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Le mythe de la mère piétiné.

La mère des lamentations

par Laure Menanteau, vendredi 11 juillet 2008

Le mythe de la mère, ils - et parfois elles - le mettent à mal, le bousculent, le déchirent, le piétinent, le vomissent. Au lieu de Maryse, Mélanie, Martine ou Marine ou tout simplement maman, c’est « Vache folle des sphincters », « boîtes à chocolats que l’on oublie sur une étagère » ou autre « Folcoche ». Avec tous ces récits, authentiques ou de fiction, nous poursuivons nos périgrinations dans les rayons des librairies. Un thème dérangeant. Une pléthore d’ouvrages matricides écrits par des « fils salauds » qui ont des comptes à régler, sont parus ces derniers mois. Ce n’est plus la fête des mères.
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« Ma mère dit qu’il ne faut pas gâter les enfants et elle me fouette tous les matins. Quand elle n’a pas le temps le matin, c’est pour midi et rarement plus tard que quatre heures » raconte Jacques Vingtras dans L’enfant de Jules Vallès.
 Loin des relations fusionnelles que pouvait entretenir Albert Cohen avec sa mère, des auteurs utilisent la littérature pour déverser leur rancœur, et exprimer le cauchemar qu’a été leur relation avec leur génitrice.

Jean-Yves Cendrey
Jean-Yves Cendrey
© evene

Ces derniers mois ont d’ailleurs été prolixes en matière d’ouvrages. « Les fils de salauds » selon l’expression de Jean-Yves Cendrey se lâchent, se vengent, exhument, expient leur mal-être. Ce même auteur a commencé la série des réquisitoires implacables contre cette « manman », « vache folle des sphincters » qui a laissé son mari battre ses enfants. Un ton cru et saignant pour dénoncer les criminels silences d’une vie de famille ordinaire. Il clôt ainsi la trilogie autobiographique commencé avec Les jouets vivants et Les jouissances du remord.

Jeune journaliste de 30 ans, Avril Ventura, met en scène dans Ce qui manque, son premier roman, une mère alcoolique et sa fille qui rêve de « boîtes à mère, comme il y a des boîtes à chocolat, qu’on oublie sur l’étagère et qu’on n’ouvre plus, on pourrait vous laisser pourrir comme ça ». Jamais nommée, c’est un « tu » qui s’adresse à sa fille Anna. La mère a sans doute été belle mais n’est plus que souffrance, peur, forme dégoulinante sur un canapé rouge. Le compagnon est parti et c’est l’alcool qui l’a remplacé. Le cercle de la solitude s’est très vite renfermé sur la mère et la fille, otage du mal d’amour.

Vanessa Schneider dans la mère de ma mère, un livre au style plus apaisé va chercher à comprendre pourquoi sa mère a rompu définitivement les liens avec la sienne. Une grand-mère haïtienne qui n’a gardé son enfant que pour conserver son compagnon.

On pourrait également évoquer Jacques Chessex avec Pardon mère et tant d’autres. Comment expliquer la multiplication des ces romans matricides ces derniers mois ? Il semblerait, en effet, que le dernier tabou- ce respect obscène de la figure maternelle qu’évoque Jean-Yves Cendrey - soit attaqué, qu’il se brise en mille morceaux.

 Courir avec les ciseaux de Augusten Burroughs en est un parfait exemple. Ou Michel Houellebecq qui n’a jamais caché sa haine envers sa mère hippie qui traverse régulièrement ses textes toute de poils de chèvre vêtue.

Il semble que cette profusion de ces livres soit le signe annonciateur d’une mer des lamentations.

A Lire :

 La maison ne fait plus crédit, Jean-Yves Cendrey, éd. L’Olivier 16€

 Passage de la mère morte, Jean-Claude Perrier, éd. Stock, 14€

 La mère de ma mère, Karine Reysset, éd. L’olivier 18€

Courir avec des ciseaux Augusten Burroughs, éd. 110/18 8,50€

Pardon mère, Jacques Chessex, éd. Grasset, 17,50€

Ce qui me manque, de Avril Ventura, éd. Seuil, 17,50€

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