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Portraits

Femmes Business Angels

Les chasseurs de pépite

par Elsa Menanteau, lundi 7 mars 2011

Agnès Fourcade et Françoise Huguet Devallet, deux femmes à la tête de Femmes Business Angels forment un duo de choc pour faire avancer la création d’entreprise. Une passion qu’elles partagent avec le réseau féminin qu’elles animent. Les Femmes Business Angels sont à la recherche de pépites !
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A la tête de Femmes Business Angels, FBA, deux femmes passionnées par l’entreprise et l’économie réelle. Agnès Fourcade a un profil de financière. Diplômée de Sciences Po, de la faculté de droit et d’HEC Management, elle a passé une bonne part de sa carrière au Crédit Lyonnais à financer des entreprises, puis à former et coacher des hommes (et femmes bien sûr, bien que beaucoup moins nombreuses). Françoise Huguet Devallet, économiste, sortie de Sciences Po également, est devenue une femme du marketing et de la publicité, tout particulièrement dans la presse et le cinéma. A son actif Bayard Presse, Publicis (Elle, France Soir de la grande époque), le Monde, et puis Circuit A (UGC) et Thomson Technicolor. Elles répondent à deux voix aux questions de toutpourlesfemmes.

Une question personnelle tout d’abord : pourquoi êtes-vous devenues business angels

Agnès Fourcade : Dans la banque j’ai souvent examiné des projets intéressants, mais qui ne passaient pas sous les fourches caudines des comités de financement. Lorsque, dans ma vie j’ai fait des études de coaching, j’ai eu l’opportunité d’accompagner des jeunes créateurs d’entreprises. Je me suis spécialisée dans le coaching de la réussite professionnelle, aidant par là ceux qui veulent progresser dans leur carrière ou changer de métier. Ces deux activités m’ont amenée à devenir business angel. Je finance des projets avec mes propres deniers Certains sont risqués, mais je gère le risque

Françoise Huguet Devallet : j’ai été confrontée à la financiarisation de l’économie où seul le rendement financier était pris en compte. J’ai été dégoûtée par les gestionnaires de patrimoine, agacée par les yo yo de la bourse. En devenant business angel j’ai redécouvert la vraie économie, celle des projets réels. C’est ce que j’aime.

Quelle est l’approche des Femmes Business Angels face aux entrepreneurs ?

Nous sommes très sensibles aux équipes et à la valeur du porteur de projet. Ce qui compte pour nous c’est 1- le projet ; 2- l’équipe et principalement le ou la dirigeante ; 3- la faisabilité et la sortie.

Agnès Fourcade
Agnès Fourcade

Est-ce uniquement des projets présentés par des femmes ?

Non,l’association Femmes Business Angels reçoit les projets qu’ils soient présentés par des hommes ou par des femmes

Est-ce l’innovation que vous privilégiez ?

Oui bien sûr. L’innovation requiert des notions d’évaluation très difficiles. Financer l’innovation est une démarche intéressante car elle crée de la valeur. Mais ce n’est vrai que lorsqu’elle arrive au bon moment, juste à temps, ni trop tôt, ni trop tard. Nous investissons aussi dans des activités moins spéculatives. Nous voyons des femmes se mobiliser pour des projets qui ne sont pas les plus lucratifs, mais parce qu’ils les intéressent.

Avez-vous des réserves ?

Par exemple on peut trouver des projets séduisants dans l’univers de l’internet. Mais ceux qui prévoient de se financer avec la seule la publicité, nous laissent plutôt dubitatives

Pouvez vous préciser ce que sont les Femmes Business Angels et comment cela marche ?

C’est une association loi 1901, donc sans but lucratif. Au contraire de tous les autres acteurs financiers professionnels !

Les femmes qui investissent, le font parce qu’elles pensent que le projet qu’elles ont choisi va se développer. Elles aiment le concret. Elles sont toutes des chasseurs de pépites !

