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Les nouvelles solitudes

Trouver sa place dans un monde en mutation : "couples en CDD" et "cĂ©libatantes"

par Marie Claude Auger, lundi 21 avril 2008

Après le "harcèlement moral" et "femmes sous emprise", Marie-France Hirigoyen se penche sur les nouvelles solitudes, femmes et hommes compris

Par Marie-Claude Auger

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J’aime l’idĂ©e que Marie-France Hirigoyen ait donnĂ© justement cette photo Ă  son Ă©diteur. Une photo qu’on prend comme ça, au dĂ©tour d’une balade, cheveux au vent et pas people pour deux sous, la photo d’une femme tout en pastel. Du bleu partout. Seule sur son rocher, elle sourit Ă  la personne qui prend la photo, un homme, un enfant, une copine ? Derrière, j’imagine que c’est l’Atlantique. Belle-Ile peut-ĂŞtre. Cette femme doit aimer les Ă®les comme elle aime la solitude quand elle est choisie, domptĂ©e. Quand on se l’est appropriĂ©e.

Entre souffrance et sérénité

Celle que, dans son dernier livre intitulĂ© Les nouvelles solitudes, elle appelle la « solitude riche, sereine », par opposition Ă  la solitude qui est vĂ©cue comme une souffrance. Psychiatre et psychanalyste, Marie-France Hirigoyen est Ă  l’écoute d’hommes et de femmes qui se racontent, racontent leur relation aux autres, leurs couples faits et dĂ©faits, leurs aventures, leur quĂŞte de rencontres, et aussi de plus en plus souvent, quel que soit l’âge, leur solitude, voulue ou subie. Partant de tous les cas et tĂ©moignages qu’elle a rassemblĂ©s dans cet ouvrage, elle analyse un phĂ©nomène social rĂ©current dans les sociĂ©tĂ©s dĂ©veloppĂ©es : avec l’indĂ©pendance croissante des femmes, les schĂ©mas traditionnels du couple et de la famille sont de plus en plus remis en question. Il semble que nous soyons dans une situation de plus grande autonomie des femmes, mais aussi parfois d’un plus grand dĂ©sarroi face Ă  l’instabilitĂ© croissante des relations homme/femme et Ă  l’isolement qui en rĂ©sulte pour beaucoup. Cette nouvelle situation est Ă©galement dĂ©stabilisante pour les hommes qui n’ont pas encore intĂ©grĂ© les nouvelles aspirations des femmes devenues autonomes non seulement au travail, mais aussi au lit.

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Et l’amour, dans tout ça ?

Les nouvelles solitudes des uns et des autres dĂ©bouchent sur de nouvelles formes de vie sexuelle ou amoureuse, qui vont de l’épanouissement dans la libertĂ© retrouvĂ©e Ă  l’abstinence obligĂ©e ou voulue. Marie-France Hirigoyen dresse un vĂ©ritable panorama de tous les cas de figures, des recours (factices) pour pallier la solitude subie, comme les sites internet qui ont remplacĂ© non seulement le bal, mais aussi la rencontre, le coup de foudre, l’état amoureux avec ce que l’autre a d’unique. Ah, la rencontre amoureuse ! Celle qui fait battre le cĹ“ur de la midinette comme il abolit l’âge de la septuagĂ©naire. Et puis il y a la solitude surmontĂ©e, sublimĂ©e, celle dans laquelle on se sent moins seule que dans un couple vidĂ© de sa substance, celle qui fait redĂ©couvrir la disponibilitĂ© aux autres, l’amitiĂ©, la solidaritĂ©, celle qui permet d’avoir accès Ă  sa propre intĂ©rioritĂ©, de se ressourcer, celle qui est considĂ©rĂ©e ici comme une initiation, un apprentissage de soi-mĂŞme. Au passage, la psychologue insiste sur les bienfaits de la solitude, voire de l’ennui, durant l’enfance et s’insurge contre ce besoin perpĂ©tuel dans nos sociĂ©tĂ©s de donner aux enfants des activitĂ©s, de combler le temps, de refuser le temps mort, comme on dit Ă  tort, car le temps mort, c’est aussi celui qui donne vie Ă  l’imagination, Ă  l’initiative personnelle et est finalement l’apprentissage d’une certaine autonomie.

Trouver sa place

Cependant, comme dit Marie-France Hirigoyen, les clichĂ©s ont la vie dure et nous vivons toujours dans une sociĂ©tĂ© oĂą la solitude est considĂ©rĂ©e comme quelque chose d’anormal, voire d’effrayant. « Nous vivons, les hommes et les femmes, dans une pĂ©riode d’intense bricolage affectif et relationnel. Nous construisons de nouvelles façons de vivre sous l’emprise des modèles anciens, pas toujours adaptĂ©s, ou pĂ©rimĂ©s. »

On sent que mai-68 est passé par là, n’empêche que pour beaucoup d’entre nous, le vent nouveau qui a soufflé alors a ouvert une brèche dans laquelle il s’agit, aujourd’hui encore, de trouver sa place.

Marie-France Hirigoyen, LES NOUVELLES SOLITUDES, ed. La découverte, 17 euros

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