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Priscilla Telmon : Sur les pas d’Alexandra David-Neel

une exploratrice de l’âme et du temps

par Veronique Guichard, mercredi 22 décembre 2010

Il y a 4 ans, Priscilla Telmon part d’HanoĂŻ, lĂ  oĂą Alexandra David-Neel avait Ă©tĂ© cantatrice, direction Lhassa au Tibet, pour arriver au Bengale. "Entre temps, un peu de marche". 5000 kilomètres. A 31 ans, ce n’est pas sa première aventure. Ses pĂ©riples ont commencĂ© dans les livres de la bibliothèque familiale. Une rencontre la foudroie : les rĂ©cits de voyages d’Alexandra David-Neel. "Moi aussi je le ferai." se promet-elle. Elle a 14 ans.
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Une jeune femme chaleureuse

Priscilla
Priscilla

Priscilla court, court. D’habitude, elle marche loin et longtemps. Mais nous sommes à une semaine de l’exposition Himalayas (26 décembre) au Musée Branly où elle donnera une conférence lors de la semaine culturelle. Une exposition de ses photos aura lieu au MK2 Bibliothèque dès janvier. Le recueil de ces mêmes photos sort. Et elle vient de déménager, ce qui est très stressant même pour une exploratrice comme elle.

Priscilla, jolie femme chaleureuse, a le regard de ceux qui ont vécu en communion avec la nature. L’exploratrice, réalisatrice et photographe (entre autres), a les gestes de ceux qui ne vous donnent pas la main, machinalement, mais pour vous transmettre toute leur empathie.

La montagne du Kawa Kharpo© Priscilla Telmon
La montagne du Kawa Kharpo© Priscilla Telmon
La montagne du Kawa Kharpo, « le cavalier des neiges », marqua en 1923 l’entrĂ©e au Tibet pour Alexandra et Yongden lors de leur pĂ©riple vers Lhassa. © Priscilla Telmon

Pourtant elle n’a pas hĂ©ritĂ© du chromosome « voyage ». Son père, Ă©diteur et sa mère, peintre sont plus des intellectuels curieux du monde en chambre que des grands et lointains chemins. Ils sentent que le besoin d’ailleurs de leur fille, « malheureuse de Paris », n’est pas une simple lubie de jeunesse rebelle. Ils la laissent partir en camp, au Canada pour construire des cabanes Ă  11 ans. Plus attentive Ă  la course des nuages qu’aux paroles des professeurs, Priscilla « trĂ©pigne » de dĂ©couvrir l’école de la vie. Pour « ĂŞtre tranquille », elle passe son bac et un DEUG d’ethnologie puis suit des Ă©tudes d’ethno-mĂ©decine (mĂ©decines douces) par correspondance. Le virus du « voir en vrai » le monde, la titille.

L’appel des grands espaces

A 19 ans, elle frappe aux portes des rĂ©dactions. Le Figaro magazine lui fait confiance. Elle partage son temps entre missions humanitaires et reportages. Les Ă©tudes thĂ©oriques ne sont pas pour elle. Elle apprend sur le tas, très vite, du journalisme Ă  la photo en passant par le cinĂ©ma, « on ne peut prendre de mauvaises habitudes puisqu’on n’en a pas. » Elle va de dĂ©couvertes en dĂ©couvertes, rencontre des fondus des grands espaces, comme SylvainTesson.

Tous les deux partent pour 3000 km dans les steppes, Ă  cheval, alors que ni l’un ni l’autre ne connaissent le cheval que d’un « manège dans la forĂŞt de Rambouillet". Sept mois en Asie Centrale. Quelques temps plus tard, après d’autres Ă©missions de tĂ©lĂ©vision et d’autres reportages, elle sent que le temps est venu de partir pour le Tibet.

Le bain rituel © Priscilla Telmon
Le bain rituel © Priscilla Telmon
Le bain rituel du matin dans la mer prodigue l’abondance, la fertilité et la prospérité puisque toutes les rivières sacrées rejoignent l’océan. Sorties de l’eau, les femmes font sécher leurs saris au vent avant les premiers rayons de soleil. © Priscilla Telmon

Elle ressent le besoin de voir la situation actuelle de la rĂ©gion, d’évoquer aussi le pĂ©riple de la solitude. « Le voyage a grandi en toi », sans y penser.

