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L’heure, le feu, le bronze - Galerie des Gobelins

Bronzes du Garde-Meuble impérial et royal - 1800 – 1870

par Nicole Salez, samedi 18 septembre 2010

Du 21 septembre 2010 au 27 fĂ©vrier 2011, la Galerie des Gobelins vous invite Ă  dĂ©couvrir une collection exceptionnelle de pièces (pendules et bronzes) qui, Ă  l’origine, accompagnaient l’ameublement des palais impĂ©riaux et royaux. La plupart de ces oeuvres n’ont jusqu’ici jamais Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©es Ă  Paris, nombre d’entre elles le sont pour la première fois.
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Le Mobilier national a hérité du Garde-Meuble impérial et royal une riche collection de pendules et bronzes d’ameublement (lustres, candélabres, flambeaux, bras de lumière, feux, vases et objets de toilette...). Ces pièces qui, à l’origine, accompagnaient l’ameublement des palais impériaux et royaux, constituent une collection exceptionnelle.

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Pendule, Les Adieux d’Hector et Andromaque, bronze dorĂ© Acquise en 1805 aux horlogers Lepaute, oncle et neveu, pour le grand salon des appartements du Petit Triano H. 0m59 ; L. 0m50 ; Pr. 0m15 GML 6361- Paris, Mobilier national © Isabelle Bideau

Les bronzes, brillamment mis en scène par Didier Blin, évoluent parmi un rare ensemble de cartons peints et de textiles d’ameublement ou de tapisseries murales de la même époque. Conçue comme une ligne du temps, fil conducteur de la muséographie, l’exposition place dès le début du parcours les pendules comme une épine dorsale qui permet à la fois de les découvrir en majesté, mais aussi de marquer la progression de la visite par une symbolique du temps. Ainsi le rythme des pendules va scander les périodes historiques et stylistiques successives… Consulat, Premier Empire, Restauration, Monarchie de Juillet, Second Empire,…

Pour Ă©voquer des liens avec d’autres domaines de crĂ©ation au fil des Ă©poques, le parcours est accompagnĂ© de meubles et tapisseries. De grandes tapisseries murales qui font la richesse des collections du Mobilier national, mais aussi des tapisseries de siège, aux gammes colorĂ©es souvent Ă©clatantes. La visite est marquĂ©e par des « moments » thĂ©matiques, dans un esprit « period room » telle une section Egyptomanie, ou un pavillon situĂ© au centre, Ă  l’étage, oĂą sera prĂ©sentĂ© un florilège de candĂ©labres dans une succession de vitrines jouant sur un effet de dĂ©multiplication de formes et de silhouettes dans un jeu de transparence…

Les somptueuses pendules, qui comptent parmi les pièces vedettes de l’exposition, sont reprĂ©sentatives d’une pĂ©riode historique agitĂ©e : depuis la charnière du XVIIIème jusqu’à la fin du Second Empire, les annĂ©es 1800/1870 sont Ă©minemment crĂ©atrices au grĂ© des rĂ©gimes politiques successifs ; lustres, candĂ©labres, flambeaux, garnitures de cheminĂ©es, feux, s’inscrivent dans les dĂ©cors et accèdent au statut d’oeuvres d’art.

Progressivement, le renouvellement des thèmes et des formes, traduit l’évolution des idées et la succession des goûts au cours d’une des plus brillantes périodes de l’art décoratif français.

Parmi les chefs-d’oeuvre dĂ©voilĂ©s dans l’exposition, le visiteur pourra notamment dĂ©couvrir :
-  La toilette de PsychĂ© , qui ornait le boudoir de l’appartement de l’ImpĂ©ratrice Ă  Saint- Cloud.
- l’exceptionnelle « pendule-monument » conçue par Louis Duguers de Montrosier Ă  la mĂ©moire de FrĂ©dĂ©ric II le Grand, roi de Prusse.
- la pendule interprĂ©tant Les Adieux d’Hector et d’Andromaque , placĂ©e en 1805 dans le grand salon du Petit Trianon, puis, l’annĂ©e suivante, dans celui de l’Empereur au palais de Rambouillet.

