Toutpourlesfemmes.com
Accueil du site > Culture > Expositions > New York : The Cloisters

Expositions

Avec le Club de l’Art

New York : The Cloisters

La collection du sculpteur George Grey Barnard et le mécénat des Rockefeller

lundi 7 mars 2011

Les CloĂ®tres ou Cloisters Ă  New York. Dans cette extension du MET, le visiteur retrouve des collections de l’art mĂ©diĂ©val. Leur environnement des cloĂ®tres d’Europe et recrĂ©Ă©s Ă  Manhattan. Serge Legat, confĂ©rencier au Club de l’Art, nous convie pour cette sixième Ă©tape newyorkaise, dans ce musĂ©e hors norme. Un hommage au passĂ© de la vieille Europe.
impression Envoyer l'article ŕ un ami title=

[sommaire] Par Serge Legat

New York : the Cloisters ou les Cloîtres
New York : the Cloisters ou les CloĂ®tres
The Cloisters Collection

Le musĂ©e des Cloisters est une extension du Metropolitan Museum consacrĂ©e Ă  l’art du Moyen-Age, mais toute la collection mĂ©diĂ©vale n’est pas conservĂ©e aux Cloisters ; il reste quelques Ĺ“uvres au Metropolitan et la rĂ©partition des collections entre les deux sites n’est pas aussi simple qu’il y paraĂ®t.

Les objets d’art du moyen âge au MET

La richesse de cette collection à l’intérieur du Metropolitan est essentiellement due au grand mécène J. Pierpont MORGAN qui fit plusieurs donations exceptionnelles en 1916 et 1917.

Sainte Catherine d'Alexandrie
Sainte Catherine d’Alexandrie
The Cloisters Collection

Cette Statuette de Sainte Catherine d’Alexandrie (1400/1410) fait partie de la donation de 1917. C’est une très belle œuvre parisienne en ronde bosse, d’un grand raffinement, en or, émail opaque (blanc, rarissime) avec des pierres précieuses et des perles.

Elle faisait sans doute partie du décor d’un reliquaire. Le personnage tient d’une main la roue de son supplice et de l’autre un élément disparu qui devait être la palme du martyre.

Issue de la mĂŞme donation voici une Vierge Ă  l’Enfant (1150/1200), d’origine auvergnate, en chĂŞne portant des traces de polychromie. Il s’agit d’une Ĺ“uvre de dĂ©votion qui dĂ©corait une Ă©glise et servait peut-ĂŞtre Ă  des processions. La vierge est assise sur un trĂ´ne mais elle est elle-mĂŞme « trĂ´ne de sagesse divine » avec son fils sur les genoux.

Autre Ă©lĂ©ment : cette Assiette d’époque byzantine (628/630), absolument exceptionnelle puisqu’elle fut dĂ©couverte Ă  Chypre en 1902 avec neuf autres assiettes semblables, en argent massif dont six sont au Metropolitan Museum et les quatre autres au musĂ©e de Nicosie. Ce sont des objets liturgiques ; celle-ci est la plus grande et devait ĂŞtre placĂ©e au centre ; de part et d’autre on avait des assiettes en taille dĂ©croissante.

La gravure sur argent massif est d’une grande qualité. Au centre, elle représente la lutte de David et Goliath, en haut, David défiant le géant et en bas, la mort de Goliath. C’est pour les spécialistes le plus bel exemple de travail byzantin de l’argenterie qui nous soit parvenu.

Sans même parler des Cloisters, nous voyons que la collection du Moyen-Age au Metropolitan Museum est d’une très grande richesse.

++++

Les Cloisters : leur histoire

L’histoire de ce musée est extraordinaire et elle est principalement le fait du mécénat des ROCKEFELLER. En 1925, John D. ROCKEFELLER Junior, donne une énorme somme d’argent au Metropolitan Museum pour pratiquer l’acquisition d’une somptueuse collection de sculpture et d’architecture médiévales réunie par le sculpteur George Grey BARNARD.

Clloître de Saint Guilhem le Désert
Clloître de Saint Guilhem le Désert
The Cloisters Collection

Dès 1914, cet artiste avait rassemblé ses collections dans un immeuble de New York situé sur Fort Washington Avenue. Il était parvenu à recréer une sorte de monastère médiéval à partir de fragments de monastères français ou espagnols auxquels il avait adjoint une très belle collection de sculptures du Moyen-Age.

