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Ian MacEwan rĂ©vèle l’incapacitĂ© de dire et d’agir de deux jeunes amoureux dans la prude Angleterre des annĂ©es 1960. « Sur la plage de Chesil » est un roman sublime de la rentrĂ©e littĂ©raire.
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Une nuit. La nuit de noce. La nuit de tous les espoirs. Et pourtant quelque chose ne va pas.
Nous sommes en 1962. Tous deux viennent d’un milieu instruit. Florence est violoniste. Edward est historien. Ils se sont rencontrés au cours d’une réunion pour le désarmement nucléaire. Ils se marient dans une auberge du Dorset. Tous les deux vierges. Ils vont se découvrir. Leur nuit de noce tourne au fiasco.
Que s’est-il passĂ© au juste ? Rien. Trois fois rien. « VoilĂ , se dit Edward des annĂ©es plus tard. VoilĂ comment on peut radicalement changer le cours d’une vie : en ne faisant rien ».
Ian McEwan détaille précisément, minutieusement, méticuleusement les petits-rien de cette soirée qui font que la vie bascule, déraille, s’écroule.
A la pensĂ©e de la nuit Ă venir, les deux amoureux Ă table Ă©prouvent une panique grandissante. Ils font mine d’Ă©couter les actualitĂ©s internationales Ă la BBC. Se rendent bien compte que c’est grotesque. Edward et Florence ne se disent rien. Et c’est MacEwan qui restitue leurs pensĂ©es, leurs pulsions, leurs angoisses en passant d’un univers psychologique Ă l’autre.
Elle : si vive était la conscience de Florence de ce contact, de la pression chaude et moite de la paume d’Edward contre sa peau, qu’elle pouvait imaginer, voir avec précision son long pouce incurvé dans la pénombre bleutée de sa robe, attendant patiemment son heure telle une tour de siège devant les remparts de la ville, son ongle bien coupé effleurant la soie grège aux fronces minuscules près de la bordure en dentelle, mais aussi – elle en certaine, elle le sentait – un poil pubien qui dépassait.
Lui : Oui c’était tellement simple. Pourquoi n’étaient-ils pas lĂ -haut en cet instant prĂ©cis, au lieu de rester assis sur ce lit, Ă refouler toutes ces choses dont ils ne savaient comment parler ou qu’ils n’osaient pas faire ».
De ce récit intense à deux voix, Ian MacEwan souligne l’incapacité de deux êtres qui s’aiment farouchement à se parler et à agir.
"Sur la plage de Chesil" de Ian McEwan
Ed Gallimard, septembre 2008
158 pages
16,90€
L’auteur
Avec un père dans l’armĂ©e britannique, Ian MacEwan a grandit en ExtrĂŞme-Orient, en Libye et en Allemagne. Il s’impose sur la scène littĂ©raire britannique avec deux recueils de nouvelles, First Love, Last Rites (1975) et In-Between the Sheets (1978). Il a reçu plusieurs distinctions dont le prix FĂ©mina Ă©tranger en 1983 avec « l’enfant volĂ© ».
— Le Jardin de ciment (The Cement Garden, 1978) Seuil (1980)
Un bonheur de rencontre / Étrange sĂ©duction (The Comfort of Strangers, 1981) Seuil (1983) / Points Roman n° 448 (1991)
— L’Enfant volĂ© (The Child in Time, 1987, Whibread Novel of the Year Award) Gallimard « Du monde entier » (1993, Prix FĂ©mina Ă©tranger 1993)
— L’Innocent (The Innocent or the special Relationship, 1990) Seuil (1990)
— Les Chiens noirs (Black Dogs, 1992) Gallimard « Du monde entier » (1994)
— DĂ©lire d’amour (Enduring love, 1997) Gallimard « Du monde entier » (1999)
— Amsterdam (Amsterdam, 1998, Booker Prize 1998) Gallimard « Du monde entier » (2001)
— Expiation (Atonement, 2001) Gallimard « Du monde entier » (2003).
— Samedi (Saturday, 2005) (James Tait Black Memorial Prize) Gallimard « Du monde entier » (2006)
— Sur la plage de Chesil (On Chesil Beach, 2007) Gallimard « Du monde entier » (2008)