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Exposition CHIN - Céramiques Japonaises - Paris

par Nicole Salez, vendredi 3 décembre 2010

Jusqu’au 11 décembre 2010, l’Espace des Arts Mitsukoshi-Etoile à Paris propose une exposition de céramiques créées par la famille Chin, l’une des plus importantes lignées de potiers que compte le Japon. A travers elle, c’est l’un des arts majeurs nippons qui est mis à l’honneur. Les 100 pièces présentées retracent 400 ans de création.
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La céramique japonaise a connu un essor considérable avec la vogue de la cérémonie du thé et sa codification au XVIe siècle. Ce moment privilégié incite la haute société de l’époque à s’adjoindre les talents les plus éminents, afin de disposer au quotidien d’objets parfaitement adéquats.

Ainsi, à l’issue des expéditions de Corée (1592-1598), les seigneurs (daimyô) du Sud du Japon, ramènent chez eux les meilleurs potiers de Corée.

La famille Chin s’installe au Japon à la fin du XVIe siécle

En 1598, le seigneur Shimazu Yoshihiro installe dans son fief, à Satsuma, 80 potiers, dont ceux de la famille Chin de noble ascendance : elle est en effet apparentée à la princesse consort de Sejong le Grand (dynastie Li), qui régna sur la Corée de 1418 à 1450. Dans le four privé que le seigneur fait construire, les potiers réalisent des objets en grès blanc destinés à son usage personnel. Parallèlement, une gamme plus rustique, noire, circule dans les couches plus populaires.

Transplantés il y a 400 ans, ces Coréens naturalisés vivant à Satsuma, se transmettent la méthode secrète de l’art de la poterie de la dynastie Li. Ils adaptent et perfectionnent leurs techniques à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe siècle, et se montrent particulièrement inventifs aux XVIIIe et XIXe siècles, époque où ils diversifient les procédés de décor. La découverte d’un gisement de pierre à porcelaine dans la région permet également d’explorer de nouvelles techniques de fabrication.

Les potiers de Satsuma, maîtrisant à la perfection la polychromie, embellissent alors leurs couvertes blanc cassé, finement craquelées, de compositions florales élégantes.

Des oeuvres présentées aux expositions universelles

Gardiens d’une tradition ancestrale pendant 400 ans, les maîtres artisans de la manufacture Chin ont également su être à la pointe des progrès apportés par les nouvelles technologies. Au fil des siècles, ils enrichissent leur savoir-faire, et honorent leur réputation d’excellence. Ils affirment bientôt la volonté de diffuser leurs créations dans le monde entier.

C’est ainsi que Chin Jukan (1835-1906), représentant la 12e génération de ces potiers, expose de grands vases à l’Exposition Universelle de Paris en 1867 et à celle de Vienne en 1873. Son travail, primé, suscite des commentaires dithyrambiques, asseyant en Occident la renommée de la céramique de Satsuma.

Ce qui entraîne de nombreuses commandes aussi bien d’Europe que de Russie ou des Etats-Unis : les grands amateurs de l’époque furent séduits par la grâce et le raffinement des maîtres de Satsuma...

En 1871, au moment de l’abolition des privilèges seigneuriaux, ces ateliers sont démantelés. Chin Jukan crée alors sa propre manufacture et développe une clientèle dont il avait perçu l’intérêt lors des expositions internationales.

Chin Jukan, par sa capacité créative et son esprit d’entreprise, fut ainsi à l’origine de la renaissance de la porcelaine de Satsuma, Il perfectionna notamment les techniques de l’ajour et du relief sur céramique, offrant ainsi des possibilités très innovantes.

Honoré à l’étranger, mais aussi dans son pays, le maître fut fournisseur de la Maison Impériale et reçut la visite du prince et de la princesse Kitashirakawa en 1893.

Ses successeurs, suivant les traces de ce créateur passionné, poursuivirent la tradition familiale et figurent eux aussi parmi les grands céramistes que compte le monde.

Une exposition exceptionnelle à Paris en 2010

L’exposition de l’Espace des Arts Mitsukoshi-Etoile réunit 100 pièces et se veut véritablement historique. Elle retrace, à travers les créations des 15 générations de maîtres artisans de la famille Chin Jukan, les évolutions apportées depuis 400 ans en matière de céramique.

Toutes les étapes sont représentées. On découvre d’abord les objets d’apparence assez rustique, dont l’aspect naturel et simple correspond bien aux critères définis par les maîtres de la cérémonie du thé aux XVe et XVIe siècles. Au fil du temps, on retrouvera avec bonheur ces lignes épurées avec des objets qui magnifient le quotidien.

Ce sens de l’élégance naturelle est par la suite rehaussé de décors polychromes, d’argent et/ou d’or. Les vases, notamment, à la fois délicats et luxueux, ont séduit les princes et les familles royales européennes dont le tsar Nicolas II.

Mais le trait principal des maîtres céramistes de la famille Chin Jukan est sans doute un grand sens de la subtilité. Les pièces ajourées comme les brûle-parfum ou les modèles en relief, révèlent en effet une prouesse technique et décorative. Certains de ces objets semblent faits de fine dentelle, les figurines ou les animaux sont des sculptures d’une grande délicatesse, avec une légère touche de réalisme, apportée par la polychromie. En 400 ans, la famille Chin Jukan, symbole d’excellence et de rigueur, a contribué à l’écriture de la grande histoire des arts décoratifs.

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