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A l’heure oĂą le dramaturge, romancier et poète norvĂ©gien Jon Fosse, grand nom du théâtre moderne, s’apprĂŞte Ă recevoir le Prix international Ibsen 2010 Ă Oslo, voici quelques-unes de ses oeuvres traduites en français ainsi que l’ouvrage de Vincent Rafis le concernant.
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Dors mon petit enfant / Et jamais nous ne serons séparés /Un jour en été
Traduit du norvégien par Terje Sinding
Editeur : Arche
176 p.
Parution 2000
14.50 €
Avant de se mettre au travail, il s’était fixĂ© comme objectif d’écrire une pièce avec peu de personnages, rĂ©unis en un seul endroit. L’histoire devait se dĂ©rouler sans rupture dans le temps : un programme dramaturgique donc des plus classiques. MalgrĂ© la prĂ©sence de cette unitĂ© d’action, de temps et de lieu, Et jamais nous ne serons sĂ©parĂ©s – comme ses autres pièces – ne ressemble nullement Ă une pièce classique. Les « mouvements » des personnages sont rĂ©duits au minimum. Les phrases clĂ©s sont, comme un leitmotiv dans une Ĺ“uvre musicale, souvent rĂ©pĂ©tĂ©es. Ainsi Fosse crĂ©e au théâtre ce qu’on appelle au cinĂ©ma des gros plans et des ralentis. Sauf que Fosse n’utilise pas ces moyens d’une façon ponctuelle. Il en fait son style et l’angoisse, l’isolement, cet Ă©tat entre vie et mort dans lequel ses personnages courent le monde, y trouvent parfaitement leur expression.
Et la nuit chante / Hiver
Traduit du norvégien par Terje Sinding
Editeur : Arche
176 p.
Parution 2003
13,50 €
Ce ne sont pas des gens extraordinaires qui peuplent les pièces de Jon Fosse ; ils sont banals et ne se font que rarement remarquer par des actions spectaculaires. Et pourtant ils savent créer cette tension qui fait qu’une habitude, un incident quotidien deviennent un événement dramatique. Nous vivons dans l’attente de ce que demain, voire la prochaine heure, leur apportera. Voilà un élément très classique dans les pièces de Fosse, rappelant la crainte et la pitié pour les héros qu’Aristote vit à l’œuvre dans toute tragédie.
Au centre de Et la nuit chante, un couple : lui passe son temps à lire, allongé sur un canapé ; elle désire une autre vie. Ils ont un bébé et les parents du jeune homme viennent voir leur petit-fils. Un soir, alors qu’elle est sortie, le jeune homme regarde par la fenêtre et attend son retour.
Dans Hiver, c’est une femme et un homme qui se rencontrent, de temps à autre, dans une ville où l’homme est en déplacement professionnel. D’abord dans un parc, puis dans une chambre d’hôtel, chaque fois à peu près le même rituel. Une liaison provisoire qui balance le long d’un gouffre et est à tout moment menacée d’une fin abrupte ou d’un bouleversement radical.
Kant / Noir et humide / Si lentement / Petite Soeur
Traduit du norvégien par Terje Sinding
Editeur : Arche (Collection Théâtre Jeunesse)
64 p.
Parution 2009
9 €
"Je pense souvent à l’univers. S’il a une fin, ce n’est pas possible, et s’il n’a pas de fin, ce n’est pas possible non plus. Ca me fait peur quand je pense à l’univers. Ce n’est pas possible que l’univers continue à l’infini, et ce n’est pas possible non plus qu’il ait une fin. Les deux sont possibles, et ni l’un ni l’autre n’est possible. Et alors il y a beaucoup de choses qui sont possibles. Ca me fait peur."
Quelqu’un va venir /
Le Fils
Traduit du norvégien par Terje Sinding
Editeur : Arche
144 p.
