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Care France Haiti : une organisation humanitaire tĂ©moigneAprĂšs le seisme, la situation des femmes enceintes ou qui viennent d’accoucher dimanche 24 janvier 2010 L’organisation humaintaire Care France, prĂ©sente en Haiti, a recueilli les tĂ©moignages de femmes enceintes ou qui ont accouchĂ© depuis le sĂ©isme en HaĂŻti. Nous rapportons intĂ©gralement le rĂ©cit et les photos de sa reprĂ©sentante sur place.
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"A cet instant fragile oĂč la vie vient au monde, oĂč un enfant quitte le cocon chaud du ventre de sa mĂšre, un geste peut tout changer, faire basculer un heureux Ă©vĂ©nement en une triste nouvelle. »

Wadneica ne mesurera peut ĂȘtre jamais la chance quâelle a eu dâouvrir les yeux le 20 janvier sur la place Saint Pierre, Ă mĂȘme le sol, posĂ©e sur des cartons dâemballage usagĂ©s. Il est 9h du matin quand Joane Kerez, donne le jour Ă 20 ans Ă son premier enfant sous une bĂąche en tissu avec pour seul accompagnement sa mĂšre Ă ses cĂŽtĂ©s. Autour les gens sâaffairent, des curieux sâentassent autour du petit espace dâĂ peine 2m2 laissant difficilement la jeune femme enceinte respirer : « Il y avait des gens autour qui me regardaient. Jâaurai aimĂ© ĂȘtre ailleurs, dans un endroit plus propre et sans tous ces regards posĂ©s sur mon corps » ditâelle avec pudeur. Pas moins de 6000 personnes « (sur) vivent » sur cette place bondĂ©e oĂč chaque parcelle est occupĂ©e par des sinistrĂ©s du tremblement de terre. Les enfants jouent au milieu des dĂ©chets, se lavent dans les caniveaux, les femmes cuisinent dans des odeurs pestilentielles puisque tous urinent en plein campement faute de sanitaires. La mĂšre de Joane coupera le cordon ombilical avec une lame de rasoir non dĂ©sinfectĂ©e et pour toute eau celle dâun rĂ©servoir que CARE a installĂ© la veille. 5000 litres dâeau approvisionnĂ©s au grĂ© des besoins. « Heureusement que CARE a installĂ© la citerne, sinon jâaurai du prendre lâeau qui sort du tuyau au bout de la rue ». Pas de savon, pas de serviette propre, pas de dĂ©sinfectant, pas de mĂ©decin, encore moins un Ă©quipement mĂ©dical minimum en cas de complication. Aucune femme occidentale ne pourrait imaginer un seul instant accoucher dans de telles conditions !! Et pourtant lâaccouchement de Joane nâa rien dâextraordinaire, depuis le 13 janvier, des centaines dâautres femmes haĂŻtiennes sont contraintes de donner la vie Ă cĂŽtĂ© des poubelles dans les rues de PortâauâPrince.
Pour amĂ©liorer les conditions de vie des sansâ abris, CARE dĂ©marre une action de distribution de brouettes, pelles et balais qui permettront de dĂ©blayer les ordures. « Evacuer les poubelles est le minimum pour limiter les risques de maladies » explique Franck GĂ©neus, le responsable santĂ© de CARE Ă PortâauâPrince. « Nous allons former un rĂ©seau de volontaires au sein des habitants de la place pour transmettre des messages de sensibilisation Ă lâhygiĂšne. Nous pouvons limiter considĂ©rablement les risques en informant et partageant des gestes Ă©lĂ©mentaires ».

Lâenfant de Saluka Francia, nĂ© il y a un mois, a vu le jour dans un hĂŽpital. Mais depuis que sa famille a dĂ» sâinstaller sur ce campement, sa santĂ© sâest dĂ©tĂ©riorĂ©e : « Il a mal au ventre, a des diarrhĂ©es et a attrapĂ© la grippe » mâexplique sa mĂšre. Je regarde le nourrisson anormalement petit et ne peux que mâinquiĂ©ter de ce visage dĂ©jĂ marquĂ© au regard trouble et maladif. Lâenfant grimace et son apparence trahit une santĂ© vacillante. Lorsque je demande Ă la mĂšre sâil a vu un mĂ©decin, sâil est soignĂ©, je me doute de sa rĂ©ponse : non.
ViergemĂšne Jean qui entame son 8Ăšme mois de grossesse nâa pas vu de mĂ©decin depuis dĂ©but dĂ©cembre alors quâelle se plaint de fatigue. « Je me sens fatiguĂ©e, le jour jâai trop chaud, la nuit jâai froid parce que nous nâavons rien pour nous couvrir et je suis dĂ©couragĂ©e ». Il y a de quoi, comme Joane elle ne sait pas comment elle va accoucher et ça lâinquiĂšte. « Les hĂŽpitaux sont dĂ©truits, il y a beaucoup de blessĂ©s, je sais quâil nây a pas de la place pour tout le monde ». Alors que lâarrivĂ©e dâun enfant devrait ĂȘtre une source de joie, câest pour ces femmes un moment dâinquiĂ©tude et de peur.
A cĂŽtĂ© dâelle son amie MarieâMichel Blanc Ă 32 ans en est Ă son 3Ăšme enfant. On pourrait lâimaginer plus confiante puisquâelle elle a dĂ©jĂ donnĂ© la vie. Son inquiĂ©tude nâen est pas moins grande. Et pour cause, son deuxiĂšme accouchement sâest mal passĂ© et elle a dĂ» subir une cĂ©sarienne. Et Marie Michel sait bien quâelle nâaura pas cette possibilitĂ© si des complications venaient perturber le travail. « Jâai mal au ventre et je sens que ce nâest pas normal, je ne sais pas ce qui se passe » ditâelle inquiĂšte. Je ne suis pas mĂ©decinâŠmais je suis une femme. Alors je pose mes mains sur son ventre, je touche le ballon tiĂšde derriĂšre lequel grandit lâenfant. Je comprends rapidement que lâenfant qui doit naĂźtre dans moins de 15jours se prĂ©sente par le siĂšge. Que faire ? LâinquiĂ©ter alors que je sais quâaucun mĂ©decin ne pourra lâaider ? Je lâinvite Ă trouver sur le campement une sage femme, je lui dis quâil y a des femmes qui savent, qui peuvent lâaccompagner et peutâ ĂȘtre remettre le bĂ©bĂ© en place. Peut ĂȘtreâŠ

