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Mai 68

Quarante ans plus tard

Réflexions d’une soixante-huitarde de vingt ans

Par Lyne Cohen-Solal, conseillère municipale, adjointe au maire de Paris

samedi 3 mai 2008

« Nous ressentions très fort le besoin de mettre notre société à l’heure : ouverture, tolérance, convivialité, solidarité, place aux femmes. »
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Pour nous, nés juste après l’abominable guerre, nous qui n’avions plus de raison d’avoir peur d’un conflit, nous qui avions été aimés, cajolés, gâtés après tant de souffrances et de privations, nous voulions nous révéler à nous-mêmes et parler à notre tour.

Elevés dans l’ère de la consommation enfin retrouvée (les glorieuses) mais avec des principes et des structures sociales de l’avant-guerre, nous avons ressenti très fort le besoin de mettre notre société à l’heure : ouverture, tolérance, convivialité, solidarité, place des femmes.

« Nous sommes tous des juifs allemands », ce slogan en l’honneur de Daniel Cohn-Bendit révèle une face peu mise en valeur dans les lectures de mai 68, celle des enfants d’après la Shoah, celle de l’après horreur. Sans doute souhaitions-nous tourner la page de la guerre sans l’oublier, changer une société qui avait pu assister à cette ignominie et en restait pétrifiée.

Nous voulions un futur dont nous serions fiers

Notre pays se modernisait économiquement très vite sans que les moeurs changent vraiment, sans que les relations entre les gens ni les lois ne soient modifiées. Le mouvement de mai a fait bouger, mieux, il a réveillé notre société. Elle était méfiante, étriquée, nous la voulions vivante, chaleureuse. Nous voulions nous projeter dans un monde différent, nous voulions un monde dont nous serions fiers, nous voulions pouvoir parler de nous au futur.

Nous avions 20 ans et, tout à coup, devant nous, tout devenait ouverture, liberté, rencontres, échanges et enthousiasme à partir de quelques jours de manifestations, immédiatement qualifiées de « chienlit ». D’où le slogan clé en réponse « il est interdit d’interdire ». Car, souvenons-nous, à l’époque, la société de notre pays était vieillotte, bourrée de certitudes, bref étouffante pour les jeunes que nous étions. Très souvent, comme beaucoup d’autres, je me demandais : ai-je une place dans ce pays qui semble ne pas m’attendre ? Où trouver un espace alors que tout semble plein, fini ?

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