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Les déambulations artistiques de Gilles Fallot

Le Caravage : Le repos pendant la fuite en Egypte, Musée Doria Pamphili, Rome - 1

La part animale et la part spirituelle

vendredi 25 juillet 2008

Le repos pendant la fuite en Egypte. Dans ce tableau qui se trouve actuellement au Musée Doria Pamphili, à Rome, nous assistons à un moment ravissant. Joseph, fatigué, veille et surveille. La Vierge est belle ; tout est beau, jusqu’au bébé qu’en général les peintres ne savent pas faire. Or, les ailes de l’ange n’ont rien d’angélique. Ce sont des ailes de pigeon.
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« Il y a dans les tableaux du Caravage quelque chose d’indomptable qu’on ressent devant les chef-d’Å“uvres »

Gallery of Arts
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À gauche, Joseph et l’âne sont peints dans les tons ocre, les couleurs de la terre. Joseph tient une partition. C’est un motet que les musicologues ont identifié : il a été écrit par Noël Bauldewijn pour mettre en musique quelques versets du « Cantique des Cantiques ».

Pour faire la transition entre Joseph et l’ange, j’ai choisi un court poème de Li Bo, poète chinois du 8e siècle (trad. F. Julien) : « Une brise légère emporte les chants dans le vide La mélodie s’enroule d’elle-même autour Des nuages qui passent - et s’envole »

Les cheveux de l’ange sont effleurés par un friselis, le drap s’enroule autour de ses jambes dans une spirale aérienne, dans la brise légère du poème. Près de la Vierge, Le Caravage a peint de l’eau, comme il a peint la terre et des cailloux aux pieds de Joseph, pour que le symbolisme ne nous échappe pas.

Le feu, c’est le Christ, enveloppé dans le vêtement rouge de la Vierge. Déjà, pour Héraclite, philosophe grec présocratique, l’âme est un feu. Relisons également, dans l’évangile selon St Luc, le passage concernant les pèlerins d’Emmaüs : « Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent, mais déjà il avait disparu. Et ils se disaient l’un à l’autre : n’avons-nous pas senti comme un feu dans notre cÅ“ur pendant qu’il nous parlait en chemin et qu’il nous expliquait les écritures ? » (Luc 24.)

Nous assistons, ou plutôt nous surprenons un moment ravissant qui est surtout un moment admirable. Joseph, fatigué, au-delà de l’étonnement, avec ses pieds nus, son âne, le balluchon et la bonbonne, veille et surveille, deux activités communes. Or, il participe aussi de l’ange. Celui-ci lui a confié la partition qu’il joue tourné vers lui, mais pas seulement pour lui. Quant à savoir si le ravissant visage de l’ange est celui d’une jeune fille ou d’un jeune homme, je ne me prononce pas. Je ne m’intéresse pas au sexe des anges. La Vierge est belle ; tout est beau, jusqu’au bébé qu’en général les peintres ne savent pas faire. Le tableau baigne dans une douce lumière. Tout est paisible et musical. Jusqu’à présent, rien que de plus normal.

Or, les ailes de l’ange n’ont rien d’angélique, puisque ce sont des ailes de pigeon. Elles séparent le tableau en deux parties égales. D’un côté, l’animalité ; de l’autre, l’âme. Dario Fo a dit avec emphase dans une conférence sur Le Caravage, que ce sont les ailes d’un aigle. Les aigles, vexés, m’ont dit qu’ils considéraient Fo comme un moineau déplumé. Nous ne devons pas oublier notre animalité, c’est aussi avec cette partie de nous que nous devons compter. Elle tient autant d’importance que notre partie spirituelle et le nier serait une erreur car il y aurait déséquilibre.

Joseph est bien avec son âne, est bien avec cet ange tourné vers lui, et l’ange n’est pas désincarné. Il n’y a que le feu qui, étant l’âme pure, n’a pas d’animalité. Celui qui fait le geste exact, instinctif, procède de l’animalité. Alors, il n’y a plus d’espace pour la rancÅ“ur, pour l’amertume, pour aucun sentiment négatif. C’est alors et à cette condition que l’âme peut se déployer.

Propos recueillis par Christine Nathan

- Les déambulations artistiques de Gilles Fallot

Le peintre : Michel Angelo Merisi da Caravaggio, dit Le Caravage, est né à Milan en 1571, dans la maison du Marquis de Caravaggio, dont son père était l’intendant. La famille a émigré rapidement à Caravaggio, fief du Marquis. Le peintre est mort à Porto Ercole en 1610, à 39 ans.
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