Le BAL : Photographies - "TOKYO-e"Keizo Kitajima/Yukichi Watabe/Yutaka Takanashi par Nicole Salez, mardi 2 août 2011 Jusqu’au 21 aoĂ»t 2011, le BAL prĂ©sente "TOKYO-e", une exposition de trois figures de la photographie japonaise : Keizo Kitajima / Yukichi Watabe / Yutaka Takanashi : Keizo Kitajima, dont le travail est prĂ©sentĂ© pour la premiĂšre fois en Europe, Yukichi Watabe et Yutaka Takanashi.
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Le BAL preÌsente, pour la premieÌre fois en Europe, le travail de Keizo Kitajima, grande figure de la photograhie japonaise. Keizo Kitajima est neÌ en 1954 aÌ Suzaka (Nagano).
Keizo Kitajima est né en 1954 à Suzaka (Nagano). Photographe précoce, son adolescence est marquée par la découverte des travaux précurseurs de Nobuyoshi Araki et de Daido Moriyama. Sensible à la forme narrative trÚs cinématographique du premier et à la critique acerbe de la société contemporaine du second, il revendiquera ces deux filiations.
En 1975, il intĂšgre lâĂ©cole de photographie WORKSHOP, Ă Tokyo, créée par Shomei Tomatsu, oĂč vont enseigner Nobuyoshi Araki, Masahisa Fukase, Eikoh Hosoe, Daido Moriyama, et Norimitsu Yokosuka. ElĂšve de Daido Moriyama, il Ă©tudie attentivement le travail de nombreux photographes occidentaux notamment William Klein et EugĂšne Atget et participe aux dĂ©bats sans fin sur le potentiel et les limites du medium photographique. Ces discussions interviennent aprĂšs une pĂ©riode de rupture qui a vu la publication du magazine-manifeste PROVOKE (1968-1970), du livre de Takuma Nakahira, For a langage to Come (1970) et du livre de Daido Moriyama, Bye-Bye Photography (1972).
A la fin des annĂ©es 60 et au dĂ©but des annĂ©es 70, lâheure est Ă la dislocation du langage photographique pour exprimer une sociĂ©tĂ© traversĂ©e par de profonds mouvements de contestation (contre la guerre du Vietnam, contre la prĂ©sence des bases amĂ©ricaines sur le sol japonais, contre la construction de lâaĂ©roport de Narita etc..). PrivilĂ©giant une vision fragmentĂ©e, totalement subjective, tendant vers la capture de lâexpĂ©rience brute et vers « lâexpression pure », lâĂ©criture photographique devient alors fortement contrastĂ©e, floue, tremblĂ©e, se jouant des rĂ©pĂ©titions, des superpositions, des appropriations, des ratĂ©s.

En 1975, WORKSHOP cesse dâexister. AprĂšs sa dissolution, Keizo Kitajima et Seiji Kurata inaugurent avec Daido Moriyama une nouvelle galerie indĂ©pendante, lâImage Shop CAMP, au n° 2 Chome street, dans le quartier de Shinjuku, Ă Tokyo. La recherche individuelle par ces photographes dâun nouveau mode dâinscription dans le monde prend le pas sur un questionnement collectif.
Lâexposition prĂ©sente cinq sĂ©ries rĂ©alisĂ©es par Keizo Kitajima de 1975 Ă 1991 [1]. Le travail de Keizo Kitakima a fait lâobjet dâune importante rĂ©trospective au Tokyo Metropolitan Museum, accompagnĂ©e du livre JOY OF PORTRAITS (Edition date).
A lâoccasion de lâexposition, Steidl et LE BAL rééditent en fac-simile la sĂ©rie mythique de 12 livrets parus en 1979 en miroir de lâexposition de Keizo Kitajima Ă la galerie CAMP : PHOTO EXPRESS : TOKYO.

Le 13 janvier 1958, un nez, deux phalanges et un pĂ©nis sont dĂ©couverts dans un bac Ă huile Ă proximitĂ© du lac Sembako (prĂ©fecture dâIbaraki). Le lendemain, la police trouve le corps dâun homme de lâautre cĂŽtĂ© du lac, grossiĂšrement dĂ©figurĂ©. Plusieurs doigts sont coupĂ©s et lâintĂ©gralitĂ© du corps est rongĂ©e Ă lâacide, dans le but Ă©vident de rendre impossible toute identification. NĂ©anmoins, lâautopsie permet dâĂ©tablir que le cadavre est celui de Sato Tadashi, un journalier de trente ans originaire de Sumida-ku, Ă Tokyo.
La date du meurtre est Ă©tablie au 12 janvier et la cause du dĂ©cĂšs serait la strangulation. Sato Ă©tant un citoyen tokyoĂŻte, une unitĂ© dâenquĂȘte spĂ©ciale est créée en collaboration avec la police municipale de Tokyo. La police recherche Nishida Tamotsu qui rĂ©sidait dans le mĂȘme hĂŽtel que Sato (Naniwaya Ryokan Ă Asakusa) et son nom apparaĂźt dans le mandat dâamener qui est diffusĂ©. Les deux hommes ont signĂ© le registre de lâhĂŽtel et il semble que Nishida aurait proposĂ© Ă Sato de le faire travailler dans une tannerie.
Ă la fin du mois de janvier, la piste de Nishida est abandonnĂ©e et les enquĂȘteurs ont lâimpression que la vĂ©ritĂ© leur Ă©chappe. Lâaffaire du corps coupĂ© est au point mort.
Ăpilogue En juillet 1958, la police lance une campagne spĂ©ciale sur tout le territoireâ : premiĂšre en son genre, elle a pour objet de permettre Ă lâensemble des forces de lâordre de comparer les donnĂ©es relatives Ă vingt et une affaires de meurtres non Ă©lucidĂ©es. Cette campagne conduit Ă lâidentification dâun cadavre jusquâalors inconnu, dĂ©couvert Ă Kurashiki (prĂ©fecture dâOkayama) en fĂ©vrier 1956. Le corps est celui de Miura Shofu mais curieusement, Miura est enregistrĂ© comme encore en vie.

