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Les déambulations de Gilles Fallot

Le Caravage : La madone des pèlerins, Eglise Saint Augustin, Rome - 5

L’intelligence de l’humilité

par Christine Nathan, mercredi 13 août 2008

Le Caravage a pris Lena, sa maîtresse, comme modèle de la Madone, une Madone tout en mouvement. Les pèlerins ont l’intelligence de s’agenouiller, de devenir humbles pour avoir la force ensuite de revendiquer comme personnelles des valeurs universelles. Le tableau est visible à l’Eglise Saint Augustin de Rome.
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Gallery of Arts
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Au premier plan, les pieds sales du pèlerin - animus, couleur de terre - avertissent que l’on se trouve devant le réalisme, c’est-à-dire la prospérité matérielle, l’abondance des biens terrestres, que l’on surmonte les difficultés sociales. Le pèlerin n’est point un pauvre hère, bien au contraire. Il a les pieds sur terre.

Il est impératif d’avoir quelques connaissances du fonctionnement de la société avant de prétendre s’en détacher, avant de lever le pied. Le couple animus – anima a la responsabilité de son interprétation du monde. C’est un devoir régalien.

Le bâton est le symbole de l’autorité. Le détenteur du bâton, c’est le Souverain. Ici, il y a deux bâtons, deux forces. La résultante de ces deux forces, c’est la poussée vers le haut. Les bâtons sont tronqués par le corps des pèlerins et peuvent se voir comme trois morceaux qu’il est nécessaire de réunir en entreprenant un nouveau voyage.

Les pèlerins ont l’intelligence de s’agenouiller, de devenir humbles pour avoir la force ensuite de revendiquer comme personnelles des valeurs universelles. L’humilité est un va et vient entre ce que nous croyons savoir et ce que nous voulons connaître ; c’est une consultation. Les pèlerins animus – anima sont-ils un Roi mage, celui dont on oublie souvent le nom ?

Ce fut la maîtresse du Caravage, Lena, qui posa pour ce tableau. La Madone est en mouvement. J’avance l’hypothèse qu’il la peignit telle une cariatide dansante afin d’exprimer la profondeur et la rapidité de l’intelligence de Léna et de la Madone. La réflexion dévoile une autre pensée et chacune est une porte, un nouveau seuil de l’intelligence. Elle se manifeste après avoir franchi le seuil de l’humilité.

L’expérience est un mixte d’excitation et de peur, et l’on passe le seuil avec déférence. La Madone représente les ressources qui permettent à l’âme de s’exprimer. En fait partie la capacité de changer de peau, de renaître, comme le serpent - caducée.

La Madone tient l’enfant dans le cercle de ses bras, les fines auréoles sont rondes. Le cercle représente la renaissance.

Les pieds sales et l’air misérable des pèlerins furent jugés inconvenants à l’époque du Caravage. L’humilité est souvent prêchée, rarement réalisée. Il faut être extrêmement intelligent pour devenir humble.

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Le peintre : Michel Angelo Merisi da Caravaggio, dit Le Caravage, est né à Milan, en 1571, dans la maison du Marquis de Caravaggio, dont son père était l’intendant. La famille a rapidement émigré à Caravaggio, fief du Marquis. Le peintre est mort à Porto Ercole en 1610, à l’âge de 39 ans.
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