Dans un premier temps, le MET conserve l’immeuble et crée le musée des Cloîtres. Mais, bien vite, l’espace manque pour accueillir les donations de John D. ROCKFELLER destinées à compléter les collections. En 1931, ce dernier fait l’achat d’un terrain rocailleux au nord de Manhattan et le donne à la ville de New York avec pour mission d’y aménager un parc tout en consacrant les deux hectares à l’extrême nord à la construction d’un nouveau musée des Cloîtres.

Il choisit lui-même l’architecte de ce nouveau bâtiment, Charles COLLENS et lui adjoint les plus grands spécialistes du Moyen-Age. Charles COLLENS se rend en Europe pour s’imprégner de culture française et espagnole, et, à son retour, la construction ne traîne pas puisque l’ouverture au public se fait en 1938.

Les donations de John D. ROCKEFELLER viennent enrichir les collections en particulier dans le domaine des tapisseries. Par la suite, une politique d’achat est mise en place qui complète cet ensemble extraordinaire.

Cinq cloĂ®tres sont recrĂ©Ă©s : ceux de Saint-Michel-de-Cuxa, Saint-Guilhem-le-DĂ©sert, Bonnefont-en-Comminges, Trie-en-Bigorre et Froville.

Ils ont été achetés par George Grey BARNARD alors qu’ils étaient à l’abandon, désertés à la suite de la Révolution et pillés par la population locale. C’est donc un véritable sauvetage. Les parties manquantes ont été reconstituées avec des matériaux identiques et des techniques traditionnelles, à la main.

Saint-Michel-de-Cuxa
Saint-Michel-de-Cuxa
The Cloisters Collection

Voici le plus beau et le plus grand, celui de Saint-Michel-de-Cuxa (XIIème siècle), monastère fondĂ© en 878 aux pieds du mont Canigou. La sculpture des chapiteaux est exceptionnelle car d’une grande variĂ©tĂ© dans ses motifs : vĂ©gĂ©tation, animaux, motifs de tissus orientaux, etc.

++++

Les objets d’art

Certains objets font partie de la collection des Cloisters mais se trouvent exposĂ©s au Metropolitan en voici trois : Ce Buste de dame noble (Vème/VIème siècle- marbre) est une Ĺ“uvre du premier âge d’or byzantin, sous l’empereur Justinien. Elle est entrĂ©e dans la collection en 1966. Sa coiffure ainsi que le rouleau impĂ©rial qu’elle porte Ă  la main nous portent Ă  croire qu’il s’agit d’une personne de l’entourage de l’empereur. Il y a un paradoxe dans la reprĂ©sentation entre le modelĂ© très naturaliste du visage et le regard absolument fixe. Peut-ĂŞtre une distance observĂ©e par l’artiste vis-Ă -vis d’un modèle de haut rang.

Le calice d'Antioche
Le calice d’Antioche
The Cloisters Collection

Le deuxième objet, très célèbre, que l’on appelle Le calice d’Antioche (Syrie, VIème siècle) est une coupe en argent et vermeil découverte en 1910 et entrée en 1950 dans la collection des Cloisters. C’est une coupe en argent massif, sans décor, emprisonnée dans une résille en vermeil.

Lors de sa dĂ©couverte, on a cru avoir affaire au Saint Graal : la coupe aurait Ă©tĂ© mise dans cet Ă©crin de vermeil, postĂ©rieurement en raison de son caractère sacrĂ© ; le Christ est d’ailleurs reprĂ©sentĂ© sur le dĂ©cor en vermeil. Mais cette hypothèse ne rĂ©sista pas aux analyses qui prouvèrent que la coupe et le dĂ©cor Ă©taient de la mĂŞme Ă©poque, le VIème siècle.

C’était peut-ĂŞtre tout simplement une lampe Ă  huile. Les recherches se poursuivent autour de cet objet. Enfin, voici une Plaque en Ă©mail limousin (XIIème siècle) reprĂ©sentant la PentecĂ´te. La technique est exceptionnelle : Ă©mail champlevĂ© sur cuivre dorĂ©. Elle est entrĂ©e dans les collections en 1965. Le musĂ©e possède une des plus belles collections en Ă©maux limousins. La reprĂ©sentation des apĂ´tres est d’une intelligence Ă©tonnante : comme l’espace ne permet pas de tous les reprĂ©senter, certains sont cachĂ©s derrière les six en premier plan mais on les devine grâce aux rayons de lumière dispensĂ©s par la main divine.

