|
Interview de Caroline Mollie, architecte-paysagiste Arbres dans la villeTrop d’arbres tuent l’arbre par Elsa Menanteau, dimanche 8 novembre 2009 Avec "Des arbres dans la Ville" (Editions Actes Sud), Caroline Mollie architecte paysagiste lance un pavĂ© dans la mare. Ou une volĂ©e de bois vert plus particuliĂšrement Ă l’Ă©gard des collectivitĂ©s qui sous pretexte d’Ă©cologie ne tiennent pas compte de la vie des arbres. Bref, de la nature. Elle rĂ©pond aux questions de toutpourlesfemmes.com.
|

Vous venez de publier « Des arbres dans la ville ». Nous sommes dans une pĂ©riode oĂč la prĂ©occupation Ă©cologique nâa jamais Ă©tĂ© aussi aigĂŒe. Vous pensez que planter la ville est une rĂ©ponse ?
Caroline Mollie : Tout le monde aime les arbres, et de plus en plus ! Lâarbre, par son volume, sa longĂ©vitĂ© et la charge affective dont il est dotĂ©, reprĂ©sente le tĂ©moin, lâemblĂšme de la ville verte. Au point quâil devient victime de son succĂšs.
Pour la collectivité, planter la ville participe sans conteste à son engagement en faveur des équilibres écologiques de la planÚte.
Pour rĂ©pondre Ă une demande croissante, les collectivitĂ©s plantent. Mais beaucoup trop, et dans des conditions souvent contestables. La quantitĂ© lâemporte sur la qualitĂ©, le dĂ©cor sur la prĂ©sence, la prĂ©cipitation sur la pĂ©rennitĂ©.
Pour faire du nombre par exemple, on multiplie les plantations dans des rues Ă©troites ou dans des bacs. Comment espĂ©rer de belles frondaisons avec peu de terre et peu de lumiĂšre ? Pour faire de lâeffet immĂ©diat, on transplante de trĂšs gros sujets en nĂ©gligeant les chocs quâils subissent et qui entravent leur croissance pendant une demi-dĂ©cennie. Le kit vĂ©gĂ©tal est pour moi une imposture Ă la nature. Il nie le temps du vĂ©gĂ©tal qui inscrit la durĂ©e dans la ville.
Le rideau dâarbre devient ainsi rideau de fumĂ©e. On ne peut affirmer aujourdâhui que les gĂ©nĂ©rations futures bĂ©nĂ©ficieront dâun patrimoine arborĂ© de qualitĂ© Ă©quivalente Ă celle que nous ont lĂ©guĂ© nos anciens.

Mais on dit que les arbres permettent de lutter contre la pollution
Caroline Mollie : Câest exact. LâefficacitĂ© des arbres face Ă la pollution est parfaitement reconnue. Un seul hĂȘtre de 25 mĂštres de haut et de 15 mĂštres de couronne peut fixer le CO2 produit par 800 appartements ! Une surface arborĂ©e de 100 mĂštres de large augmente de 50% lâhumiditĂ© atmosphĂ©rique. La quantitĂ© de poussiĂšres filtrĂ©e par les vĂ©gĂ©taux qui peut atteindre une tonne par hectare plantĂ© et par an [1].
Câest dire lâimportance de la couronne des arbres. Mais aussi du systĂšme racinaire. Souterrain et donc invisible il est trop souvent nĂ©gligĂ© alors quâil garantit une belle croissance. Je plaide pour de belles frondaisons et jâaffirme quâun bel arbre parfaitement dĂ©veloppĂ© et indemne de tout Ă©lagage est prĂ©fĂ©rable Ă une multitude de petits sujets malingres et vulnĂ©rables Ă la maladie.
Que doivent donc faire les villes ?
Caroline Mollie : Je propose donc aux villes dâafficher leurs efforts pour des plantations en faisant Ă©tat des volumes de frondaisons ou de leur surface projetĂ©e au sol plutĂŽt quâau nombre dâarbres. A la lumiĂšre de ce mode dâapprĂ©ciation, il serait sain dâabattre un arbre sur deux en ville, permettant ainsi aux sĂ©lectionnĂ©s de dĂ©velopper dâamples couronnes. Adolphe Alphand chargĂ© par NaplolĂ©on III de lâembellissement de Paris prĂ©conisait dĂ©jĂ cette mesure dans son cĂ©lĂšbre ouvrage, Les promenades de Paris.. [2].
Faut-il alors planter des arbres ou ne pas en planter ?
Caroline Mollie : Il faut planter des arbres dans la ville, mais pas nâimporte comment ! Nous avons en France une vieille tradition de plantations urbaines quâil convient de moderniser. Henri IV et François 1er encourageaient la plantation dâallĂ©es de promenade et de mails dans toutes les villes de France, Louis XIV a inventĂ© avec Le NĂŽtre la ville classique basĂ©e sur la promenade plantĂ©e. Ce modĂšle sâest dĂ©veloppĂ© au XVIIIe siĂšcle dans toutes les grandes villes de France. Il a inspirĂ© outre-Atlantique le plan de Washington. Il a Ă©tĂ© repris et adaptĂ© aux critĂšres de lâĂ©poque par NapolĂ©on III.et a connu alors une diffusion internationale.
Aujourdâhui nous sommes en France prisonniers de ce modĂšle rĂ©gulier et ordonnancĂ© : alignements dâarbres et excĂšs de densitĂ©. Il serait souhaitable de sâinspirer d es pays du Nord de lâEurope qui dĂ©veloppent une grande diversitĂ© de lieux oĂč lâarbre trouve sa juste place, accompagnĂ© de pelouses, dâarbustes et de fleurs. Il convient Ă©galement dâaccepter que certaines villes puissent ne pas ĂȘtre plantĂ©es. Les villes italiennes en sont le magistral exemple.
On parle beaucoup depuis quelques annĂ©es de mur vĂ©gĂ©tal. Celui du musĂ©e du quai Branly a dâune certaine façon Ă©tĂ© montrĂ© comme le prĂ©curseur dâun nouveau mode architectural. Revues spĂ©cialisĂ©es, Ă©missions de TV vont mĂȘme jusquâĂ donner des conseils pour rĂ©aliser son propre mur vĂ©gĂ©tal chez soi. Quâen pensez vous ?
Caroline Mollie : Le botaniste Patrick Blanc, lâinitiateur du mur vĂ©gĂ©tal et concepteur de celui du quai Branly a lancĂ© une trĂšs belle idĂ©e. Mais, comme pour les arbres, un excĂšs dâengouement peut se retourner contre le projet. Je suis assez circonspecte sur la multiplication des murs vĂ©gĂ©taux qui demandent un entretien important et des connaissances avancĂ©es pour bien gĂ©rer la croissance des plantes entre elles.
La nature nous offre des palettes exceptionnelles de plantes grimpantes, annuelles ou sarmenteuses qui, Ă moindre frais et avec un minimum dâentretien, peuvent couvrir et animer dâimportantes surfaces minĂ©rales. Des mĂ©langes de persistantes et de caduques Ă©chelonnant les floraisons dans le temps peuvent produire des effets spectaculaires. Pourquoi sâen priver ?
Lire aussi
Des arbres dans la Ville, co-édité par Actes Sud et Cité Verte
Cité Verte, présidé par Erik Orsenna

Ecouter et voir aussi l’interview vidĂ©o rĂ©alisĂ©e par l’Agence Thetapress