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Marcel Storr, bâtisseur de cathédrales, visionnaire de génie

mercredi 18 janvier 2012

Exposition hors du commun en ce moment à Paris : celle des 60 œuvres magistrales et sidérantes de Marcel Storr, peintre cantonnier et artiste de génie. Elle se tient jusqu’au 31 mars, sous l’égide de la mairie du 20e arrondissement et de la mairie de Paris au pavillon Carré de Baudouin.
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L’exposition de l’œuvre de Marcel Storr (1911–1976) est incontestablement un événement à ne pas manquer. Par l’originalité des tableaux – il n’a peint que des cathédrales, des gratte-ciels et des mégapoles dont le point commun est de s’ériger vers le ciel à l’infini – et par la singularité de l’homme - un gosse de l’assistance publique, abandonné, maltraité, sourd et illettré qui fut toute sa vie cantonnier du Bois de Boulogne, et mourut dans le plus complet anonymat.

Quand on déambule dans les salles de l’exposition, on est frappé par l’ambiance, l’atmosphère, tour à tour poignante, intrigante, époustouflante voire étouffante que dégagent les tableaux. Storr dessina d’abord des cathédrales sobres puis des tours, des mégapoles de plus en plus fantasmagoriques, au fur et à mesure que les années passèrent.

On est stupéfait par la méticulosité avec laquelle il a patiemment et inlassablement bâti les architectures, dessiné chaque édifice, chaque mur, brique par brique. Il n’a négligé aucun détail, réel ou imaginaire. Ces dessins sont colorés d’encres rouges, jaunes, roses – uniformité de couleurs automnales tristes et inquiétantes – hormis çà et là de rares touches vert foncé, accordées aux arbres. Et surtout, une flagrante disproportion entre la taille des édifices et celle des hommes, minuscules fourmis noires écrasés au sol. Autant de preuve du peu de considération que Storr, brisé par l’existence, avait envers l’être humain.

©Liliane et Bertrand Kempf
©Liliane et Bertrand Kempf

Ces oeuvres furent découvertes en 1971 par Liliane Kempf, une amatrice d’art invitée un soir par une concierge d’école à « jeter un œil » sur le travail de son mari. La collection était « rangée » sous la toile cirée de la table de la loge, coincée entre le chat et le bocal de poissons rouges. Marcel Storr, personnage quasiment mutique, ne voulait ni les vendre, ni les exposer et Mme Kempf eut toutes les peines du monde à le convaincre de lui prêter un dessin (contre le dépôt de sa carte d’identité !) afin de le montrer à des experts. Liliane et son mari finirent par gagner la confiance de Storr et il leur confia avant de mourir sa collection, afin qu’elle soit mise «  à l’abri dans un coffre ».

©Liliane et Bertrand Kempf
©Liliane et Bertrand Kempf

«  C’était un créateur pur, convaincu qu’un jour, quand Paris serait détruit par une bombe atomique, le président américain viendrait le voir pour reconstruire la ville, grâce à ses dessins  », a expliqué Mme Kempf lors du vernissage de l’exposition. Il s’agit sans doute de l’une des plus importantes découvertes d’art brut de ces dernières années en France, juge Laurent Danchin, commissaire de l’exposition. Storr était «  conscient d’avoir fait quelque chose d’important. Chez lui, le souci de faire l’emportait sur la gloire ou la reconnaissance. Comme Mozart, il serait devenu fou si on l’avait empêché de créer », explique-t-il. Fou, précisément, Storr l’était-il ? En tout cas, il séjourna brièvement dans un asile psychiatrique, après la mort de sa femme, en 1974. Son dossier portait la mention : « mégalomaniaque, Marcel Storr se présente comme un grand peintre »…

La psychanalyste Françoise Cloarec s’est penchée sur l’œuvre de Storr et a publié en octobre 2010 "Architecte de l’ailleurs", un ouvrage où elle pose la question de la relation entre le génie et la folie. Marcel Storr aurait-il dessiné ainsi s’il avait grandi dans un milieu familial équilibré, si la violence et la dureté de sa petite enfance l’avaient épargné ? Selon elle, son oeuvre suggère que très tôt, il s’est réfugié dans ses architectures fabuleuses et futuristes où jusqu’à sa mort, il semble s’être protégé.

« Ah les tours ! J’aime Pompidou, il fait des tours »

Les dessins de Marcel Storr représentent tous des architectures imaginaires. D’une thématique purement religieuse les premières années, elles s’orientent brusquement vers un futur de science-fiction à partir de l’année 1965, peut-être sous l’effet des premières tours de la Défense que Storr voyait jour après jour s’élever depuis son lieu de travail au Bois de Boulogne. « Ah les tours ! J’aime Pompidou, il fait des tours », lâcha-t-il un jour à Liliane Kempf.

©Liliane et Bertrand Kempf
©Liliane et Bertrand Kempf

Ces derniers dessins - toujours empreints de sa passion du détail – représentent des enchevêtrements de tours, jardins suspendus, véhicules extraordinaires, abris anti-atomiques ou drakkars entourant des cités lacustres ou des zoos à étages. Les rares arbres dessinés sont des conifères. Peut-être parce que ces arbres ne perdent pas leurs feuilles l’hiver, suggère Dangin, qui rappelle que le travail du cantonnier des Parcs et jardins de la Ville de Paris consistait à ramasser les feuilles.

Que vont devenir ces œuvres ? Pas question de les vendre tableau par tableau, préviennent les Kempf. En revanche, ils rêvent qu’un musée parisien décide de les héberger et de monter des expositions à l’étranger, à Tokyo, à New York… Une bien belle leçon posthume que pourrait ainsi donner Storr, l’autodidacte, aux hommes qui l’ont rejeté de son vivant.

Marcel Storr devant les tours de la Défense qui le fascinaient
Marcel Storr devant les tours de la Défense qui le fascinaient

Exposition Marcel Storr jusqu’au 31 mars Pavillon Carré de Baudouin 121 rue de Ménilmontant - 75020 Paris M° Gambetta Entrée libre du mardi au samedi de 11h à 18h Renseignements : 01 58 53 55 40


"Marcel Storr, Architecte de l’ailleurs" par Françoise Cloarec Editions Phébus

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