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Hugo Pratt - Pinacothèque de Paris

par Nicole Salez, lundi 4 avril 2011

Le beau Corto Maltese, marin aventureux au long cours vous fascine ? Cap sur la Pinacothèque de Paris qui accueille jusqu’au 21 août 2011 une grande rétrospective des oeuvres de l’Italien Hugo Pratt, inventeur de la bande dessinée littéraire. L’exposition réunit notamment plus de 150 aquarelles, pour la plupart peu connues du grand public, ainsi que des planches historiques, notamment la totalité des cent soixante-quatre planches de la mythique "Ballade de la mer salée".
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Depuis la rétrospective du Grand Palais en 1986, c’est la première fois que Paris accueille une exposition consacrée à l’œuvre de Hugo Pratt, artiste hors norme, considéré comme l’inventeur de la bande dessinée littéraire. L’exposition ne se limite pas à Corto Maltese (4 millions d’albums vendus en France), elle réunit notamment plus de 150 aquarelles, pour la plupart peu connues du grand public, ainsi que des planches historiques, notamment la totalité des cent soixante-quatre planches de la mythique "Ballade de la mer salée".

La vie d’Hugo Pratt est un véritable roman marqué par une généalogie qui brasse différentes cultures. Son existence et son travail se mêlent au fil des pages. Il sont influencés par sa culture littéraire –Robert Louis Stevenson, Joseph Conrad, Herman Melville, Jack London, Ernest Hemingway ou encore Antoine de Saint-Exupéry, auquel il consacre un album à la fin de sa vie : Le Dernier Vol– en même temps que par ses voyages aux quatre coins de la planète.

En 1967, après un périple aux Caraïbes, Hugo Pratt crée La Ballade de la mer salée, qui marque la première apparition de Corto Maltese. C’est une véritable révolution dans le neuvième art : jamais l’art du conteur et celui du narrateur n’avaient été à ce point unis.

- Commissaires de l’exposition : Patrizia Zanotti et Patrick Amsellem
- Création et réalisation de l’exposition : Cong SA, Lausanne et Galerie Nuages, Milan
- Organisation de l’exposition : Pinacothèque de Paris et Echo International

Hugo Pratt : biographie

Né en 1927 à Rimini (Italie), c’est à Venise qu’Hugo Pratt passe son enfance. Son grand-père paternel, dessinateur en architecture militaire, est un lyonnais d’origine anglaise. Son grand-père maternel est un juif marrane originaire de Tolède, qui vit à Venise. Sa grand-mère maternelle est une juive dont les parents ont quitté la Turquie pour travailler à Murano, en Italie. Sa mère, Evelina Genero, est passionnée d’ésotérisme ; son fils hérite d’elle cet intérêt pour la magie que l’on retrouve dans les aventures de Corto Maltese. Avec de si riches ascendants, il était bien normal que le dessinateur fasse de son héros le plus célèbre, le fils d’un marin britannique et d’une gitane, élevé dans le barrio de la Juderia à Cordoue. À 14 ans, Hugo Pratt est enrôlé par son père dans la police coloniale italienne en Abyssinie. Il y côtoie les différentes armées dont les uniformes, armoiries et couleurs resplendissent dans sa série Les Scorpions du désert.

En 1943, de retour en Italie à la suite de la mort de son père, Hugo Pratt fréquente un collège militaire et, grâce à sa maîtrise de l’anglais, devient interprète de l’armée alliée jusqu’à la fin de la guerre. En avril 1945, il revient à Venise pour assister à l’entrée des libérateurs sur une voiture blindée canadienne, habillé en Écossais. « À l’époque, déclare-t-il, Venise était un gigantesque bordel, un carnaval improvisé ! ». Il réussit à se faire engager dans l’armée néo-zélandaise après s’être tatoué le visage comme un Maori, avec un stylo ! Sa légende, déjà, est en train de naître... Hugo Pratt aura donc fait la guerre dans tous les camps, et sous de nombreux uniformes...

Hugo Pratt devient officiellement dessinateur de bande dessinée en 1945, quand paraît le premier numéro de L’As de pique, revue de comics créée avec deux amis. Le « Groupe de Venise » est alors contacté par une importante maison d’édition argentine et, en 1949, Hugo Pratt s’installe à Buenos Aires. Sa période argentine, qui couvre toutes les années 1950, est très prolifique. Il travaille pour l’éditeur Abril, pour qui il dessine Junglemen et plusieurs autres séries. La plus marquante voit le jour en 1953 avec le personnage de Sergent Kirk. Il commence à écrire lui-même ses histoires, la première d’entre elles étant Ann de la jungle.

Hugo Pratt (en 1989) photographié par Erling Mandelmann- Wikipedia

L’année passée à Londres entre 1959 et 1960 est fondamentale dans la carrière de Pratt. Associé à des scénaristes anglais, il réalise des histoires de guerre pour Fleetway Publications mais surtout, il se familiarise avec la technique de l’aquarelle en suivant des cours à la Royal Academy of Watercolour.