Continuons avec des objets qui sont bien exposĂ©s au musĂ©e des Cloisters : Cette Plaque d’ivoire reprĂ©sentant Saint Jean L’EvangĂ©liste assis (IXème siècle) est un merveilleux exemple de l’art carolingien. Elle est liĂ©e au couronnement de Charlemagne qui a marquĂ© la relance d’une politique de mĂ©cĂ©nat entraĂ®nant une vĂ©ritable renaissance artistique en Europe. C’est sans doute un fragment de triptyque.

La croix des cloîtres
La croix des cloîtres
The Cloisters Collection

La croix des CloĂ®tres (milieu du XIIème siècle) est un magnifique travail de l’ivoire, de facture anglaise. C’est de l’ivoire de morse avec des traces de polychromie. L’ensemble reprĂ©sente l’arbre de vie ; elle est sculptĂ©e sur les deux faces d’une centaine de figures minuscules et d’environ soixante inscriptions en latin et en grec. C’est un formidable travail de miniaturisation. Il manque la figure du Christ crucifiĂ© dont on devine l’emplacement grâce Ă  des petits trous. MĂŞme ce qui Ă©tait cachĂ© par le Christ est sculptĂ©. Elle provient probablement d’une abbaye du Suffolk, Bury Saint Edmunds.

Ce superbe Crucifix (1150/1200) est espagnol ; toutes les Ă©coles mĂ©diĂ©vales sont reprĂ©sentĂ©es aux Cloisters. C’est une Ĺ“uvre en chĂŞne et pin avec des traces de polychromie qui est entrĂ©e en 1935. Il devait dĂ©corer le couvent de Sainte Claire, près de Valence. C’est un chef-d’œuvre de l’art roman. De plus, l’iconographie est très rare : ce n’est pas un Christ souffrant couronnĂ© d’épines mais un Christ aux yeux grand ouverts, portant une vĂ©ritable couronne : c’est la reprĂ©sentation du Christ « Roi des cieux ».

Les vitraux

Les Cloîtres : vitraux
Les CloĂ®tres : vitraux
The Cloisters Collection

La collection de vitraux est Ă©galement très belle. Un exemple avec ces Vitraux du Rhin (1440/47) fabriquĂ©s dans la rĂ©gion de Cologne pour dĂ©corer l’église Saint SĂ©verin Ă  Boppard-sur-le-Rhin. C’est un magnifique travail du Gothique tardif. Ils reprĂ©sentent trois personnages : Sainte Catherine d’Alexandrie avec la roue de son supplice, Sainte DorothĂ©e et le Christ-enfant qui lui offre une corbeille de roses et Sainte Barbe avec sa tour.

++++

Les tapisseries

Tapisserie e la Licorne
Tapisserie e la Licorne
The Cloisters Collection

La Tapisserie des neuf preux (France-1385- laine) a Ă©tĂ© donnĂ©e au musĂ©e par John D. ROCKEFELLER en 1947. Elle est magnifique mais malheureusement incomplète ; les fragments manquants sont introuvables. Chaque tapisserie reprĂ©sente un hĂ©ros en son centre entourĂ© de nombreuses petites figures qui sont des personnages de cour de l’époque : ecclĂ©siastiques, chevaliers, dames, musiciens, troubadours, etc. Y figurent les armes de Jean de BERRY, le frère du roi Charles V ; la sĂ©rie a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e pour lui. Les hĂ©ros reprĂ©sentĂ©s Ă©taient :

- trois hĂ©ros paĂŻens : Alexandre le Grand, Jules CĂ©sar et Hector (disparu),
- trois hĂ©ros hĂ©breux : Joshua, David et Judas MaccabĂ©e (disparu),
- trois hĂ©ros chrĂ©tiens : Arthur, Charlemagne (disparu) et Godefroy de Bouillon (disparu).

