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Culture

Femmes photographes de 1930 Ă  1950

par Nicole Salez, mercredi 3 mars 2010

Le statut et la place des femmes photographes constitue l’un des fils rouges de la programmation du musĂ©e du Jeu de Paume, Ă  Paris. A l’occasion de l’exposition "Lisette Model", revenons sur les femmes photographes dans les annĂ©es 1930 Ă  1950, des femmes qui, dans l’ensemble, n’en ont fait qu’Ă  leur "regard". "Et si l’entre deux guerres Ă©tait, pour les femmes, un Ăąge d’or de l’image ?".
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Lisette Model : Valeska Gertc. 1940 -National Gallery of Canada, Ottawa, don de la Succession de Lisette Model, 1990, sous la direction de Joseph G. Blum, New York, par l’entremise des American Friends of Canada © The Lisette Model Foundation, Inc. (1983).

Le statut et la place des femmes photographes constitue l’un des fils rouges de la programmation du Jeu de Paume, dans laquelle ont Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©es ces derniĂšres annĂ©es les artistes Lee Miller et Cindy Sherman. Les archives de ces expositions peuvent ĂȘtre consultĂ©es en ligne sur le site Internet du Jeu de Paume. On retrouvera Ă©galement prochainement des expositions consacrĂ©es Ă  Berenice Abbott, Diane Arbus et Claude Cahun. [1]]

« Et si l’entre deux guerres Ă©tait, pour les femmes, un Ăąge d’or de l’image ? ». C’est par cette question qu’ Elisabeth Lebovici et Catherine Gonnard introduisent leur rĂ©flexion sur les femmes photographes dans Femmes artistes, artistes femmes. Paris, de 1880 Ă  nos jours, publiĂ© en 2007 [2]. En effet, des noms de femmes photographes cĂ©lĂšbres Ă©mergent durant cette pĂ©riode Ă  Paris et Ă  New York. Nous citerons, pour les plus connues, Claude Cahun, Lee Miller, Berenice Abbott, Germaine Krull ou encore Florence Henri et Rogi AndrĂ©, qui ont fait dĂ©couvrir la photographie Ă  Lisette Model.

Pourquoi le choix de ce mĂ©dium ? « Photographier est considĂ©rĂ© comme un mĂ©tier. Un mĂ©tier d’artisan » dira Germaine Krull. Pour Lisette Model, il permet notamment de trouver des dĂ©bouchĂ©s professionnels importants dans les magazines illustrĂ©s, notamment dans la mode (cf. le travail de Lisette Model pour Harper’s Baazar). De plus, la photographie est une technique rĂ©cente et plus directement accessible, elle rend possible une autre relation Ă  la tradition et aux modĂšles dans l’art. À cette Ă©poque, la photographie « permet Ă  des acteurs culturels traditionnellement marginalisĂ©s, comme les femmes, de s’en emparer et mĂȘme de l’utiliser pour reproduire d’autres reprĂ©sentations que celle dominĂ©es par les hommes », soulignent les auteurs de cet ouvrage.

Dans Femmes photographes. Émancipation et performance (1850-1940), Federica Muzzarelli revient sur ce lien : « Les femmes et la photographie partagent alors une position similaire, celle de l’alternative, vis-Ă -vis de deux monolithes bien en place : les femmes ont affaire au pouvoir culturel des hommes, la photographie Ă  la suprĂ©matie exclusive de la peinture. [
] Femmes et photographie s’allient en une poĂ©tique commune, qui tente de rĂ©cupĂ©rer deux territoires dont elles sont bannies : la corporĂ©itĂ© et l’action » [3]. La figure tutĂ©laire d’une autre femme pourra accompagner certaines de ces photographes dans l’affirmation de leur statut d’artiste [4] . L’arrivĂ©e d’appareils plus lĂ©gers comme le Leica ou le Rolleiflex marquera Ă©galement leur pratique de la mobilitĂ© et de la proximitĂ© dans la saisie de la vie moderne.

