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Les déambulations artistiques de Gilles Fallot

Le Caravage : La crucifixion de Saint Pierre, Eglise Sainte Marie du Peuple, Rome - 4

De braves tortionnaires

vendredi 8 août 2008

Le Caravage présente La crucifixion de Saint Pierre - Eglise Sainte Marie du Peuple, à Rome - comme un événement banal. Le bien ? Le mal ? Sur son travail, le tortionnaire se pose-t’il des questions ?
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« Il y a dans les tableaux du Caravage quelque chose d’indomptable qu’on ressent devant les chef-d’Å“uvres »

Gallery of Arts
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Cette scène est représentée comme un événement banal. Elle ne dégage pas d’émotion. Comme dans Le martyre de Saint Matthieu, Saint Pierre est sans auréole durant le supplice. Si Saint Pierre n’était sur la croix, on n’imaginerait pas les trois bourreaux exécutant un acte hideux. Trois hommes simples, trois ouvriers au travail.

« On n’est pas plus ou moins homme », a dit Aristote. Saint Pierre et ceux qui dressent la croix sont interchangeables. L’expression « Mettez-vous à ma place » me semble appropriée.

La corde passe entre le bras gauche de l’homme penché en avant et des jambes de Saint Pierre, puis disparaît sous la main droite du même personnage. L’Å“il du spectateur accompagne le mouvement invisible de la corde sous la croix, la partie invisible de la corde remonte jusqu’au nÅ“ud situé juste au-dessus de la manche retroussée de la chemise. L’ombre des plis de la manche retroussée est de la même couleur que celle de la corde.

A mon avis, elle est trop épaisse pour n’être qu’une ombre, et cette manche retroussée est peinte de façon compliquée, alors que le tableau ne l’est pas. Je subodore que c’est la corde qui est enroulée autour du bras du tortionnaire, en partie dissimulée par les plis de sa manche de chemise. Quant au col, je le trouve trop ouvragé pour celui d’une chemise d’ouvrier, même qualifié. Par son bras emprisonné, lié à la corde, il est relié physiquement à son acte, conséquence de ses pensées.

S’en rend-il compte, sait-il que sa pensée, la cause, n’est pas neutre et que ça c’est le nÅ“ud du problème ? Si l’on met à part la sensibilité, un zeste d’humanité, une ombre de pitié, qu’est-ce qui nous empêche d’être de braves tortionnaires ? Qui nous dit ce qui est bien, qui nous avertit de ce qui est mal ?

Il y a tant de religions, de dogmes, de croyances, de certitudes tenaces, qu’il est difficile de choisir. Alors, quand en plus, on vient nous apporter une autre vérité, on demande des preuves. Se pose-t-il quelques questions, le tortionnaire, des questions liées à son travail ?
- « On n’est pas plus ou moins homme. »

Propos recueillis par Christine Nathan

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Portfolio

Le peintre : Michel Angelo Merisi da Caravaggio, dit Le Caravage, est né à Milan en 1571, dans la maison du Marquis de Caravaggio, dont son père était l’intendant. La famille a émigré rapidement à Caravaggio, fief du Marquis. Le peintre est mort à Porto Ercole en 1610, à 39 ans.
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