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Nuits d’ivresse printanière

Prix du meilleur scenario à Cannes 2009

par Thomas Martinez, mercredi 14 avril 2010

Nuits d’ivresse printanière, film de Lou Ye a reçu le Prix du meilleur scénario au festival de Cannes en 2009. Il sort en salles le 14 avril. Tourné clandestinement en Chine, monté et post-produit en Île-de-France, le long-métrage invite à suivre les errances amoureuses de jeunes protagonistes dans les nuits de Nankin.
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L’histoire. Luo Haitao est engagé par Lin Xue pour espionner son mari, Wang Ping, qu’elle soupçonne d’infidélité. Il découvre que l’époux a un amant, Jiang Cheng. C’est avec lui que Luo Haitao et Li Jing, sa petite amie, se jettent alors à corps perdu dans une folle équipée amoureuse. C’est pour tous trois le début de nuits d’ivresse suffocantes, qui égarent l’esprit et exaltent les sens. Un sulfureux voyage aux confins de la jalousie et de l’obsession amoureuse.

Entretien avec Lou Ye

Lou Ye
Lou Ye

Votre premier film, WEEK END LOVER, en 1994, a connu la censure. Le deuxième, SUZHOU RIVER, tourné clandestinement dans les rues de Shanghai et interdit en Chine, a reçu le grand prix au Festival de Rotterdam. Quant à UNE JEUNESSE CHINOISE,présenté à Cannes en 2006 et qui abordait les événements de Tienanmen de 1989, il vous a valu cinq ans de « bannissement ». Où en êtes-vous aujourd’hui avec les autorités de votre pays ?

La situation n’a pas tellement évolué. J’ai commencé à travailler sur le scénario de NUITS D’IVRESSE PRINTANIÈRE dès que j’ai terminé UNE JEUNESSE CHINOISE. Le problème auquel j’ai été aussitôt confronté est celui de la timidité, pour ne pas dire plus, des producteurs. Dans la mesure où j’avais été « banni », interdit de réalisation pendant cinq ans, ils ne voyaient pas pourquoi ils financeraient un nouveau film qui de toutes façons ne pourrait être projeté dans les salles chinoises. Ils me répondaient tous : « Rendez-vous dans cinq ans ! ».

Heureusement, j’ai finalement trouvé les fonds nécessaires grâce au système de financements cinématographiques français, et la partie manquante, à Hong Kong.

A Cannes, en 2006, tout ce qui s’est produit autour de la venue in extremis de UNE JEUNESSE CHINOISE, le secret, la censure, les poursuites, les mouvements d’agitation médiatique qui vous ont entouré, vous ont-il été bénéfiques ou nuisibles ? A l’époque, je pensais que ce n’était ni bon ni mauvais. Mais après avoir semé le trouble, nous avons été interdits de tournage pendant 5 ans. Au début, j’étais en colère contre le Bureau du Cinéma, l’instance décisionnaire chinoise en matière de liberté d’expression, et je l’ai fait savoir. Ce qui a aggravé mon cas. Maintenant, ça va, puisque je n’ai plus aucun lien avec le Bureau du Cinéma. Chacun reste dans son coin !

On peut comprendre les ennuis de UNE JEUNESSE CHINOISE brisant un tabou en montrant la répression de la place Tienanmen. Bien que cela ne soit pas son véritable sujet, ne peut-on penser que NUITS D’IVRESSE PRINTANIÈRE brise un autre tabou, celui de l’homosexualité masculine ?

Je suis beaucoup plus libre qu’avant. Lorsque j’étais occupé à l’écriture, à la préparation de UNE JEUNESSE CHINOISE, j’avais beaucoup de discussions avec les producteurs. Nous étions dans une situation très délicate et nous avons dû user de tous les stratagèmes pour passer entre les mailles de la censure. Cette fois, je n’ai pas eu à me poser la question, je me suis senti complètement libre puisque je n’ai plus aucune relation avec quelque instance gouvernementale que ce soit.

Est-ce que c’est difficile d’être homosexuel en Chine ? Comment les gens réagissent-ils face à l’homosexualité ?

Je ne suis peut-être pas le mieux placé pour répondre à cette question. Je pense que, comme pour beaucoup de choses, ce n’est pas facile.

Mais c’est plus simple qu’au siècle dernier. Dans le document Chinese Mental Health Regulations daté de 2001, l’homosexualité est encore qualifiée de maladie mentale. Mais, en 2005, il y a eu un véritable dialogue entre le Ministre adjoint à la Santé et les associations d’homosexuels et de lutte contre le sida. C’est un énorme pas en avant, même si de nombreux problèmes restent à résoudre.

Le film est un film d’amour, un amour entre deux hommes jeunes. Au milieu, désemparée, l ’épouse trompée. NUITS D’IVRESSE PRINTANIÈRE ne peut-il s’apparenter à un JULES ET JIM… inversé ?

Oui, c’est bien ce que j’ai voulu faire, une histoire d’amour, de désir, et la référence à JULES ET JIM n’est pas fortuite, c’est un film que j’admire profondément.

voir la bande annonce du film

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