Une grande partie de ces femmes photographes sont Ă©galement des immigrĂ©es. La photographie leur permet de montrer une vision diffĂ©rente de la ville et de ceux qui l’habitent. Dans ce contexte, elles vont notamment opter pour le portrait oĂč la composition des sujets rend « visible une part non nĂ©gligeable de femmes dans le monde culturel parisien, tout en faisant voir des images non conformes de leurs rĂŽles sociaux et sexuels » [5]. Elles s’écartent en cela d’une esthĂ©tique traditionnelle du portrait. Et, dans cette nouvelle attention aux visages et aux corps, elles donneront Ă  voir les transformations de la sociĂ©tĂ© et les mutations de l’espace urbain, tout particuliĂšrement celui de New York (voir Germaine Krull, Berenice Abbot ou encore Lisette Model).

Certaines d’entre elles se distinguent Ă©galement par leurs autoportraits. C’est le cas de Florence Henri, d’Ilse Bing et son Autoportrait au Leica (1931) ou de Lisette Model, qui ne rend pourtant pas publique ces expĂ©riences dans ce domaine. Selon Ann Thomas , les autoportraits manifesteraient chez Model « le besoin de confirmer son identitĂ© face Ă  cette rĂ©alitĂ© nouvelle qui lui Ă©choit de maniĂšre si inattendue » [6]. Claude Cahun pour sa part a dĂ©veloppĂ© une dĂ©marche complexe, qui associe mise en scĂšne et travestissement, et interroge les relations entre les images, les modĂšles et les processus de construction de l’identitĂ©. Ainsi, les pratiques de ces femmes photographes, des annĂ©es 30 aux annĂ©es 50, anticipent certaines problĂ©matiques qui seront Ă  l’oeuvre dans les annĂ©es 60-70 autour de la performance et du body art, et qui constitueront notamment une des sources du travail de Cindy Sherman et sa rĂ©appropriation critique des apparences sexuelles et sociales.

- Extrait du Dossier enseignants, mode d’emploi, rĂ©alisĂ© Ă  l’occasion de l’exposition "Lisette Model" au MusĂ©e du Jeu de Paume, du 9 fĂ©vrier au 6 juin 2010

Notes

[1] Voir Ă  ce titre l’exposition au MoMA intitulĂ©e : Pictures by Women : A History of Modern Photography, jusqu’au 7 mai 2010 Ă  New York.->http://www.moma.org/visit/calendar/exhibitions/1041

[2] Editions Hazan, Paris, 2007. Voir p. 151, le chapitre intitulĂ© « Femmes photographes » et notamment son introduction qui dĂ©veloppe les raisons du choix de la photographie dans l’entre-deux-guerres.

[3] Federica Muzzarelli, Femmes photographes. Émancipation et performance (1850-1940), Hazan, Paris, 2009.

[4] Anne-Laure Vernet, « La filiation fĂ©minine en art, comme autorisation Ă  l’acte crĂ©ateur », in La crĂ©ation au fĂ©minin, sous la direction de Marianne Camus, Presses Universitaires de Dijon, 2007.

[5] Elisabeth Lebovici et Catherine Gonnard, p.154, Ă  propos des portraits de Berenice Abbott.

[6] Voir Ă  ce sujet le texte d’Ann Thomas, « Lisette Model et le portrait », dans le catalogue de l’exposition Lisette Model du Jeu de Paume, Paris, 2009.


- Lisette Model
- du 9 fĂ©vrier au 6 juin 2010
- MusĂ©e du Jeu de Paume, 1 place de la Concorde 75008 Paris
- Horaires : Mardi de 12h Ă  21h, Du mercredi au vendredi de 12h Ă 19h, Samedi et Dimanche de 10h Ă  19h, Fermeture le lundi TĂ©l. 01 47 03 12 50
- AccĂšs : MĂ©tro : Concorde (lignes 1, 8, 12) / Bus : 24, 42, 72, 73, 84, 94
- TARIFS : EntrĂ©e : 7 €, Tarif rĂ©duit : 5 € - Les "mardis jeunes" : entrĂ©e gratuite pour les Ă©tudiants et les moins de 26 ans le dernier mardi du mois, de 17h Ă  21h


- Photographies - Exposition Lisette Model (1901-1983)
- Autour de l’exposition Lisette Model
- Photographes entre Paris et New York pendant l’Entre-deux-guerres
- Lisette Model, artiste de la Photo League (1936-1951)

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