Parution 1999
14 €
Aussi curieux que cela puisse paraĂ®tre, les pièces de Jon Fosse dĂ©gagent une lumière. Une lumière très particulière qui rappelle celle des peintres scandinaves. Une lumière blafarde, comme Ă l’occasion d’une Ă©clipse de soleil qui, nĂ©anmoins, fait clairement apparaĂ®tre les contours des personnages et des objets. Le langage simple et rĂ©pĂ©titif, qui rĂ©vèle la solitude hantĂ©e des humains, tout comme l’isolement dans l’espace et le temps au ralenti font de ses pièces des instants de grande Ă©motion, oĂą l’auteur atteint le but qu’il s’est fixĂ© : « CrĂ©er des moments oĂą un ange est en train de passer sur scène. »
Le Manuscrit des chiens III
Traduit du norvégien par Terje Sinding
Editeur : Arche (Collection Théâtre Jeunesse)
48 p.
Parution 2002
7,90 €
« Le Fou de Bassan, c’est le nom du bateau, et lui il est chien de bateau, oui c’est lui le chien de bateau, c’est lui le cĂ©lèbre chien de bateau du caboteur le Fou de Bassan, c’est lui et personne d’autre, se dit avec satisfaction le chien de bateau Haktor, et il frappe doucement le plancher avec sa queue, alors qu’il est couchĂ© aux pieds du capitaine Phosphore dans la timonerie du caboteur le Fou de Bassan qui navigue tranquillement de villes en villages sur un fjord quelconque avec sa cargaison de sable et gravier. » Ainsi commence le rĂ©cit d’une jalousie : le capitaine dĂ©jĂ un peu fatiguĂ© et las du train-train quotidien sur son bateau aimerait un peu de distraction. Pourquoi, se demande-t-il, un deuxième chien n’interromprait-il pas l’éternelle monotonie des vagues qui se soulèvent et s’abaissent Ă l’horizon. Mais voilĂ un capitaine qui a voulu rĂ©gler l’addition sans prendre en compte l’avis de son chien.
Le Nom /
L’Enfant
Traduit du norvégien par Terje Sinding
Editeur : Arche
192 p.
Parution 1998
14.50 €
Dans le récit d’une vie, Le Nom découpe un moment, celui où, dans la Norvège d’aujourd’hui, une adolescente enceinte retourne chez ses parents avec le garçon. Elle est venue seule, il l’a rejointe. Elle ne se sent pas très à l’aise dans cette maison, où dorment des objets signalant les désillusions, telle la photo du mariage des parents. Le garçon se replie dans un livre. Survient un ancien amour, Bjarne. L’Enfant commence dans une grande ville, un soir de pluie. À un arrêt de bus, le jeune Fredrik croise Arvid, la cinquantaine. Fredrik boit, l’autre collecte les bouteilles vides. Agnès passe par là . Arvid repart. Entre les deux qui restent s’instaure un de ces dialogues caractéristiques de la manière de Fosse : où les répliques tissent entre les personnages un espace dense et magique, qui les abstrait de la réalité environnante, les élève au-dessus du spectateur, à un plan de réalité qui pourrait être celui du rêve ou du conte.
Rêve d’automne /
Violet /
Vivre dans le secret
Traduit du norvégien par Terje Sinding
Editeur : Arche
192 p.
Parution 2005
14 €
« Une petite partie d’un grand cimetière. Fin d’automne. Il vient de pleuvoir. Arbres noirs, quelques feuilles y restent encore attachĂ©es, d’autres feuilles jonchent le sol. Une allĂ©e de gravier. Un banc dont la peinture s’écaille. Un homme s’avance dans l’allĂ©e, quitte l’allĂ©e, va jusqu’à une tombe, lit ce qui est Ă©crit sur la pierre tombale, reste lĂ et regarde la pierre, va jusqu’à une autre tombe, lit Ă©galement ce qui est Ă©crit sur la pierre tombale, reste un moment Ă la regarder, puis rejoint l’allĂ©e et va s’asseoir sur le banc. » (Incipit de RĂŞve d’automne) « Un univers entier », Ă©crit Jon Fosse, « se crĂ©e chaque fois que l’on Ă©crit quelque chose de bien. Car tout bon texte, mĂŞme un poème, est en quelque sorte un univers entier, qui n’existait pas auparavant, et qui apparaĂ®t Ă travers une bonne Ă©criture ».
