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Théâtre du Rond-Point

Interview Evelyne Bouix dans "Suspection"

"J’adore ĂŞtre quelqu’un d’autre."

par Veronique Guichard, mardi 14 décembre 2010

Evelyne Bouix reçoit en toute simplicitĂ©, tout de noir vĂŞtue. Elle commence par s’excuser de nous avoir fait dĂ©placer jusque chez elle. Son monologue dans "Suspection" au Théâtre du Rond-Point, dans le cadre du thème "Les Monstres" lui prend toute son Ă©nergie. L’interprète, mise en scène par Enki Bilal, prĂ©fère se confier Ă  l’abri douillet et rassurant de son "chez elle".
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evelyne Bouix dans Suspection
evelyne Bouix dans Suspection
Giovanni Cittadini Cesi

VĂ©ronique Guichard : Comment cette pièce vous est-elle parvenue ?

Evelyne Bouix : J’avais lu il y a quelques temps « MĂ©moires d’une teigne » de Françoise Renault, la compagne d’Enki Bilal.

J’avais très envie de les dire lors de lectures au théâtre du Rond-Point.

Je me sentais en connexion avec les mots de l’auteur et son style. Les textes contenaient une part d’enfance, un univers qui me touche. L’écrivain évoquait les gens de la campagne, faisait appel à la mémoire, deux thèmes qui me parlent. La forme me plaisait énormément. Françoise Renault a une écriture sérieuse, dure, crue, très expressive. Un matin, Enki m’a appelé en me disant que si ça me plaisait, il ferait la mise en scène, sa première mise en scène de théâtre.

Le dessinateur a aussi adaptĂ© ces Ă©crits ?

Evelyne Bouix : Il a fait entrer l’œuvre dans son univers très singulier et qui lui est caractĂ©ristique. Par exemple, il a remplacĂ© les noms des personnes Ă©voquĂ©es par des numĂ©ros, il a fait intervenir la voix de Jean-Louis Trintignant et la vidĂ©o du bas de son visage en fond scène. Il a dessinĂ© un univers tortionnaire, carcĂ©ral, comme contexte du spectacle. Enki est quelqu’un qui sait exactement ce qu’il veut mais il est Ă  l’écoute. Il est très prĂ©cis et n’aime pas les effets appuyĂ©s. Il a accueilli toutes les suggestions Ă  la condition que ce soit des touches, des Ă©vocations, comme le cĂ´tĂ© enfantin pour certains portraits que j’ai apportĂ© spontanĂ©ment. J’ai bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une grande libertĂ©.

Ce spectacle est nĂ© de trois personnalitĂ©s en symbiose. Vous avez apportĂ© aussi votre ressenti ?

Evelyne Bouix : Absolument. Nous avons beaucoup parlĂ© avec Enki. La relation avec le metteur en scène compte. Il faut se sentir bien pour oser faire des choses. Je suis entrĂ©e dans son univers, je suis devenue cette femme-enfant aux cheveux courts dans cette salopette de prisonnière imaginaire, je suis devenue un personnage de Bilal, j’en suis très fière. J’ai eu beaucoup de mal Ă  apprendre le texte, puis Ă  jouer liĂ©e sur une table. C’est une expĂ©rience difficile pour une comĂ©dienne de ne pouvoir s’exprimer avec son corps. De plus ĂŞtre seule en scène, c’est très impressionnant. Je ne tenais pas plus que ça Ă  jouer un monologue, ce n’était un dĂ©sir, c’est un concours de circonstance.

Comment vous prĂ©parez-vous Ă  ce rĂ´le difficile ?

Evelyne Bouix : C’est un challenge. Je ne peux rien faire d’autre pendant la journĂ©e, je me concentre sur ce rĂ´le. Je me fais mon film Ă  moi, je m’imagine rĂ©pondre au tortionnaire Trintignant. Je connais sa voix, en plus j’ai fait des films avec lui. Je lui rĂ©ponds.

Comment les gens rĂ©agissent Ă  cette ambiance un peu sombre ?

Evelyne Bouix : C’est vraiment diffĂ©rent chaque soir. Quelquefois, ça ne moufte pas, les spectateurs n’osent pas. D’autre fois, il y a quelques rires Ă  des passages drĂ´les. Il y a un Ă©change, on se rĂ©pond, cela me fait très plaisir. J’aime les sentir, cela prouve qu’ils sont avec moi.

Avez-vous des projets pour 2011 ?

Evelyne Bouix : Nous allons jouer le spectacle Ă  Nice en FĂ©vrier (du 12 au 17) et aussi Ă  Sarajevo en Bosnie-HerzĂ©govine. Au printemps, je vais faire partie de la distribution de la pièce de Danièle Thomson, « L’amour, la mort, les fringues ». Rien Ă  voir, j’y jouerai un personnage très drĂ´le, nommĂ© D. Après les chiffres, les lettres ! Je suis ravie. J’aime tout jouer, surtout les très beaux personnages qui ont des blessures, une fragilitĂ©, mĂŞme les figures historiques sauf les rĂ´les de bourgeoises sauf les bien « barrĂ©es ». J’adorerai faire une comĂ©die, chanter, danse, bouger…, un truc explosif qui file la pĂŞche.

Vous avez toujours l’amour de jouer ?

Evelyne Bouix : Je m’angoisse quand je n’ai pas de projet. Cela me plait, de me prĂ©parer, d’être, de m’amuser, toujours comme au premier jour, je ne me suis pas trompĂ©e de mĂ©tier. J’aime ĂŞtre quelqu’un d’autre.

Du 30 nov. - 30 dĂ©c., 18:30 Théâtre du Rond-Point, 2bis avenue Franklin D. Roosevelt 75008 Paris rĂ©servation : 01 44 95 98 21salle Jean Tardieu relâche les lundis et les 5 dĂ©c. et 25 dĂ©c MĂ©moires d’une teigne (Ă©ditions Spengler, 1994)

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