Les investisseuses de FBA vont passer du temps de façon bénévole, et sans le compter, pour aider le porteur de projet. Ce qu’elles en espèrent bien sûr, c’est un gain financier au moment où elles vont revendre leurs parts. Mais ce n’est pas prioritaire. Avant tout c’est une passion. La recherche d’un « jackpot » est moins importante que la recherche de sens. Pour beaucoup d’entre elles, aider les petites entreprises est une action citoyenne.

C’est totalement différent d’un organisme financier classique Ce dernier ne s’intéresse à un projet qu’en fonction de ce qu’il en tirera financièrement, et prend en compte le coût du temps que le conseiller y passera. En clair un dossier trop complexe avec une rentabilité moyenne n’aura guère de chance de passer.

Françoise Huguet Devallet
Françoise Huguet Devallet

Quels sont les montants des investissements réalisés par les Femmes Business Angels ?

Elles investissent en moyenne 11 000€ par projet retenu. Cela va de 5000 à 50000 €. La clé de l’investissement c’est de l’argent dont on n’a pas besoin. On risque de le perdre. On risque d’être « collé », c’est à dire avoir investi dans des entreprises qui vont végéter et de ne pouvoir en sortir... L’idéal est de rester cinq ans. En clair, on pense au divorce au moment du mariage

Recevez-vous beaucoup de candidats ?

Nous recevons 25 dossiers par mois. Nous effectuons un premier tri. Les dossiers sont analysés. Nous ne présentons que 4 à 5 dossiers par mois en séance plénière.

Chaque année une dizaine de dossiers sont retenus. Environ 400 000€ sont investis. Depuis que FBA existe, 54 dossiers ont été financés et 2,5 millions € investis

Qui sont les femmes business angels ? Ont-elles un comportement différent de celui de leurs homologues masculins ?

Notre association, Femmes Business Angels compte plus de 70 membres – c’est l’équivalent du réseau de femmes business angels de New York. Les FBA sont plus jeunes que leurs homologues masculins : 40-45 ans contre 65-70. Ce ne sont pas des héritières, mais des femmes diplômées qui ont réussi dans leur carrière. Parmi elles, 60 % sont des ingénieurs, alors que les femmes sont beaucoup moins représentées dans les disciplines et écoles scientifiques. Elles sont sorties de diverses écoles, dont les plus prestigieuses(Polytechnique, Centrale,HEC, ESSEC etc.), Elles sont souvent également diplômées d’universités américaines.

Elles sont plus « branchées » que les hommes business angels et néanmoins plus modestes. Nous avons conçu un cycle de formation qu’elles suivent volontiers, sans affirmer a priori qu’elles savent tout. Elles investissent des sommes moins importantes que les hommes, puisqu’elles sont beaucoup plus jeunes et en cours de vie professionnelle.

Comment viennent-elles vers vous ?

Elles ont entendu parler de nous dans la presse, dans les grandes écoles. Nous sommes présentes dans la plupart des réseaux féminins, et dans tous les salons importants concernant les entreprises. Nous faisons beaucoup de prosélytisme

La modification de la fiscalité sur le financement des petites entreprises (loi TEPA) a-t’elle un impact sur l’activité des business angels ?

Nous sommes dans le flou total. La mesure qui impose désormais aux PME de recruter deux salariés dès la première année pour permettre une déduction fiscale est absurde. Les créateurs d’entreprises n’ont en général que très peu d’argent et ne peuvent embaucher. Ils sont souvent eux-mêmes au chômage. C’est le cas de 70% des porteurs de projet que nous voyons. Dans le domaine de l’amorçage, c’est-à-dire l’intervention financière au démarrage de l’entreprise, en dehors des business angels, de quelques aides et prêts d’honneur et « love money », il n’y a presque personne : ni les fonds d’investissement, ni les banques. Quant à la défiscalisation des sommes investies, elle est une véritable incitation. Elle nous a amené de nouvelles générations, ces jeunes femmes venues dans notre association. Le risque est de voir toute cette dynamique s’effondrer avec le « rabottage ». Alors que nous avons encore tant à faire. La France compte 3000 à 4000 business angels. La Grande Bretagne 20 000 !

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