Figuration narrative - Grand Palais.Venez jouer avec moi par Christine Nathan, dimanche 15 juin 2008 La Figuration narrative est un mouvement contestataire, né au début des années 60. Il rassemble, à Paris, des peintres, venus de toute l’Europe pour raconter leur vision du monde, en réaction à la peinture en vogue du moment : peinture abstraite ou Pop Art. Ils utilisèrent des moyens nouveaux, comme le collage ou l’acrylique, pour retranscrire le quotidien. Une exposition les met en scène au Grand Palais, à Paris, du 16 avril au 13 juillet 2008.
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Joyeuse, l’exposition du Grand Palais est joyeuse ! Dès l’entrée, le ton est donné ; les murs sont en couleur, jaune pâle, jaune foncé, orange, marron glacé, et les grands tableaux très colorés s’en détachent parfaitement. La circulation est intelligente ; à la place de murs rectilignes à angles droits, des panneaux joints à angulations diverses, créant des corridors où l’on se promène ; et au bas des panneaux, des retours de bois sur lesquels de larges feuilles colorées donnent des informations parfaitement lisibles. Le découpage par thème ou période est parfaitement compréhensible.

Dans les salles intitulĂ©es « Les prĂ©mices », beaucoup sont dĂ©jĂ lĂ , avec un style bien particulier pour chacun : E. Arroyo l’Espagnol, O. Fahlstrom le SuĂ©dois, H. TĂ©lĂ©maque le HaĂŻtien, A. Recalcati l’Italien, J. Voss l’Allemand, Herro l’Islandais, V. Adami l’Italien, P. Klasen l’Allemand, etc. Sur des murs jaunes, la rupture avec l’art abstrait est consommĂ©e. C’est dĂ©jĂ joyeux, on sait que l’on est dans une autre peinture, on peut se raconter une histoire.
Oui, il faut jouer dans les salles suivantes, « L’Art Du DĂ©tournement », oĂą sont transposĂ©s avec beaucoup d’humour des tableaux cĂ©lèbres ; le nom de l’original n’est pas donnĂ©. A vos souvenirs ! Portrait de nain, d’E. Arroyo. De qui Ă©tait l’original ? Facile. Grand Pas du St Bernard, La Maja de Torrejon » du mĂŞme ? Facile aussi. DanaĂ©, de Cueco ? Allez, trouvez ! Boschflooded et Stalingrad », d’ERRO, c’est donnĂ© dans le titre. Este no escapa de l’Equipo Cronica, c’est plus dur ! Cela me renvoie Ă une exposition vue Ă Vienne, il y a quelques annĂ©es, de Francis Bacon, avec ses portraits dĂ©tournĂ©s du pape Innocent X d’après VĂ©lasquez.

J. Monory, lui, squatte la salle suivante, bleu foncĂ©/moquette violette, « La Peinture est un Roman Noir ». Ses peintures, toutes bleues- sa marque- filment l’univers du polar. Un rappel des polars en vogue ces annĂ©es-lĂ . Bien sĂ»r la politique est prĂ©sente : sur des murs rouge sang, une critique de l’état du monde, de son formalisme, mais aussi de sa violence quotidienne et de ses guerres inutiles. G. Aillaud propose ses cages d’animaux, G. Fromanger le quotidien policier, B. Rancillac ses visions de guerre du Vietnam, Cueco un Ă©tonnant montage de Marx, Freud et Mao, P. Saul les coloris violents de sa vision maternelle et les scènes d’intĂ©rieurs de J. Voss ou d’ERRO, de P. Klasen et bien d’autres !

Il faut s’arrĂŞter sur deux sĂ©ries qui illustrent bien l’engagement politique, ainsi que la volontĂ© de l’action collective. Avec Vivre et laisser mourir, ou la fin tragique de Marcel Duchamp, G. Aillaud, E. Arroyo et A. Recalcati mettent en scène l’assassinat de Marcel Duchamp. Il s’agit d’une critique violente et dĂ©risoire de tout ce que l’idĂ©ologie de M. D pouvait entraĂ®ner comme formalisme dans « l’Art Contemporain » qui naissait. Tentative ratĂ©e, semble-t-il, pour E. Arroyo aujourd’hui. 1960-1972, 12 ans d’art contemporain en France a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© par la CoopĂ©rative des Malassis, qui comprend Cueco, Fleury, PanĂ© et Tisserand. Il s’agit de 12 panneaux qui retracent la vie politique de ces annĂ©es-lĂ . ExposĂ©s au Grand Palais en 1972, devant le scandale, ils furent dĂ©crochĂ©s.
A voir, Ă lire
Figuration narrative Paris 1960-1972
Galeries Nationales du Grand Palais
3 avenue du Général Eisenhower, 75008 Paris
www.rmn.fr
Figuration narrative
Hors-série Beaux Arts éditions
www.beauxartsmagazine.com
Ă€ lire
Figuration narrative
Jean-Luc Chalumeau
Éditions Cercle d’Art Paris 2005