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Plus de 200 millions de personnes seront forcées de se déplacer d’ici 2050...

Fondation Cartier : Terre Natale, Ailleurs commence ici

Enracinement et déracinement

par Nicole Salez, samedi 29 novembre 2008

L’exposition Terre Natale, Ailleurs commence ici, organisĂ©e par la Fondation Cartier pour l’art contemporain jusqu’au 15 mars 2009, rĂ©unit Raymond Depardon, photographe et cinĂ©aste, et Paul Virilio, philosophe et urbaniste, autour d’une rĂ©flexion sur les notions d’enracinement et de dĂ©racinement et sur les questions identitaires qui leur sont attachĂ©es.
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15 mars 2009

« Avec Raymond Depardon, on se retrouvait sur la mĂŞme question : que reste-t-il du monde, de la terre natale, de l’histoire de la seule planète habitable aujourd’hui ? » Paul Virilio

Tandis que le monde est à un moment critique de son histoire, où l’environnement conditionne ce que l’homme fait et ce qu’il va devenir, l’exposition Terre Natale, Ailleurs commence ici propose une réflexion sur le rapport au natal, à l’enracinement et au déracinement, ainsi qu’aux questions identitaires qui leurs sont attachées.

Alors que Raymond Depardon donne la parole à ceux qui, menacés de devoir partir, veulent demeurer sur leur terre, Paul Virilio expose la remise en cause de la notion même de sédentarité face aux grands phénomènes de migrations. La pensée de Paul Virilio est illustrée par la mise en scène des artistes et architectes Diller Scofidio + Renfro et Mark Hansen, Laura Kurgan et Ben Rubin.

L’exposition est ainsi conçue comme une confrontation, un dialogue contradictoire et complémentaire, entre Raymond Depardon, cinéaste et photographe, dont on connaît l’attachement à la terre, à la parole, à l’écoute, au monde des paysans et qui depuis toujours a fait le choix du politique et du poétique, et Paul Virilio, urbaniste et philosophe, qui depuis longtemps travaille sur la vitesse, l’exode, la fin de l’espace géographique, la pollution des distances.

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Pour aller plus loin...

« Ă‰coutons ces gens, qu’ils soient Chipaya, Yanomami, Afar, Ă©coutons ces gens, et donnons-leur un peu la parole afin qu’on puisse les entendre s’exprimer dans leur langue, avec leur façon de parler, leur expression du visage. » Raymond Depardon

L’enracinement, la relation qu’entretient une population avec sa terre, sa langue, son histoire s’incarnent dans la monumentale projection d’un film de Raymond Depardon spĂ©cialement rĂ©alisĂ© pour cette exposition. Avec Claudine Nougaret, qui a accompli la prise de son, ils ont voyagĂ© au Chili, en Éthiopie, en Bolivie, en France et au BrĂ©sil Ă  la rencontre de nomades, de paysans, d’îliens, d’Indiens tous menacĂ©s de disparaĂ®tre ou vivant en marge de la mondialisation. Ils prennent la parole dans leur langue maternelle, langue ancrĂ©e dans la terre – « je suis nĂ©e dans ma langue » dit une femme – et dĂ©clarent leur colère et leur douleur face aux menaces et aux craintes qui pèsent sur leur existence.

« Venant de parcourir le monde pour ‹ donner la parole › aux […] minoritĂ©s menacĂ©es […], j’ai Ă©prouvĂ© le besoin d’affronter le monde qui est le mien, celui de ‹ la maladie de la vitesse › que dĂ©nonce Paul Virilio. » Raymond Depardon

Après avoir « donnĂ© la parole » et cĂ©lĂ©brĂ© ceux qui veulent demeurer, Raymond Depardon fait ainsi l’expĂ©rience de la globalisation et du rĂ©trĂ©cissement des distances, qu’il raconte sous la forme d’un journal filmĂ© sans parole. En 14 jours, d’est en ouest, seul avec sa camĂ©ra, il a fait le tour du monde en passant par Washington, Los Angeles, Honolulu, Tokyo, HĂ´ Chi Minh-Ville, Singapour et Le Cap.

Ailleurs commence ici

« Parce que moi j’ai la nostalgie de l’ampleur du monde, de sa grandeur. » Paul Virilio

Le journal de voyage de Raymond Depardon – dialogue à distance avec Paul Virilio – nous conduit vers la seconde partie de l’exposition, Ailleurs commence ici, réalisée sous la direction de Paul Virilio et scénographiée par les artistes et architectes américains Diller Scofidio + Renfro, Mark Hansen, Laura Kurgan et Ben Rubin.

« La sĂ©dentaritĂ© et le nomadisme ont changĂ© de nature. […] Le sĂ©dentaire, c’est celui qui est partout chez lui, avec le portable, l’ordinateur, aussi bien dans l’ascenseur, dans l’avion, que dans le train Ă  grande vitesse. C’est lui le sĂ©dentaire. Par contre, le nomade, c’est celui qui n’est nulle part chez lui. »

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Paul Virilio expose la remise en cause du pouvoir de demeurer. L’accĂ©lĂ©ration des mouvements, « la grande mobilisation migratoire », remet en cause la notion mĂŞme de sĂ©dentaritĂ©, puisqu’on estime que plus de 200 millions de personnes seront forcĂ©es de se dĂ©placer d’ici 2050. Cet exode, sans prĂ©cĂ©dent dans l’histoire humaine, intimement liĂ© Ă  la mondialisation et au changement climatique, rencontre la finitude de l’espace gĂ©ographique, « la disparition de la grandeur du monde » avec la rĂ©volution des transports et des tĂ©lĂ©communications. L’exode urbain succĂ©dant Ă  l’exode rural, la rĂ©urbanisation du monde, ainsi que la nomme Paul Virilio, annonce l’apparition de « l’outre-ville », la ville de l’exil urbain, la ville du dĂ©part, Ă  l’instar des gares, des aĂ©roports et des futurs spatioports.