En 1962, suite à la dégradation de la situation économique en Argentine, Hugo Pratt décide de revenir en Italie, tout en continuant à voyager. Durant la décennie suivante, le travail de Pratt met en évidence sa passion pour la littérature. Après Wheeling (1962), son premier chef-d’œuvre, il adapte Simbad le marin, Le Retour d’Ulysse, Sandokan ainsi que son livre de chevet, L’Île au trésor de Robert Louis Stevenson. Immense lecteur, l’éclectisme d’Hugo Pratt allait des écrivains voyageurs aux récits mythologiques de plusieurs civilisations, de William ShakespeareJames Joyce, de Jorge Luis BorgesJohn Reed ou la Bible en passant par Octavio Paz... Tout en menant une existence de héros de roman, digne de celle de Blaise Cendrars ou de Joseph Kessel, il ne cesse de démontrer à travers son œuvre qu’il est le plus érudit des dessinateurs de son époque. C‘est probablement cela qui a amené Umberto Eco à déclarer : « Quand j’ai envie de me détendre, je lis un essai d’Engels, et, si je souhaite m’engager, en revanche, je lis Corto Maltese ».

Hugo Pratt et les femmes...

La vie sentimentale d’Hugo Pratt a toujours été trépidante. En 1953, il se marie une première fois à Buenos Aires avec une jeune femme d’origine yougoslave dont il aura deux enfants. Il divorce à Mexico en 1957 après avoir rencontré une ravissante allemande qui deviendra sa collaboratrice. Par la suite, il se met en ménage avec sa nouvelle compagne d’origine belge qu’il épouse à Venise en 1963 et avec qui il aura deux autres enfants. En 1965, lors d’un voyage au Brésil, Hugo Pratt apprend l’existence de Tebocua, un autre fils, que lui a donné une Indienne nommée Xavantes.

© Cong SA, Lausanne

La même année, cet homme à femmes reconnaît d’autres enfants : la petite Victoriana Aureliana Gloriana dos Santos qu’il a eue avec une prêtresse de Macumba, ainsi que les enfants illégitimes des quatre sœurs. Voilà comment, à Salvador de Bahia, on peut aujourd’hui rencontrer un Lincoln Pratt, un Wilson Pratt ou un Washington Pratt...

© Cong SA, Lausanne

Première apparition de Corto Maltese

En 1967, après un périple aux Caraïbes, Hugo Pratt crée La Ballade de la mer salée, qui marque la première apparition de Corto Maltese. C’est une véritable révolution dans le neuvième art : jamais l’art du conteur et celui du narrateur n’avaient été à ce point unis.

En avril 1970, les millions de lecteurs de Pif Gadget ont droit à la première apparition française de Corto Maltese.

Les années 1980 sont celles de la consécration, avec plus de huit millions d’album vendus. Devenu citoyen d’honneur de la ville de Wheeling en Virginie (USA), il est nommé chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres par Jack Lang.

En 1992, il se rend sur les Îles Samoa pour visiter la tombe de Robert Louis Stevenson.

Après une expédition en Patagonie, il publie Tango, une histoire très réaliste sur la traite des blanches en Argentine. D’autres aventures de Corto Maltese, La Fable de Venise ou Les Helvétiques, témoignent de son goût pour le merveilleux. Entre deux voyages, il illustre des poésies de Rudyard Kipling, des sonnets érotiques de Giorgio Baffo ou les Lettres d’Afrique d’Arthur Rimbaud. Son voyage sur l’Île de Pâques lui inspire Mû, la dernière aventure de Corto.

En 1983, Hugo Pratt s’installe en Suisse, dans sa maison de Grandvaux sur le lac de Lausanne, où il meurt le 20 août 1995 à l’âge de 68 ans.

Signature d’Hugo Pratt

- Le Voyage imaginaire d’Hugo Pratt
- du 17 mars 2011 au 21 août 2011
- Pinacothèque de Paris, 28 Place de la Madeleine 75008 Paris 01 42 68 02 01
- Métro : Madeleine/Bus 42 et 52, arrêt : Madeleine et Madeleine- Vignon. Bus 24, 84 et 94, arrêt : Madeleine
- Tarifs : Plein tarif 10 €/ Tarif réduit : 8 €
- La Pinacothèque de Paris est ouverte tous les jours de 10h30 à 19h30. Fermeture de la billetterie à 18h45. Les dimanche 1er mai et jeudi 14 juillet 2011, ouverture de 14h à 19h30. Nocturne tous les mercredis jusqu’à 21h30 (fermeture de la billetterie à 20h45).
- La boutique de la Pinacothèque de Paris est ouverte tous les jours de 10h30 à 20h.

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