Isabelle Juppé, "La Femme Digitale"La révolution technologique au bout des doigts vendredi 18 juillet 2008 Journaliste, romancière, Isabelle Juppé donne avec « La Femme Digitale », une vision différente du monde des nouvelles technologies : au terme d’une enquête fouillée auprès des femmes de plus en plus nombreuses sur le Net, elle en montre l’approche pragmatique et surtout en souligne la dimension humaine. Isabelle Juppé a répondu aux questions de Toutpourlesfemmes.com. Propos recueillis par Elsa Menanteau |
Votre livre « la femme digitale » paru début 2008 a connu un grand retentissement. Avez-vous voulu jeter un pavé dans la mare du Web ?
Le titre est un peu provocant. J’ai voulu porter un regard différent sur la révolution numérique. Elle est généralement vue sous l’angle technologique, économique, voire géographique. Mon approche appartient au registre de l’humain. Il fallait aussi que je montre la place et le rôle des femmes dans cet univers perçu comme masculin.
Vous parlez de « femme digitale » et « d’homme numérique ». Au-delà de la sémantique, l’homme et la femme auraient-ils des comportements différents au regard des nouvelles technologies ?
Digitale ? J’ai utilisé ce terme pour trois raisons. D’abord digitale me semble plus littéraire que numérique et plus humain. Ensuite parce que son étymologie fait référence aux doigts : nos claviers, nos téléphones, c’est la révolution au bout de nos doigts. Enfin c’est une fleur, à la fois utile mais dangereuse et qui, pour moi, crée un lien symbolique avec l’autre révolution, celle de l’écologie.
Quand je me suis lancée dans cette enquête, je n’avais aucun a priori. Ce qui m’intéressait, c’était le regard des femmes sur les nouvelles technologies. En fait, deux tendances se sont dégagées. Les femmes sont essentiellement pragmatiques. Dans les nouvelles technologies, elles recherchent l’utilité, la réponse à des besoins précis dans leur vie professionnelle, comme dans leur vie personnelle. La deuxième particularité est Internet : elles y sont de plus en plus nombreuses. Elles se sont approprié la blogosphère où elles dominent. On a l’impression que cette étape du Net leur convient. Elles sont rentrées dans cette révolution participative avec beaucoup de naturel et de compétence.
Quels sont pour vous, les grandes évolutions que le monde numérique apporte aux femmes ?
Pour les utilisatrices que nous sommes, elles sont un facilitateur de vies compliquées. Dans les pays en voie de développement, - en Afrique, au Bengladesh- la téléphonie mobile parfois associée à un micro–crédit permet la création par des femmes, de toutes petites entreprises. Pour elles, les nouvelles technologies sont un instrument de libération. Dans les pays occidentaux, j’ai découvert ce que le numérique apporte à des femmes qui ne travaillent pas – parce qu’elles élèvent de jeunes enfants ou qu’elles sont âgées, malades. Le numérique, grâce notamment aux blogs, est devenu un formidable moyen de resocialisation et pour certaines, une façon aussi parfois de se créer des micros-revenus.
Ne pensez-vous pas que les nouvelles technologies créent un monde, certes adopté spontanément par les jeunes, mais qui va laisser sur le bord du chemin leurs aînés, plus habitués au réel qu’au virtuel ?
Tout l’enjeu est de ne pas laisser les aînés les générations dites « analogiques ». L’enjeu de la formation est très important. Pour la première fois dans notre histoire ce sont les enfants qui font la transmission des savoirs vers les parents ! Souvent les seniors à la retraite sont plus stimulés que la génération suivante. Ils sont motivés pour communiquer avec leurs petits-enfants et ont du temps pour apprendre. Le risque concerne les 45-60 ans qui sont dans des secteurs hors entreprise. Ils peuvent rester l’écart de la révolution numérique, s’ils ne font pas l’effort pour s’initier.
Vous aimez lier les nouvelles technologies et le développement durable. A première vue ces tendances réelles et profondes de notre société actuelle semblent plus parallèles que convergentes. Comment et pourquoi les associez-vous ?
Elles doivent cohabiter. Ce sont les deux enjeux majeurs du 21e siècle. Internet est d’abord une formidable caisse de résonance pour les nouvelles technologies. Il y a déjà de très nombreux sites, blogs qui sont focalisés sur le développement durable et l’écologie. Le développement des « green tech » est en pleine explosion. Dans la Silicon Valley et même déjà en France. Sur le plan économique, il y a convergence de ces deux tendances. Dans le domaine des économies d’énergie, pour citer cet exemple, on trouve encore des applications significatives : en multipliant les conférences à distance, on évite de voyager et de consommer ainsi du CO2. Donc en utilisant les nouvelles technologies on peut opter pour un comportement vertueux.