Violet se passe dans une cave, où une bande de copains répète. Dans leurs échanges, la rivalité amoureuse se mêle à la faiblesse humaine. Fosse explique que la fiction est pour lui un moyen de comprendre. Ici il cherche à comprendre et à faire comprendre quelque chose de la déshérence de la jeunesse occidentale.
Comprendre signifie pour beaucoup de gens posséder la chose comprise comme un bien. Dès lors, le personnage de Vivre dans le secret préfère oublier, ne pas voir, ne pas savoir. Et ne pas être vu, ne pas être su. Le secret lui offre un espace à l’écart de ceux qui veulent l’enfermer dans leur compréhension. Et où il peut tenter de vivre sans chercher à comprendre.
On trouvera en annexe un article dans lequel Fosse semble faire Ă©cho Ă son personnage. Il dĂ©finit son Ă©criture comme « un langage qui n’est pas en premier lieu concernĂ© par la signification, mais qui avant tout est, qui est lui-mĂŞme, un peu comme les pierres et les arbres et les dieux et les hommes, et qui ne signifie qu’en second lieu. Et Ă travers ce langage qui d’abord est, et qui ensuite seulement signifie, il me semble comprendre de plus en plus, alors qu’à travers le langage ordinaire, celui qui d’abord signifie, je comprends de moins en moins ».
Visites /
Variations sur la mort
Traduit du norvégien par Terje Sinding
Editeur : Arche
192 p.
Parution 2002
14, 50 €
« J’écris – en ce qui concerne la forme, pas le contenu – des textes fermĂ©s sans vouloir les rendre Ă©nigmatiques parce que je sais pertinemment ce que j’écris. S’ils font rĂ©fĂ©rence Ă un contexte social ou politique, ce n’est pas mon intention, mais je ne m’y oppose pas non plus. Les images du vide que je conçois peuvent dire quelque chose sur notre sociĂ©tĂ©, elles le font pourtant d’une manière implicite. En ce sens, mon Ă©criture est en effet un commentaire critique, voire politique, si on veut. »
Les personnages de Fosse sont des êtres des plus ordinaires, banals. Et c’est exactement là le secret de ses pièces : on est entraîné par un courant, par le rythme précis, les pauses bien calculées entre les dialogues restreints. Fosse ne mesure pas l’atmosphère de notre époque à ses excès et à ses catastrophes mais à sa teinte et à son ton général. Ainsi les personnages de Fosse se détachent de leur contexte peu spectaculaire et renvoient le lecteur à quelque chose de plus universel
Melancholia I
Roman
Auteur : Jon Fosse
Traduction : Terje Sinding
Editeur : P.o.l.
Parution en 1998
Le héros de ce roman, Lars Hertervig (1830-1902), est aujourd’hui considéré comme un des plus grands noms de la peinture nordique. Très tôt, dès ses études à Düsseldorf, il fut victime de troubles nerveux. Après un séjour en asile, brisé, il vécut jusqu’à sa mort de charité publique.
Comme s’il tentait de capter cette lumière qui illumine les toiles du peintre, avec une grande économie de moyens, une sorte de minimalisme emporté, Jon Fosse fait revivre le martyre d’Hertervig en deux monologues intérieurs où une écriture enveloppante, répétitive, rythmée, développe jusqu’à l’angoisse l’obsession amoureuse et la tresse cruellement à la volonté créatrice.
