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Cinéma

NĂ©nette de Nicolas Philibert

par Laure Menanteau, samedi 3 avril 2010

Nicolas Philibert raconte son projet sur NĂ©nette, seule orang-outan du zoo Ă  ĂŞtre nĂ©e dans son milieu naturel, Ă  BornĂ©o. Pour lui, cela expliquerait la distance qu’elle met entre elle et les visiteurs. A voir le 31 mars 2010.
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Le projet est né un peu par hasard. Ce jour-là, j’étais parti me promener à la ménagerie du Jardin des Plantes. Ça faisait des années que je n’y avais pas mis les pieds.

En entrant dans la « singerie », je suis tombĂ© en arrĂŞt devant la cage des orangs-outans. Quelques visiteurs commentaient bruyamment leurs moindres faits et gestes. Du haut de sa mezzanine, NĂ©nette semblait ailleurs, mais en l’observant plus attentivement, je me suis rendu compte qu’en rĂ©alitĂ©, elle ne perdait pas une miette du spectacle que nous lui offrions, Ă  notre insu…

Voir la bande annonce

Priorité à Nénette.

L’idée du film est née à ce moment-là. Pour moi, c’était un court-métrage de quinze, vingt minutes maximum, mais dès que j’ai commencé à tourner, j’ai senti que ce dispositif en face-à-face allait me permettre de dépasser la durée initialement prévue. Ça s’est confirmé au montage. À partir de là, le film s’est développé tout seul, sans que j’aie à forcer les choses.

Je voulais filmer NĂ©nette de manière frontale, Ă  travers la vitre de sa cage, comme la voient les visiteurs. Capter ces moments troublants, comme suspendus, hors du temps, oĂą elle nous regarde, elle aussi. Bien sĂ»r, j’ai filmĂ© un peu les trois autres, TĂĽbo, ThĂ©odora et TamĂĽ : ils partagent le mĂŞme espace qu’elle ; mais dans le film, je ne leur ai pas fait la mĂŞme place. PrioritĂ© Ă  NĂ©nette.

Et pourtant, Ă  première vue, c’est la plus discrète, celle qu’on remarque le moins. Elle est souvent en retrait, Ă  demi enfouie sous la paille, dans son nid, oĂą elle peut faire de très longues siestes. Elle s’économise, sans doute… vu son âge ! C’est aussi la seule Ă  ne pas ĂŞtre nĂ©e en captivitĂ© mais dans son milieu naturel, Ă  BornĂ©o. Je ne sais pas si c’est liĂ© mais elle est plus distante, elle s’approche rarement, contrairement aux trois autres qui n’hĂ©sitent pas Ă  venir se coller Ă  la vitre. C’est peut-ĂŞtre ce qui m’a plu. Cette prĂ©sence lointaine, teintĂ©e d’indiffĂ©rence, qui lui confère une sorte d’aura, de souverainetĂ© ! Une façon de sĂ©duire sans chercher Ă  sĂ©duire ; de regarder le visiteur sans jamais quĂ©mander quoi que ce soit, et de lui renvoyer sa prĂ©tendue supĂ©rioritĂ©, son voyeurisme Ă  la figure.

Technique : dĂ©sunir l’image et le son

Le film repose d’un bout Ă  l’autre sur une disjonction entre l’image et le son, de sorte qu’on voit les animaux sans jamais les entendre, et qu’on entend les humains sans jamais les voir. Il n’y a pas de contre champ. Pas d’échappĂ©e. La bande son entrelace plusieurs types de paroles : les commentaires spontanĂ©s des visiteurs qui passent - des familles, des couples, des touristes Ă©trangers, une bande d’ados, des promeneurs solitaires, les Ă©tudiants d’une Ă©cole d’art et leur prof de dessin, etc… - Mais j’ai aussi fait parler les soigneurs, en particulier les anciens : ils ont vu grandir NĂ©nette et connaissent son histoire.

Enfin, j’ai proposé à quelques amis d’horizons divers de venir, et j’ai enregistré leurs réactions. Parmi eux, Erik Slabiac et Franck Anastasio, du groupe Les Yeux noirs, sont venus chanter un air de musique tzigane.

Captation et capture

C’est un film sur le regard, la reprĂ©sentation. Une mĂ©taphore du cinĂ©ma, en particulier du documentaire comme captation et comme capture ; puisque filmer l’autre, c’est toujours l’emprisonner, l’enfermer dans un cadre, le figer, dans l’espace et dans le temps.

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