|
La Pinacothèque de Paris consacre, jusqu’au 1er juin, une rétrospective au photographe américain Emmanuel Radnitzky, dit Man Ray (1890-1976), le plus Parisien des Américains. « L’Atelier de Man Ray. Unconcerned, but not indifferent » offre un nouvel éclairage sur l’Å“uvre polymorphe de l’artiste à partir de pièces provenant du Man Ray Trust. Par Nicole Salez |
Sommaire de l'article
|

Comparée à l’imposante exposition « Soutine » que la toute jeune Pinacothèque de Paris place de la Madeleine a prolongé jusqu’au 2 mars compte tenu de son succès, certains pourraient qualifier L’atelier Man Ray « d’anecdotique ». Il n’en est rien. C’est à une approche intimiste du photographe américain le plus renommé de Paris et de son travail polymorphe traversant tous les champs visuels (dessin, peinture, sculpture, photographie, film, objets, assemblages…) que nous invite cette fois le musée dirigé par Marc Restellini. Plus de 200 Å“uvres et objets personnels, provenant de la collection du Man Ray Trust (Long Island, New York) permettent ainsi d’éclairer d’un jour nouveau les différentes époques du travail de l’artiste. Parmi cet ensemble d’Å“uvres de jeunesse, de documents de la vie privée, de dessins préparatoires, de documentation sur des Å“uvres majeures, de chefs d’œuvre, certaines pièces sont célèbres, d’autres peu connues, d’autres n’ont jamais été montrées depuis la mort de l’artiste, le 18 novembre 1976, à l’âge de 86 ans, dans son atelier parisien.
Aussi, pourrait-on dire en s’inspirant du sous-titre de l’exposition [1] que cet Atelier Man Ray peut laisser « détaché » mais en tout cas, pas « indifférent ». A commencer par ceux que l’environnement et l’alchimie du processus créatif d’un artiste polyvalent comme Man Ray intéressent particulièrement.
Tout au long de ce parcours, outre des Å“uvres majeures de Man Ray, on découvre, comme de petites pierres blanches posées ici et là , les indices de ses sources d’inspiration (objets parfois insolites, copies...), les recherches multiples qui ont jalonné son Å“uvre, de photographe d’abord (épreuves réalisées avec de la gélatine déposée sur l’objectif, rayogrammes [2], solarisation, mélange de techniques photographiques et picturales, photographie instantanée...), mais aussi les étapes d’un processus de création plus large guidé par une imagination débordante et décalée. On perçoit également les différentes ambiances dans lesquelles l’artiste a évolué. De nombreuses photos exposées ici fixent des moments de fêtes entre amis, artistes ou non, des instants en compagnie des trois femmes qui marquèrent sa vie : Adon Lacroix, sa compagne newyorkaise, « Kiki de Montparnasse », rencontrée à Paris en 1921 et Juliet Brown [3], elle aussi modèle et muse, qu’il épousa en 1946.

[1] Le sous-titre de l’exposition « Unconcerned but not indifferent », détaché mais pas indifférent, tire son origine du travail de Man Ray, il est aussi l’épitaphe choisie par son épouse Juliet pour leur pierre tombale commune (cimetière de Montparnasse).
[2] Rayogrammes : silhouettes d’objets posés sur la pellicule qui laissent leurs empreintes alors qu’une source lumineuse d’intensité variable bouge autour
[3] Juliet Browner est décédée en 1991