Mélancholia II
Roman
Auteur : Jon Fosse,
Traduction : Terje Sinding
12 cm x 20 cm
120 pages
Editeur : Circe
Date de parution : mars 2002
15,20 €
Matin et soir
- Auteur : Jon Fosse
Traduction : Terje Sinding
Editions Circé
Parution 2003
Chaque matin Johannes se lève, boit une tasse de café et mange une tartine, puis il fume une cigarette et se demande que faire de sa journée. Alors il part pêcher, comme toujours, comme il le faisait quand il travaillait, quand il était pêcheur. Mais un matin c’est le soir, c’est l’hiver et l’été à tour de rôle. Tout devient étrange : la tartine, le café, se réveiller. Tout est comme toujours, mais tout est aussi un peu décalé. Il essaye de pêcher à la ligne, et sa dandinette ne veut pas descendre. Les maisons ont une pesanteur nouvelle, comme si elles contenaient plus de terre mais aussi plus de ciel. Sur la grève, Johannes rencontre son ami Peter, et lorsque l’obscurité tombe brusquement, sa femme Erna vient à sa rencontre. Et pourtant Peter et Erna sont morts depuis bien longtemps…
Insomnie
Roman
Auteur : Jon Fosse
Traduction : Terje Sinding
Editeur : Circé
Date de parution février 2009
13 €
« Un thriller aux Ă©chos bibliques. Une magnifique histoire d’amour aux rĂ©sonances terribles. (…) Un couple marche dans les rues. Étrangers, ils viennent d’arriver en ville. Tout ce qu’ils possèdent tient dans deux ballots. Ils sont jeunes. Elle est enceinte. BientĂ´t, elle va ac¬coucher. Ils n’ont nulle part oĂą loger. Personne ne veut les accueillir. Il fait froid et il pleut. (…) Le rĂ©cit est bâti autour de quelques pĂ©ripĂ©ties qui sont autant de faits marquants dans la vie du jeune couple. Mais, soudain, quelque chose nous est cachĂ©. Quelque chose qui vient de se passer. Le lecteur n’y fait pas attention, mais dans sa tĂŞte une dissonance continue de vibrer. Jusqu’au moment oĂą cela se reproduit et qu’il comprend. L’effet est saisissant ; il porte la marque d’un Ă©crivain maĂ®tre de son art. Et le non-dit nous fait deviner une autre histoire : l’émouvant roman d’amour de deux jeunes rĂ©prouvĂ©s se teinte soudain d’une noirceur que nous ne faisons qu’entrevoir. » Andreas Wiese, « Dagbladet ».
La remise Ă bateaux
Roman
Auteur : Jon Fosse
Traduction : Terje Sinding
Editeur : Circé
Parution : septembre 2007
15,50 €
Deux amis d’enfance se retrouvent après une longue séparation. L’un - le narrateur - est resté au village, n’a pas fait d’études, habite toujours chez sa mère et gagne mal sa vie en jouant de la guitare dans les bals du samedi soir. L’autre - Knut - est parti en ville, s’est marié, a deux petites filles et travaille comme professeur de musique dans une école. Il revient maintenant pour les vacances avec sa femme et ses enfants. Pendant trois jours d’été un drame va se nouer entre le narrateur, Knut et sa femme - drame où se mêle le désir et la jalousie et qui prend sa source dans l’enfance des deux amis. D’une rare intensité, portée par une langue rythmée et obsédante, c’est le quatrième roman de Jon Fosse, qui s’impose avec ce livre comme un des auteurs les plus importants des pays nordiques. Jon Fosse, romancier et homme de théâtre. Il est actuellement le dramaturge le plus joué sur les scènes européennes
Mémoire et voix des morts dans le théâtre de Jon Fosse
Nouvelles Scènes
Etude
Auteur : Vincent Rafis
Editeur : Presses Du Réel
Parution : août 2009
21,85 €
Premier ouvrage en langue française consacrĂ© Ă l’auteur norvĂ©gien Jon Fosse, ce livre propose une lecture transversale des thèmes majeurs de son théâtre dans une approche qui tente de moderniser l’exĂ©gèse dramaturgique en renouvelant ses outils.
Metteur en scène, acteur et dramaturge, Vincent Rafis a pris part à une quinzaine de créations théâtrales en France et en Europe. Collaborateur de plusieurs institutions théâtrales et chorégraphiques, il enseigne les études théâtrales, écrit également pour le cinéma et collabore à diverses revues (Etudes théâtrales, Mouvement...).