L’ensemble des pièces présentées illustre la richesse des créations des grands bronziers en vue, comme Thomire, Galle, Barbedienne ou Charpentier, qui signent les décors tandis que les horlogers les plus accomplis tels que Lepaute, Lépine, Le Roy, Bailly et Robin, s’ingénient à la mécanique des mouvements.

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Lustre 1808 bronze dorĂ© et cristal de Mont-Cenis H. 2m2 ; Pr. 1m2 GML 3205 - Paris, Mobilier national © Isabelle Bideau

Parcours de l’exposition

L’exposition s’organise autour de quatre sections, réparties sur les deux étages de la galerie. Pendules, torchères, candélabres sont présentés entourés de tapis, de tapisseries, de meubles qui donnent au visiteur une idée de la richesse et de la somptuosité des ameublements, notamment impériaux et royaux dans la France des années 1800-1870.

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Le renouveau célébré

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Bras de lumière bronze dorĂ© vers 1805 ornait en 1807 le grand cabinet de l’Empereur au palais de Laeken H. 0m80 ; L. 0m39 ; Pr. 0m21 GML 2372 - Paris, Mobilier national © Isabelle Bideau

Une pendule sur le thème de la Chute de Phaéton (GML 9456), exceptionnelle par son inventivité et par la qualité de la ciselure, rivalise avec la grande sculpture française du XVIIIème siècle.

Avec l’avènement de Napoléon 1er, on assiste à une véritable renaissance des arts décoratifs, renaissance qui puise ses sources dans le meilleur du siècle de Louis XV et Louis XVI.

NapolĂ©on n’est-il pas, d’ailleurs, surnommĂ© le Roi du Garde-Meuble  ? Une prĂ©sentation de pendules (plus de 20), essentiellement dans le centre de la Galerie, constitue le temps fort de la section ; plusieurs relèvent du thème des arts et des lettres :
- Liseuse, bronze dorĂ© et patinĂ©, vers 1806 (GML 4123)
- Pendule bibliothèque, bronze dorĂ©, vers 1821 (GML 264) ; « cette pendule tĂ©moigne de l’intĂ©rĂŞt portĂ© par la bourgeoisie Ă  la qualitĂ© des ameublements qu’elle voudra toujours plus confortables ».

La section est également enrichie de candélabres, de vases, de flambeaux, de tapisseries, de sièges, de cartons peints de Dubois et d’une extraordinaire pendule monument à la mémoire de Frédéric II roi de Prusse (acajou, bronze doré et marbre blanc, 1806) due au talent de l’artiste Louis Duguers de Montrosier (1758 – 1806) -GMEC 33.

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Architecture et monuments

Pendule-monument conçue par Louis Duguers de Montrosier à la mémoire de Frédéric II, roi de Prusse présentée à l’exposition des produits de l’industrie en 1806 1806 acajou, bronze doré et marbre blanc GMEC 33 - Paris, Mobilier national © Isabelle Bideau

Le vocabulaire empruntĂ© Ă  l’architecture tel que pilastres, frontons, colonnes indique l’intĂ©rĂŞt portĂ© aux projets et aux rĂ©alisations des architectes dont l’influence est rĂ©elle au XIXème siècle. Certaines pendules sont d’ailleurs qualifiĂ©es dans les inventaires « d’architecture ».

Leurs profils et leurs décors, souvent d’une grande sobriété, constituent leur originalité et leur diversité.

Les pendules en forme de « borne antique » sont apprĂ©ciĂ©es dès le dĂ©but du XIXème siècle, comme le sont les pendules dites en « autel ».