Endurant et caméléon

La prĂ©paration est courte. Le superflu est vite Ă©liminĂ©, il faut ĂŞtre lĂ©ger et essayer d’éloigner le risque et le danger. Dans le sac, le plus important : le matĂ©riel photo, camĂ©ra, pellicules, une tente de 1kg « pour les tempĂŞtes de neige », un sac de couchage, un change et voilĂ  !

Priscilla © Pierre Perrin
Priscilla © Pierre Perrin
J 164, Km 3700, ALT 4718, Namtso, Tibet Les nomades d’Himalaya sont des peuples marcheurs. Y a-t-il un autre moyen pour se dĂ©placer dans ces massifs ? C’est donc naturellement Ă  pied que j’ai arpentĂ© ces Ă©tendues. © Pierre Perrin

Elle emporte aussi de la poĂ©sie et des cahiers en papier de riz, pour plus de lĂ©gèretĂ©, pour Ă©crire. « Sinon les pensĂ©es s’emmĂŞlent ». Et puis on marche.Un pas après l’autre, un kilomètre, puis deux. 50 et 100, on trouve son rythme. Puis le corps ne peut plus s’en passer et on avance sans s’en rendre compte. Ici pas de record Ă  battre. « Il faut ĂŞtre endurant et camĂ©lĂ©on. » Plein nord, puis plein ouest et plein sud. Cela semble si simple. « Tu vis avec les pèlerins, les muletiers. Le moindre moment est dense. Cela fait vieillir beaucoup. On ressent l’intensitĂ© de la vie, très fort. »

Une démarche de dépouillement

Priscilla ne dit pas « je » en dĂ©crivant ses sensations, mais « tu ». Comme si , toi, moi, nous aussi, nous Ă©tions en chemin avec elle. « Tu pardonnes, tu rĂ©flĂ©chis, tu es en communication avec la nature. Quelquefois, la grâce est lĂ  au dĂ©tour d’un chemin. » Elle est fière de garder la capacitĂ© de l’enfant qui s’émerveille d’un rien. « La marche est un travail de recueillement, une dĂ©marche d’être dans le dĂ©pouillement, de vivre l’instant. L’esprit, le cĹ“ur et l’âme sont plus alignĂ©s. Je me sens plus ancrĂ©e dans la vie. »

Femme de l'ethnie des Hmong noirs© Priscilla Telmon
Femme de l’ethnie des Hmong noirs© Priscilla Telmon
Femme de l’ethnie des Hmong noirs, appelés depuis plusieurs siècles Miao en Chine. Environ trois millions d’entre eux sont dispersés depuis le Viêtnam, le Laos, La Thaïlande, le Myanmar jusqu’au sud-ouest de la Chine. © Priscilla Telmon

Priscilla se nourrit de ses expĂ©riences pour devenir « l’être le meilleur ». Elle emprunte un temps la vie des gens qu’elle rencontre. C’est aussi pour ça qu’elle a besoin de temps. Pour connaĂ®tre, pour comprendre, pour vivre. « Je suis dans la lenteur. » Quatre ans après son voyage, elle a laissĂ© le temps Ă  ses souvenirs de mĂ»rir pour en tirer un recueil de photos. Un livre de textes, cette fois, sortira au printemps chez Robert Laffont.

Elle ne peut s’empĂŞcher de citer un auteur, encore un, qui lui semble rĂ©sumer ce qu’elle ressent : « Il y a plus de merveilles en ce monde que n’en peuvent contenir tous nos rĂŞves. »(Shakespeare, Hamlet)

L’exploratrice du monde et des ĂŞtres, comme elle aime Ă  qualifier sa profession, trouve qu’elle fait "le plus beau mĂ©tier du monde, n’est-ce pas ?"

Mercredi 29 dĂ©cembre, Ă  partir de 14h30 en dĂ©dicace Ă  la librairie MusĂ©e du Quai Branly dans la cadre de la semaine « L’Himalaya des aventuriers ».
 ConfĂ©rences le 26 et le 30 dĂ©cembre Ă  16h, le 29 dĂ©cembre Ă  partir de 14h30 en dĂ©dicace Ă  la librairie du MusĂ©e du Quai Branly dans le cadre de la semaine culturelle "L’Himalaya des aventuriers".

Exposition au MK2 Bibliothèque du 19 janvier 2011 au 30 mars 2011 Paris 13e .

La chevauchée des steppes, Robert Laffont Sylvain Tesson et Priscilla Telmon

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