Ainsi, c’est l’avenir mĂŞme de la notion de terre natale qui est questionnĂ©e par Paul Virilio. Cet « ailleurs commence ici », qui prĂ©figure la mobilisation globale, est donnĂ© Ă  voir dans l’exposition sous la forme d’un ouragan visuel d’images d’actualitĂ©, littĂ©ralement chorĂ©graphiĂ©es sur une cinquantaine d’écrans.

L’ultime salle de l’exposition est entièrement consacrée à une cartographie inédite, qui offre une visualisation dynamique des migrations de population et de leurs causes à travers une projection circulaire créant un environnement immersif. Le visiteur se voit entouré par la projection d’une sphère tournant autour de la salle et qui, à chaque orbite, traduit et retraduit les différentes données migratoires sous forme de cartes, de textes et de trajectoires.

- L’exposition bénéficie de la collaboration de François Gemenne, chercheur et enseignant à Sciences Po (Centre d’études et de recherches internationales) et à l’Université de Liège (Centre d’études de l’ethnicité et des migrations) sur les mouvements migratoires liés aux changements de l’environnement.

- Commissaire gĂ©nĂ©ral de l’exposition : HervĂ© Chandès, Directeur GĂ©nĂ©ral de la Fondation Cartier pour l’art contemporain.

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Le catalogue

Le catalogue Terre Natale permet d’explorer les problématiques soulevées dans l’exposition. Il donne à voir l’approche affective et identitaire de Raymond Depardon, explorant les continents à la rencontre des hommes attachés à leur terre et à leur langue. De l’Afrique à l’Amérique du Nord et du Sud, de l’Asie à l’Europe, à travers plus d’une centaine de photographies, Raymond Depardon montre combien le fait d’être en mouvement lui permet de mieux voir ceux qui sont immobiles.

La rĂ©flexion de Paul Virilio sur les trajectoires et les mouvements humains dans le monde actuel est dĂ©veloppĂ©e Ă  travers un texte inĂ©dit intitulĂ© Stop Eject et est Ă©tayĂ©e par une sĂ©lection d’images marquantes agissant comme un vĂ©ritable flot visuel. Photos d’actualitĂ©, cartes, articles de presse s’entrechoquent et interrogent les diffĂ©rentes formes de migrations : trajectoires incontournables ou volontaires, alĂ©atoires ou programmĂ©es, circulaires ou linĂ©aires.

Le catalogue réunit également les contributions de Michel Agier, Bruce Albert, Marc Augé, François Gemenne, Peter Sloterdijk, ainsi que celle des architectes scénographes Diller Scofidio + Renfro, Mark Hansen, Laura Kurgan et Ben Rubin.

- Terre Natale, Ailleurs commence ici
- Edition Fondation Cartier pour l’art contemporain, Paris
- BrochĂ© avec jaquette, 20,5 x 28 cm, 308 pages 300 illustrations couleur et noir et blanc
- Textes de Michel Agier, Bruce Albert, Marc AugĂ©, Raymond Depardon, Diller Scofidio + Renfro, Mark Hansen, Laura Kurgan, Ben Rubin, François Gemenne, Peter Sloterdijk, Paul Virilio
- Conversation entre Paul Virilio et Raymond Depardon
- Photographies de Raymond Depardon
- Diffusion : Actes Sud, Arles
- Prix : 39,50 euros
- Date de parution : novembre 2008


- Terre Natale
- Ailleurs commence ici
- 21 novembre 2008 - 15 mars 2009
- Fondation Cartier pour l’art contemporain
- 261, boulevard Raspail 75014 Paris
- Accès : Mo Raspail ou Denfert-Rochereau (lignes 4 et 6) /RER Denfert-Rochereau (ligne B)/ Bus 38, 68, 88, 91/ VĂ©lib’ 2, rue Victor Schoelcher/ Stationnement rĂ©servĂ© aux visiteurs handicapĂ©s moteur devant le 2, rue Victor Schoelcher

- L’exposition est ouverte au public tous les jours, sauf le lundi, de 11h Ă  20h. - Nocturne le mardi jusqu’à 22h./ Accès libre pour les moins de 18 ans le mercredi de 14h Ă  18h / FermĂ© les 25 dĂ©cembre et 1er janvier

- Les tarifs : Droit d´entrĂ©e : 6,50 euros/ Tarif rĂ©duit : 4,50 euros (Ă©tudiants, moins de 25 ans, carte Senior, Amis des MusĂ©es, demandeurs d´emploi)/ Gratuit : Laissez-passer, moins de 10 ans, adhĂ©rents au Cercle des amis, ICOM
- Billetterie ouverte jusqu’à 19h du mercredi au dimanche et jusqu’à 21h le mardi.

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