Toutes se plaignent du manque de place, de la chaleur mordante qui brĂ»le la peau des petits lorsque le soleil est Ă son zĂ©nith. Alors elles emmitouflent les bĂ©bĂ©s dans des tissus et serviettes pour les protĂ©ger. Les enfants ont certainement trop chaud, et quand on sait quâil nây a pas dâeau, la dĂ©shydrations menace. Heureusement que nos Ă©quipes ont distribuĂ© des pastilles de purification de lâeau. La vie est aussi faite de miracles, comme lâarrivĂ©e de Sarah nĂ©e le matin de la catastrophe. La mĂšre et lâenfant Ă©taient dans un hĂŽpital qui a Ă©tĂ© partiellement dĂ©truit, elles en sont sorties indemnes. « Tout tremblait, mon lit bougeait, jâai eu trĂšs peur, jâai entendu du bruit et puis des gens qui criaient. Jâai serrĂ© fort Sarah dans mes bras, jâai cru quâon allait mourir ». Emy Merci dont câest le 3Ăšme enfant affiche le sourire des bienheureux. On lit sur son visage la reconnaissance dâĂȘtre lĂ . Elle souligne les mĂȘmes difficultĂ©s que les autres mais semble prĂȘte Ă tout endurer car son enfant est Ă ses cĂŽtĂ©s. Emy est dâautant plus heureuse quâaujourdâhui CARE lui a donnĂ© un kit dâhygiĂšne avec du savon, du papier toilette, des brosses Ă dent, du dentifrice, de la lessive, des serviettes hygiĂ©niques et autres produits qui vont lui permettre dâĂȘtre propre. « GrĂące à ça, je vais pouvoir laver Sarah, laver la couche, je nâavais pas de lessive et son linge nâĂ©tait pas propre. Ăa va tout changer » prĂ©cise Emy avec reconnaissance. Joane, Saluka, Marie Michel et 1000 autres femmes auront reçu les mĂȘmes produits et manifesteront la mĂȘme reconnaissance.
Dans un contexte aussi difficile les femmes enceintes et les nourrissons sont dâautant plus vulnĂ©rables. En voyant ces femmes, plus que jamais lâexistence me semble fragile, suspendue Ă ce fil qui peut se rompre Ă chaque instant. Il suffit parfois de petits riens pour que ces mĂšres et leurs enfants puissent mieux faire face. Alors nous allons continuer Ă leur distribuer ces biens Ă©lĂ©mentaires et faire pencher lâaccouchement et les premiers pas de ces enfants du cĂŽtĂ© de la vie."
Témoignage de Loetitia Raymond
Attachée de presse de CARE France en Haïti
PortâauâPrince, 21/01/2010
Photos : © Evelyne Hockstein / CARE
CareFrance est lâun des 12 membres du rĂ©seau CARE International.
CARE France
71 rue Archereau - 75019 Paris
Créée en 1983, CARE France compte parmi les 15 plus importantes associations de solidarité internationale françaises.
LâĂ©quipe est composĂ©e de 31 salariĂ©s, de 4 expatriĂ©s, et dâune vingtaine de bĂ©nĂ©voles. Lâassociation est soutenue par 100 000 foyers donateurs.
En 2008, le budget de CARE France sâĂ©levait Ă 20 millions dâeuros, dont 84 % ont Ă©tĂ© affectĂ©es au financement de la mission sociale.
CARE France, en 2008, a menĂ© 53 projets dans 22 pays, les principaux Ă©tant : la Palestine, Madagascar, la Roumanie, la CĂŽte d’Ivoire, le Tchad, le Cameroun, le Togo, le Nicaragua, le PĂ©rou, le Maroc...