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Cinéma

Sortie le 2 juin 2010

Sweet Valentine d’Emma Luchini

par Floria-Rose David, samedi 29 mai 2010

Emma Luchini , la fille du célèbre acteur Fabrice Luchini réalise Sweet Valentine une comédie dramatique française qui sortira le 2 juin. Entretien avec la réalisatrice.
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L’histoire

Ivan, bandit sans envergure, croise le chemin de Sonia, jeune provinciale fraĂ®chement arrivĂ©e Ă  Paris. Dès le premier regard, il la dĂ©teste. Dès le premier regard, elle s’entiche follement de lui. C’est dĂ©cidĂ© : cet homme cruel sera son prince charmant, son hĂ©ros, l’homme de sa vie. Et si Ivan a la haine tenace, Sonia a la patience d’un ange. Ou celle d’un dĂ©mon.

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Entretien avec Emma Luchini

Comment est nĂ© le film ?

J’étais en train de lire « Crime et Châtiment », et je me demandais de quelle nature pouvait ĂŞtre l’amour d’une femme prĂŞte Ă  pousser l’homme qu’elle aime en prison pour son bien, quitte Ă  se priver de lui jusqu’à la fin de sa vie.

Très pragmatique, je me suis dit : « Mais elle est bĂŞte, s’il va en prison elle ne le reverra plus ». Ça m’a paru contradictoire. Et pourtant, cette abnĂ©gation, cet amour sans ego, sans narcissisme, proche de la compassion, a quelque chose de fĂ©minin, d’incomprĂ©hensible et de fascinant. Ce point de dĂ©part m’a amenĂ©e Ă  une rĂ©flexion sur le couple et sur l’impossibilitĂ© – ou la difficultĂ© – d’être ensemble.

IllustrĂ©e par la phrase de Lacan : « Aimer, c’est vouloir donner quelque chose qu’on n’a pas Ă  quelqu’un qui n’en veut pas »â€¦

Qui est Sonia ?

Je voulais qu’elle ait quelque chose d’un peu magique. Au dĂ©but du film, comme tous les anges gardiens, elle ne ressemble Ă  rien, on ne la remarque pas. Puis, progressivement, on se rend compte qu’elle sait tout faire, un peu comme Charlot : aussi bien parler polonais pour aider Ivan dans ses magouilles que faire du trapèze quand elle se retrouve dans un cirque.

Par sa discrétion et ses talents multiples, elle s’immisce peu à peu dans la vie d’Ivan, devient indispensable, jusqu’à apparaître, une nuit, comme la manifestation de sa conscience. Le spectateur peut se demander si elle existe vraiment, ou si elle n’est qu’un fantasme.

Vos personnages sont des obsessionnels. En tout cas, ils sont tous entiers dans leur nĂ©vrose ! Ils n’ont aucun recul sur leur situation. Ça me touche, une personne qui s’accroche, comme Ivan, Ă  sa quĂŞte de perfection. Nous, on voit bien que son obsession est une façon de ne pas voir le vrai problème, mais lui ne s’en rend pas compte. Je trouve que c’est Ă  celui qui Ă©crit et celui qui regarde d’avoir du recul. Si le personnage se met Ă  en avoir lui aussi, ça devient une association de gens raisonnables et ça n’a plus d’intĂ©rĂŞt.

Comment s’est passĂ© le casting ?

Pour le rôle d’Ivan, je recherchais un homme très viril, une sorte d’Anthony Quinn dans La Strada. Vincent Elbaz incarne bien cette virilité, et représente le genre d’homme qu’a priori on ne peut pas mater. De plus, il apporte au personnage d’Ivan une dimension burlesque, poétique, ce qui est important car le film reste avant tout une fable.

Vincent ne ressemble pas aux gens que l’on rencontre tous les jours : s’il rentre dans un cafĂ©, on le remarque. Pour Vanessa David, Gilles Cohen, ChloĂ© Mons, c’est pareil : il y a une dĂ©mesure ou une Ă©trangetĂ©. Je crois qu’en anglais on dit « bigger than life ». Ça a Ă©tĂ©, en tout cas, mon critère de recherche.

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