Toutpourlesfemmes.com
Accueil du site > Culture > Agenda > Femmes du Mali - Femmes Afrique

Agenda

Femmes du Mali - Femmes Afrique

par Françoise Merteuil, lundi 19 juillet 2010

Portrait de deux femmes du Mali qui chacune Ă  sa façon prennent en charge les femmes de leur pays. Kadidia SidibĂ©-Aoudou se bat contre la pratique de l’excision. La chanteuse malienne Oumou SangarĂ© a choisit pour combat la lutte contre les mariages forcĂ©s.

Ces tĂ©moignages sont recueillis par MichĂšle Decaster et Emmanuelle Barbaras. Ils sont publiĂ©s dans "Femmes d’Afrique, bĂątisseuses d’avenir", aux Ă©ditions TirĂ©sias.

impression Envoyer l'article à un ami title=

Kadidia SidibĂ©-Aoudou, lutter contre l’excision

Kadidia SidibĂ©-Aoudou, 66 ans, fondatrice et directrice de l’Association malienne pour le suivi et l’orientation des pratiques traditionnelles (AMSOPT)

Aller Ă  l’école a coĂ»tĂ© Ă  Kadidia SidibĂ©-Aoudou un mari mais lui a offert la possibilitĂ© de rĂ©ussir sa vie. Comme beaucoup de petites Africaines, elle est promise en mariage, dĂšs avant sa naissance. Mais comme son pĂšre avait aussi dĂ©cidĂ© de l’envoyer Ă  l’école, au moment de son mariage, Ă  18 ans, son futur Ă©poux dĂ©clare ne plus pouvoir l’épouser « car j’étais trop instruite pour lui ». Elle devient enseignante d’anglais et se lance dans la bataille contre l’excision.

« J’ai pris conscience du problĂšme de l’excision Ă  26 ans quand une de mes Ă©lĂšves a Ă©tĂ© rejetĂ©e par sa famille, car soupçonnĂ©e d’ĂȘtre enceinte », explique Kadidia SidibĂ©-Aoudou. En rĂ©alitĂ©, la jeune fille est victime d’une septicĂ©mie consĂ©cutive Ă  une excision dont elle finit par mourir. « C’était mon premier contact avec cette pratique que j’ignorais totalement en tant que Malienne du nord. J’ai appris par la suite que diffĂ©rentes cultures existent au Mali. Il me fallait les dĂ©couvrir, les comprendre pour expliquer ce dĂ©cĂšs. Mon contact avec ces diffĂ©rentes cultures a beaucoup influencĂ© ma rĂ©flexion ».

Toute musulmane pratiquante qu’elle est, Kadidia SidibĂ©-Aoudou rejette la relation entre Coran et excision. Et elle s’interroge : « Comment l’excision, pratiquĂ©e par des femmes et sur des femmes, a-t-elle Ă©tĂ© maintenue pendant des siĂšcles ? » (
) Par expĂ©rience je sais maintenant que les gens ont souvent une mĂ©connaissance totale du rĂŽle et des fonctions des organes gĂ©nitaux. L’influence socioculturelle religieuse a modelĂ© les individus au point de bloquer tout esprit critique et d’analyse chez eux ».

A la fin des annĂ©es 1990, Kadidia SidibĂ©-Aoudou créé l’AMSOPT et travaille dans les villages au sud de Bamako et dans la rĂ©gion de Kayes, au sud-ouest du pays. « Nous montrons concrĂštement, Ă  l’aide d’un mannequin trĂšs rĂ©aliste composĂ© d’élĂ©ments mobiles tel un lego, ce qu’est un sexe normal et un sexe excisĂ© ou infibulĂ© ». Ce travail n’est pas sans efficacitĂ© : un certain nombre de villages ont dĂ©cidĂ© d’abandonner l’excision. D’autant que l’association s’est occupĂ©e de trouver des activitĂ©s rĂ©munĂ©rĂ©es pour les anciennes exciseuses qui, maintenant font de la sensibilisation contre cette pratique.

Oumou SangarĂ©, 42 ans, chanteuse, prix de la musique de l’Unesco en 2002

La diva malienne est nĂ©e Ă  Bamako dans une famille peule et a fait de la musique l’arme de son combat. Lorsqu’elle a deux ans, son pĂšre polygame abandonne sa mĂšre qui se retrouve seule et sans emploi avec 2 filles et 4 garçons. DĂšs ses 10 ans, Oumou SangarĂ© est « la petite maman de la maison ». « Pour rapporter quelques piĂšces je vendais des petits sachets d’eau ou des Ă©pis de maĂŻs dans la rue ; je chantais Ă©galement », se souvient-elle.

Elle connaĂźt ses premiers succĂšs en raison de sa voix mais aussi du contenu des chansons qu’elle Ă©crit, notamment contre les mariages forcĂ©s. « La musique est une arme puissante qui ne verse pas le sang, qui ne tue pas, mais qui fait rĂ©flĂ©chir les gens (
) les femmes sont trĂšs rĂ©ceptives lorsque j’évoque la polygamie ou la maltraitance », dit-elle.

Oumou SangarĂ© estime que la situation des femmes au Mali s’amĂ©liore. « Le monde Ă©volue, les filles de 20 ans ont une meilleure vie que celles de la gĂ©nĂ©ration prĂ©cĂ©dente. Elles n’acceptent pas ce que leurs mĂšres ont acceptĂ© et leurs filles n’accepteront pas ce qu’elles tolĂšrent aujourd’hui », analyse-t-elle.

Lire aussi

Le Mali sur France 3

Le Mali : quelques Ă©lĂ©ments de gĂ©ographie et d’histoire

MusĂ©e de Bretagne, Champs Libres de Rennes : Exposition Mali au fĂ©minin


 Femmes d’Afrique, bĂątisseuses d’avenir.
 Ed. TirĂ©sias
 21 rue Letort - 75018-Paris
 Prix : 25€

Agenda

Les derniers articles > Tous les articles
Toute l'actualité de Toutpourlesfemmes.com
en temps réel et gratuitement