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Les déambulations artistiques de Gilles Fallot

Le Caravage : L’amour victorieux, Staatliche Museen, Berlin - 7

Le sexe de l’ange

vendredi 22 août 2008

L’amour victorieux est un des tableaux les plus puissants et les plus dérangeants de Le Caravage. On peut le voir au Staatliche Museen de Berlin. Il importune parce qu’on n’évite pas de voir le soin avec lequel Le Caravage a peint le sexe de cet ange très étrange. Un ange aux ailes de rapace.
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« Il y a dans les tableaux du Caravage quelque chose d’indomptable qu’on ressent devant les chef-d’Å“uvres »

Gallery of Arts
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Maintenant, abordons l’un des tableaux les plus puissants, sans doute le plus gênant du Caravage. Il importune parce qu’on n’évite pas de voir le soin avec lequel Le Caravage a peint le sexe de cet ange très étrange, et qu’on devine facilement qu’il se caresse les fesses de la main gauche, celle qui ne se voit pas.

En linguiste, Le Caravage démontre que la négation ne se comprend qu’en la mettant à l’affirmatif : « Surtout, n’imaginez pas ce que je touche », et l’imagination vient d’accomplir ce qu’on a dit de ne pas imaginer. C’est automatique : pour comprendre la phrase, on ne peut pas ne pas se représenter la négation. Tout nu, l’enfant ricane. Cet « Amour victorieux », cet angelot, a les ailes puissantes et lourdes d’un rapace. Dans sa main droite, il empoigne des flèches que je vous conseille d’éviter. Puisque Le Caravage a dit que ce garçon était victorieux, je veux bien le croire, mais point naïvement. Il y a trop de mise en abîme dans sa peinture pour que sa victoire ne soit point abîmée, pour qu’elle n’émerge pas sérieusement blessée, en colère, et décidée à rompre des lances, décidée à tuer.

Le Caravage a peint de magnifiques tableaux représentant des adolescents qui ont un air de famille : Garçon avec une corbeille de fruits (Galerie Borghèse, Rome), Jeunes gens jouant de la musique (Metropolitan Museum of Art, New York), Le joueur de luth (L’Hermitage, Leningrad), Bacchus (Les Offices, Florence), qui, selon moi, est le plus ahurissant de tous. Ils ont le visage rond, les sourcils fardés, de grosses lèvres et l’air sot. Quand on s’attarde devant ces jeunes gens, émerge la ruse qui les habite. Ils savent quelque terrible secret dont ils ne disent rien. Ils sont déjà vieux, et ils jouent aux braves gosses, en s’appliquant à paraître ce à quoi on s’attend, alors qu’ils connaissent l’humiliation, la honte, la culpabilité et qu’ils dissimulent le désir de meurtre.

Les sots, ce sont ceux qui ne savent ni la solitude ni la tristesse, ceux qui ont un regard endormi de bovin ; leur bouche est caramélisée de sottises. Aie pitié, Caravage, ils ont des yeux et ils ne savent pas voir.

Propos recueillis par Christine Nathan

Lire également :

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 Velasquez : portrait du pape Innocent X, Galerie Doria Pamphili, Rome – 10

 Le Caravage : Le repos pendant la fuite en Egypte, Musée Doria Pamphili, Rome – 1

 Le Caravage : Saint Matthieu et l’ange, Eglise Saint-Louis des Français, Rome – 2

 Le Caravage : Le martyre de Saint Matthieu, Eglise Saint-Louis des Français, Rome – 6

 Le Caravage : La crucifixion de Saint Pierre, Eglise Sainte Marie du Peuple, Rome – 4

 Le Caravage : Bacchus, Galerie des Offices, Florence – 3

 Léonard de Vinci : Saint Jean-Baptiste

 Fra Galgario : Le Gentilhomme au tricorne - Musée Poldi Pezzoli, Milan

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Le peintre : Michel Angelo Merisi da Caravaggio, dit Le Caravage, est né à Milan en 1571, dans la maison du Marquis de Caravaggio, dont son père était l’intendant. La famille a émigré rapidement à Caravaggio, fief du Marquis. Le peintre est mort a Porto Ercole en 1610, à 39 ans.

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