine. Les clameurs comprimaient mon cÅ“ur jusqu’à l’évanouissement. Submergé par l’ampleur du ressac, je me mettais alors à courir sans m’en rendre compte et m’accrochais aux yeux de tous ceux qui cherchaient un refuge. Dans l’écume des feux de détresse, les derniers naufragés projetés sur la plage du boulevard hurlaient, une drôle de rage dans leurs cris, avant de respirer leurs larmes. Ce fut la seule fois de toute ma vie où je me suis senti faire partie d’un peuple. »

Alix, directrice adjointe d’un centre d’animation de la Ville de Paris

« A l’époque, j’étais en première, à l’Institut St-Pierre Fourrier dans le 12e arrondissement. Les profs n’étaient pas en grève, mais en raison des difficultés de transport, le programme de fin d’année en a pâti. Un jour, l’école a organisé une réunion pour discuter des revendications générales : certaines filles (l’Institut n’était évidemment pas mixte !) réclamaient la suppression de l’uniforme. Personnellement, je n’y étais pas favorable, j’étais loin d’être révolutionnaire ! La grande manif de la gare de Lyon, je l’ai regardée du haut de mes fenêtres. Je n’ai participé à rien, du fait de mon âge et du contexte socio-familial. Nous n’avions pas « la télévision, on suivait les informations à la radio qui annonçait pénurie de denrées alimentaires, d’essence. Il avait fallu acheter un solex pour que mon frère aîné puisse aller passer ses concours. En fait, j’étais partagée entre la sympathie pour les étudiants et l’hostilité aux maoïstes. L’ambiance était assez excitante : il se passait enfin quelque chose ! »

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