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Aujourd’hui, dans la rubrique « A vos plumes », « Le petit chien est mort » de Gisèle Prévost. Une nouvelle émouvante et drolatique.
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« L’équipe de la clinique vous manifeste son soutien suite au décès de votre compagnon ». A la main, le docteur a ajouté : « Soyez assuré de toute ma sympathie en ces instants difficiles. La décision que vous avec prise était loin d’être facile, mais c’était le plus prudent et le plus raisonnable à faire. Bon courage à vous. » Je ne savais pas qu’il existait des condoléances pour les animaux. Pour les hamsters et les poissons rouges aussi ?

Le petit chien est mort. Il était sorti tout droit d’une vieille publicité pour Pathé Marconi vantant la haute fidélité de « la voix de son maître ». Ajax, le Fox-terrier à poil lisse, était un chien intrépide et plein d’entrain qui manifestait son enthousiasme à toute occasion par des bonds extravagants et spectaculaires qui mettaient en joie les enfants. Il portait une robe blanche à taches brunes. Sa tête fauve et son long museau terminé par une truffe toute noire surprenaient. Son Å“il charbonneux était comme maquillé de khôl. Dans la rue, les passants qui admiraient son port bien droit, le prenaient pour un Jack Russell, le petit chien citadin court sur pattes à la mode. Rien à voir. Ajax le fox, élancé comme un poney, trottinait la queue droite comme un i avec une élégance aristocrate. Bien sûr, avec un nom pareil, certains l’appelaient Cif ou Ajax d’Amsterdam. Mais lui savait qu’il n’était pas n’importe qui. Son nom avait été choisi en famille après une intense séance de créativité. Allah, avait même suggéré le philosophe, si le chien était grand.
Les garçons devenus adultes ayant quitté la maison, tout naturellement Ajax hérita du vieux singe en peluche de Yann en guise de doudou et du bol de Vallauris d’Olaf pour doser ses croquettes. On peut dire qu’il fut gâté ce chien. Après avoir patiemment déchiqueté une chaussette d’un plus beau cachemire d’Ecosse, il eut droit de faire ses dents de bébé sur le bel agneau délicat de mes chaussures Chanel. Puis de renifler du N°5 pour son éducation olfactive. Une manière de nous convaincre tous deux que dans la vie tout est vanité. « Memento mori. »