Câest alors que la police rĂ©alise quâelle est confrontĂ©e Ă une affaire dâusurpation dâidentitĂ©. En fait, Miura sâappelle Onishi Katsumi. ArrĂȘtĂ© le 16 juillet 1958, il avoue avoir commis quatre assassinatsâ : le 1er juin 1955, il a empoisonnĂ© ses parents adoptifs, Onishi Fukumatsu et son Ă©pouse Kuma, Ă leur domicile de Shimonoseki (prĂ©fecture de Yamaguchi), avec du cyanure. Ensuite, il a quittĂ© Hokkaido oĂč il travaillait dans un magasin dâalimentation sous un faux nom et sâest rendu Ă Tokyo. LĂ , il a fait connaissance avec Miura Shofu, lâa persuadĂ© de lui vendre sa carte dâidentitĂ© contre 40â 000 yens et lâa tuĂ© afin dâadopter son identitĂ©. Il sâest mariĂ© et a trouvĂ© un emploi dans une usine de cartons. Par la suite, il a assassinĂ© Sato Tadashi, Ă©galement afin de subtiliser son identitĂ©. Onishi Katsumi a Ă©tĂ© reconnu coupable de ses crimes le 23 dĂ©cembre 1959. Le 30 mars 1961, la sentence de peine de mort a Ă©tĂ© confirmĂ©e. Onishi a Ă©tĂ© exĂ©cutĂ© en 1965.
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Watabe Yukichi (1924-1993) est nĂ© Ă Sakata (prĂ©fecture de Yamagata). En 1941, il se rend Ă Tokyo oĂč il travaille dans une usine au montage de projecteurs Bell 16âmm.En 1946, il publie sa premiĂšre sĂ©rie de photographies, intitulĂ©e « Repatriate Train », dans le Sun Photo News qui montre le retour des vĂ©tĂ©rans de guerre et des rĂ©fugiĂ©s japonais dans leur ville natale de Sakata.
Reporter photographe indĂ©pendant, il couvre la plupart des grands Ă©vĂ©nements historiques et politiques se dĂ©roulant Ă Tokyo. En 1958 il se voit accorder lâautorisation exceptionnelle de documenter lâenquĂȘte menĂ©e par la police municipale de Tokyo relative Ă « lâaffaire du corps coupĂ© ». Il publie une sĂ©lection dâimages dans le numĂ©ro de juin 1958 du magazine Nippon.

Yutaka Takanashi (1935) est une figure majeure de la photographie japonaise au XXĂ©me siĂšcle : co-fondateur du lĂ©gendaire magazine PROVOKE en 1968, il publie en 1974 « Toshi-e » (« Vers la ville ») un des livres-phares de ce mouvement de redĂ©finition du langage photographique au profit dâune expression plus brute et instinctive du rĂ©el. InitiĂ© un an aprĂšs la publication de Tochi-e, la sĂ©rie Machi (Ville) prĂ©sentĂ©e au BAL rompt radicalement avec le style flou, contrastĂ© et expressionniste des annĂ©es Provoke.
Yutaka Takanashi se concentre dĂ©sormais sur lâun des quartiers les plus anciens de Tokyo, Shitamachi, oĂč le monde traditionnel est peu Ă peu envahi par les signes de la modernitĂ©. Pour tĂ©moigner de cette disparition programmĂ©e, il rĂ©alise des portraits dâintĂ©rieurs et dâextĂ©rieurs, vides de toute prĂ©sence humaine, en couleur, Ă la chambre 4x5 inch, (souvent avec un temps de pose de 20 minutes). Photographier pour Yutaka Takanashi est le moyen de « marquer la fin, de conclure » : « Face Ă un paysage, le photographe se tient totalement libre : libre de sây confronter, de sây absorber, de le dĂ©truire, de le reconstruire et puis de le rĂ©vĂ©ler ». La sĂ©rie qui apparaitra partiellement dans le magazine Asahi Camera Ă partir de 1975, fera lâobjet dâun livre « Machi » publiĂ© en 1977 par The Asahi Shinbun.
[1] OKINAWA / KOZA 1975 - 1980 - TOKYO / 1979 - NEW YORK / 1981-1984 - EASTERN EUROPE / 1983-1984 - COLOR WORKS / 1986-1990