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Les déambulations artistiques de Gilles Fallot

Léonard de Vinci : Saint Jean-Baptiste

Musée du Louvre, Paris - 8

mardi 26 août 2008

Mystère de Léonard de Vinci. Le Saint Jean-Baptiste, au musée du Louvre, à Paris, dont le sourire est à la limite de la douceur, de la bonté, de la grimace, de la douleur, est-il une énigme ? Peut-on l’interpréter à rebours de l’apparence ?
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Léonard de Vinci avait inventé une écriture qu’il était le seul à pouvoir lire ; il paraît que, dans certains de ses tableaux, on découvre sa signature en forme de rébus. De même qu’un lecteur aime un roman à intrigues pour le plaisir de la lecture, il me semble que Léonard aima le mystère pour son charme. Le mot "mystérieux" est d’ailleurs employé pour définir les sourires de ses visages, tellement ressemblants qu’on a soutenu que ce fut le même modèle qui posa pour quelques uns de ses chefs-d’Å“uvres. Ses paysages sont, eux aussi, nimbés de mystère.

Puisque l’Å“uvre de Léonard de Vinci paraît énigmatique, il m’a semblé qu’il ne serait pas surprenant qu’il ait peint au moins un tableau volontairement secret, délibérément mystificateur. Léonard écrivait à l’envers ; si mon idée est valide, alors une peinture se lit en sens inverse.

Gallery of Arts
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Arrêtons-nous devant le Saint Jean-Baptiste. Quand on fixe le tableau, la tête se détache du cou et flotte au-dessus d’un corps qui semble être celui d’une femme. Le sourire est à la limite de la douceur, à la limite de la bonté, à la limite de la grimace, à la limite de la méchanceté, à la limite du plaisir, à la limite de la douleur.

Ce visage qui sort de l’ombre et vient vers nous, est inquiétant. Son sourire n’est pas vertueux. On sait que l’éthique est un équilibre entre nos penchants, comme un exercice de funambule sur son fil. L’Å“il voit ensemble les tendances vers lesquelles penche le personnage. C’est un des mystères du génie de Léonard de Vinci que de pouvoir les exprimer.

Parménide, philosophe grec présocratique, nous a enseigné que l’Etre est sphérique. Puisqu’il est bien arrondi, il n’a ni haut ni bas. Dans le tableau, l’index tendu vers le haut peut aussi bien désigner le bas, les Enfers, le domaine d’Hadès, un des endroits de l’invisible.

Normalement, la lecture des gestes donne ceci : « Moi, Jean-Baptiste, j’avertis que le Messie viendra. » Maintenant, lisons : « Le Messie viendra, parce que moi, Jean-Baptiste, j’avertis. »

C’est outrecuidant, car cela veut dire que sans la foi, ou le dire prophétique de Jean-Baptiste, le Messie ne viendra pas. C’est rationnel, puisqu’il n’y a que la foi qui fasse venir à l’existence, qui fasse apparaître l’être. Cela n’a rien à voir avec la croyance en ses rêveries, ni avec la faiblesse de prendre ses désirs, ses illusions ou ses opinions, pour des réalités. La foi, c’est ce colosse qui déplace les volcans, qui fait surgir l’invisible. « L’homme est le plus intelligent des animaux parce qu’il a des mains », a dit Anaxagore, autre philosophe présocratique. Aristote répliqua que c’est parce qu’il est le plus intelligent qu’il a des mains. C’est le pouce qui offre à la main de devenir outil intelligent. C’est l’index qui désigne l’autorité. Dans le tableau, le majeur, le plus long des doigts, est replié. Est-ce une synthèse de l’autorité intelligente qui se désigne elle-même ? Dans ce cas, on obtient le même signe deux fois : Jean Baptiste se désigne du majeur et il se désigne aussi avec les deux doigts visibles de sa main gauche.

Revenons à ce visage qui louvoie, qui flotte au-dessus d’un cou plus féminin que masculin. C’est le rêve ; c’est Orphée qui nous murmure que l’art est enchanteur, que l’art a du pouvoir, mais que l’art n’est pas le pouvoir. L’art - Orphée est un héros qui a échoué auprès de l’invisible, l’art est le plus magnifique des échecs héroïques. Il ne dissimule pas. On ne dissimule pas l’invisible et on ne le conçoit pas puisqu’il n’est pas une idée. Comment peut-on en avoir une notion ?

Ce visage qui flotte, cette attention flottante, pour prendre l’expression de Freud, écoute et enregistre, entre dans le registre de l’autre. Sur son visage, il y a nos visages dévoilés, et il sourit, ayant percé le voile de l’invisible.

Léonard avait certainement lu Empédocle, philosophe grec présocratique, qui chantait : « Quelques-uns désirent des prophéties tandis que d’autres demandent à entendre le mot qui guérit de toutes les sortes de maladies, transpercés depuis longtemps par de cruelles douleurs. »

Propos recueillis par Christine Nathan

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 Velasquez : portrait du pape Innocent X, Galerie Doria Pamphili, Rome – 10

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 Salon Nautique International à La Rochelle

Le peintre : Leonardo di ser Piero da Vinci est né à Vinci, en Italie, le 15 avril 1452. Ce Florentin, génie de la Renaissance, cumule tous les dons. Il est artiste mais aussi scientifique, peintre, ingénieur, sculpteur, architecte, musicien… A l’invitation du roi de France, François 1er, il passe ses dernières années à Amboise où il meurt le 2 mai 1519.

Sources :
— Le fond de la Joconde et l’esthétique de Vinci, par M.T. Dromard-Mairot. Besançon, 1933.
— Les philosophes présocratiques, par G.S. Kirk, J.E. Raven, M. Schofield. Editions Universitaires de Fribourg/Editions du Cerf.
— Voix, par A. Porchia. Editions Fayard.

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