Parmi la dizaine de pendules prĂ©sentĂ©es, mentionnons :
- La pendule colonne, tĂ´le vernie imitant le marbre et bronze dorĂ©, vers 1807 (GML 259) ; livrĂ©e par Chappuy LĂ©pine au Garde-Meuble en 1822, elle fut mise Ă  la disposition des Ă©curies du Palais de Saint-Cloud entre 1824 et 1879.
- La pendule arc de triomphe, marbres prĂ©cieux et bronze dorĂ©, vers 1813 (GML 9058) ; « cet arc de triomphe en pierres dures et bronzes dorĂ©s transformĂ© en pendule en 1839 fut exĂ©cutĂ© avec la moitiĂ© d’un (des deux) temple(s) […] provenant du surtout donnĂ© Ă  [l’Empereur par le Roi d’Espagne] Charles IV en 1808, lors de l’entrevue de Bayonne. »

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Feu Ă  galerie sur les thèmes de l’Histoire et la Musique bronze dorĂ© et fonte d’acier 1839 signĂ© Vallet-Cornier acquis Ă  l’Exposition des produits de l’Industrie de 1839 0m47 ; L. 1m70 ; Pr. 0m19 GML 433 - Paris, Mobilier national © Isabelle Bideau

Feux et bras de lumière montrent un autre aspect du niveau de qualité atteint par les artistes et artisans dans le domaine du bronze au début du XIXème siècle.

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Symboliques du pouvoir

- Cinq tapisseries sur les thèmes de Saint Louis, François 1er, Louis XIV, et NapolĂ©on ornent l’escalier.

Là encore, plus de vingt pendules, disposées au centre de la Galerie ou sur les cotés constituent l’épine dorsale de la section.

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Pendule sur le thème La France écrivant ou Le génie de l’Histoire 1809 bronze doré et marbre de Thomire et Lepaute GML 2891 - Paris, Mobilier national © Isabelle Bideau

Trois pendules sont particulièrement remarquables :
- Le Serment des Horaces, bronze dorĂ© et marbre vert de mer, vers 1805 (GML 693) ; livrĂ©e par Porchez et Ravrio. « Le dĂ©cor de cette pendule reprend le groupe central du tableau de Jacques-Louis David, le Serment des Horaces. […] L’illustration des vertus hĂ©roĂŻques et patriotiques que dĂ©veloppe particulièrement cette scène se conformait aux idĂ©aux voulus par l’Empire et vantait les qualitĂ©s militaires du prince Murat », prince Ă  qui appartenait cette pendule.

- La France Ă©crivant ou Le gĂ©nie de l’Histoire, bronze dorĂ© et marbre griotte, 1809 (GML 2891), signĂ©e Thomire et Lepaute. « Cette pendule faite pour NapolĂ©on Ier a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e par trois noms prestigieux : l’architecte Percier pour le dessin, Thomire pour les bronzes et Lepaute pour la partie horlogère » mais dès 1814 les emblèmes du commanditaire se voient proscrits et remplacĂ©s par des ornements convenant Ă  la monarchie.
- Pendule Ă  la gloire de NapolĂ©on III, marbre blanc ; bronze dorĂ© et patinĂ©, entre 1853 et 1857 (GML 246) livrĂ©e par Pompon et Japy Frères. Tout dans cette pendule est politique. On y trouve les armes, les chiffres de l’empereur NapolĂ©on III, ainsi que son programme au travers des attributs qui sont sculptĂ©s. « Très exceptionnelle et totalement dĂ©volue Ă  son destinataire, cette pendule, par ses rĂ©fĂ©rences au Premier et Second Empire, fait partie des pièces maĂ®tresses de la collection ».