La Tapisserie à la Licorne (Bruxelles-1495/1505- laine, soie, métaux précieux) a été offerte par John D. ROCKEFELLER en 1937. C’est généralement la préférée des visiteurs. Le thème est la chasse à la licorne et nous voyons là la dernière scène, celle de la licorne ressuscitée. Il s’agit en réalité d’une symbolique christique car la licorne ressuscitera comme le Christ. On pense que cette série a été réalisée pour un cadeau de mariage, la symbolique correspond et il y a de nombreux symboles d’amour et de fertilité dans la faune et la flore représentées.

Les manuscrits

Les belles heures du Duc de Berry
Les belles heures du Duc de Berry
The Cloisters Collection

La collection est somptueuse : le plus beau est peut-ĂŞtre celui des Belles heures du Duc de Berry (1400/1416), entrĂ© en 1954 dans la collection. C’est un travail des frères de LIMBOURG. C’est un ouvrage exceptionnel avec 94 miniatures en pleine page et un jeu de dĂ©coration magnifique. La peinture, a tempera et Ă  la feuille d’or est d’une qualitĂ© remarquable, Ă  l’égal de la peinture de chevalet. Voici un exemple : Saint Paul ermite regardant avec horreur un jeune homme chrĂ©tien qui se laisse tenter par une femme. On y voit un sens du volume et de l’espace qui montre que les artistes ont une bonne connaissance de la peinture italienne.

Beaucoup plus ancien, voici une feuille d’un manuscrit espagnol du XIIème siècle représentant le Christ en majesté entouré d’anges (1180- tempera et or sur parchemin). C’est un commentaire sur l’apocalypse qui provient d’un monastère de Burgos. Il est entré très récemment dans les collections du musée, en 1991.

++++

La peinture

Le Tryptique de Mérode
Le Tryptique de MĂ©rode
The Cloisters Collection

Elle est très peu représentée aux Cloisters car pour des raisons de conservation, on préfère garder les tableaux au MET. Cependant, le musée possède un grand chef-d’œuvre qui a une salle pour lui tout seul, Le triptyque de Mérode (1425-huile sur bois) de Robert CAMPIN (Valenciennes, 1378/79-Tournai, 1444).

Il a été acheté en 1956 et son départ a provoqué un scandale dans les pays flamands car c’est vraiment une œuvre majeure. Le panneau central représente une Annonciation, à gauche on trouve les donateurs, à droite saint Joseph travaillant dans son atelier. La technique à l’huile est exceptionnelle avec des glacis complètement translucides et, en sous-couches, encore des pigments à l’eau.

Tryptique de Mérode - détail
Tryptique de Mérode - détail
The Cloisters Collection

La scène centrale se dĂ©roule dans un intĂ©rieur flamand bourgeois du XVème siècle : c’est l’expression du naturalisme flamand. CAMPIN est le maĂ®tre de VAN DER WEYDEN mais son art est plus brutal, plus monumental, sans recherche de joliesse.

La perspective est un peu bancale mais le traitement des dĂ©tails est extraordinaire. Tout est symbole dans les objets ordinaires reprĂ©sentĂ©s : les lys blancs symboles de la puretĂ© de la Vierge, la bougie Ă©teinte qui signifie que le Christ n’est pas encore lĂ , etc. En regardant de très près au-dessus de l’archange, on voit dans la lumière divine, la croix reprĂ©sentĂ©e, symbole de la Passion Ă  venir. La Vierge, très rĂ©servĂ©e, lit la Bible enveloppĂ©e dans un linge blanc.

Tryptique de Mérode - détail
Tryptique de Mérode - détail
The Cloisters Collection

Dans le panneau de droite, Saint Joseph est représenté dans son appentis, entouré d’objets liés à son métier de charpentier. Il est en train de fabriquer une souricière, la souris étant à l’époque un symbole du mal. En arrière plan, il y a une merveilleuse représentation d’une ville flamande du XVème siècle, avec des détails d’une grande minutie. Il s’agit vraiment ici d’une œuvre majeure de la peinture flamande.

Nous avons donc pu voir combien la collection d’art médiéval est riche, tant au Metropolitan Museum lui-même qu’aux Cloisters. A travers ces collections où l’art européen est somptueusement représenté, c’est un grand hommage qui est rendu au passé de la vieille Europe par un jeune pays, les Etats-Unis d’Amérique.

Expositions

Les derniers articles > Tous les articles
Toute l'actualité de Toutpourlesfemmes.com
en temps rĂ©el et gratuitement