Parallèlement, une sous-section sous forme de « period-room » est consacrĂ©e Ă  l’égyptomanie, c’est-Ă -dire la mode de l’Egypte qui règne dans les arts depuis les grandes campagnes napolĂ©oniennes ; on notera plus particulièrement la belle tapisserie Bonaparte Premier Consul distribue des sabres d’honneur aux grenadiers de sa garde (GMTT 249). La section se conclut par une sorte de pavillon composĂ© de six vitrines oĂą prennent place un lustre et des grands candĂ©labres.

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Entre art et histoire

« Bonaparte Premier consul distribue des sabres d’honneur aux grenadiers de sa garde après la bataille de Marengo » appartient Ă  un ensemble de tapisseries d’après des peintres de l’Ă©cole de David (Gros) GMTT 249 - Paris, Mobilier national © Françoise Baussan

Au XIXème siècle, unir l’art, l’histoire et le temps s’impose avec Ă©vidence. Les pendules, qui constituent une fois de plus l’axe central, jouent un grand rĂ´le dans l’ameublement et de par leurs thèmes Ă©vocateurs, ont un pouvoir Ă©ducatif certain. Les thèmes abordĂ©s n’appartiennent pas seulement Ă  l’antiquitĂ© (Homère chante sur les ruines de Troie ; BĂ©lisaire faisant l’aumĂ´ne ; Marius mĂ©ditant sur les ruines de Carthage…) mais Ă©galement Ă  l’Histoire plus ou moins rĂ©cente (Saint Vincent de Paul sauvant des rigueurs de l’hiver des enfants abandonnĂ©s par leurs mères ou Le roi Louis-Philippe saignant de sa propre main et rappelant Ă  la vie le courrier de cabinet, Werner, tombĂ© de cheval sous les roues de sa voiture le 27 octobre 1833).

Pages d’histoire, ces pendules sont également un moyen de vulgariser par la copie, plus ou moins fidèle, peintures et sculptures (Homère, pendule en bronze doré livrée en 1824 et dont le bas-relief copie l’Homère, tableau que le peintre Gérard présenta au Salon de 1814).

L’exposition se conclut par un ensemble de galeries de feux ornées d’animaux.

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Pendule de nuit et de voyage livrĂ©e en 1810 par l’horloger Bailly acajou avec Ă©tui en maroquin rouge et velours blanc H. 0m16 ; L. 0m12 ; Pr. 0m07 GML 9519 - Paris, Mobilier national © Isabelle Bideau

- Commissaire de l’exposition : Marie-France Dupuy-Baylet, inspecteur-conseiller de la crĂ©ation artistique et de l’action culturelle.
- Architecte musĂ©ographe : Didier Blin

Publication

L’ouvrage qui accompagne l’exposition prolonge un premier volume paru aux Ă©ditions Faton en 2006 ; il apporte un Ă©clairage scientifique nouveau et prĂ©cis sur l’historique de ces collections dont l’utilisation n’avait jamais Ă©tĂ© aussi prĂ©cisĂ©ment Ă©tudiĂ©e, et plus gĂ©nĂ©ralement sur le dĂ©cor de la vie de cour, dont nombre d’objets qui ornaient des lieux prestigieux ont pu ĂŞtre identifiĂ©s par l’auteur.

Cette exposition bénéficie du mécénat de Saint-Gobain et Breguet, et du soutien de la Biennale des Antiquaires, Lyon Manufacture Passementerie, la Manufacture Prelle, et de la Maison Fossier. Maison Fossier.


- L’heure, le feu, la lumière Bronzes du Garde-Meuble impĂ©rial et royal 1800 - 1870
- du 21 septembre 2010 au 27 fĂ©vrier 2011
- Galerie des Gobelins - 42 avenue des Gobelins 75013 Paris T.01 44 08 53 49
- www.mobiliernational.culture.gouv.fr
- Horaires : Tous les jours, de 11 h Ă  18h, sauf le lundi, Fermeture de la billeterie Ă  17 h 30
- Plein tarif : 6 € Tarif rĂ©duit : 4 € Accès gratuit le dernier dimanche de chaque mois

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