Turin, capitale royale baroque et capitale mondiale du designLa plus méconnue des grandes villes italiennes par Catherine Bardon, dimanche 6 juillet 2008 Turin, capitale du baroque, capitale mondiale du design est la plus méconnue des villes italiennes. Sa renommée de ville industrielle lui colle encore à la peau. Ce que l’on sait peu, c’est que la capitale du Piémont recèle de véritables trésors d’architecture, d’œuvres d’art et de gourmandises. Au confluent du Pô et de la Dora, cette ville olympique à dimension humaine, sort de l’ombre. Discrète, sobre parfois jusqu’à l’austérité, mais toujours élégante, Turin n’affiche pas insolemment ses atours, comme ses brillantes voisines, Milan, Rome ou Florence. Tout en nuances, l’art de vivre turinois, un des plus séduisants d’Italie, est fait de retenue et d’une discrétion de bon aloi qui se déchiffre jusque dans l’architecture. |
Turin l’insaisissable

« Pour comprendre Turin, me confie Laura, guide et amoureuse de sa ville natale, il faut savoir que tout y est caché. Turin n’étale pas ses richesses, il faut les mériter » Les plus belles demeures se protègent derrières d’austères murs de briques et on ne découvre leur richesse qu’une fois à l’intérieur ; les cafés historiques ne dévoilent leurs salles habillées de marbre, de dorures, de stuc et de lustres de cristal qu’une fois franchi le seuil d’un modeste bistrot de province. Turin est la ville italienne qui compte le plus de Ferrari et pourtant je n’en verrai aucune dans les rues. Versace a dû fermer boutique, verdict sans appel : mode trop tape à l’œil, Hermès est la marque favorite des Turinois. Seule l’époque Liberty a réussi à laisser quelques belles empreintes excentriques sur le corso Francia. La tâche n’est donc pas aisée pour un visiteur qui musarderait nez au vent ; il faut être initié, il faut aller au-delà des apparences !
Un baroque tout en retenue

Première capitale royale italienne, Turin est un modèle d’harmonie, de symétrie, de rigueur et de tranquille assurance avec son tracé urbain au cordeau, ses rues où tous les édifices de même hauteur, bâtis à l’identique, se reflètent comme dans un jeu de miroirs. Point de marbre, rien de clinquant, la brique nue omniprésente dans un style baroque très sobre. Mais sous ce visage de ville raisonnable, est tapie une perle baroque.

Turin la discrète dissimule ses innombrables palais royaux, ses nobles demeures et ses foisonnantes églises baroques derrière des façades modestes et anonymes au-delà desquelles se dévoilent d’incroyables richesses. Ainsi l’église San Lorenzo de Guarino Guarini ne se devine qu’à sa coupole et cache une débauche de trésors baroques à couper le souffle.
Une ville qui ne craint pas d’afficher ses paradoxes

Contrastes entre les cafés branchés tels le Mood, café librairie aux allures lounge ou le Hafa Café à l’ambiance italo-mauresque, et les petits « caffés » centenaires où brillent lustres de Murano et comptoirs à l’ancienne.
Contrastes entre le faste intérieur des palais baroques et la sobriété des collections d’art contemporain qu’ils abritent, tel palais de Rivoli du XVII qui est l’écrin du plus grand musée d’art contemporain italien.
Contrastes encore entre les styles qui se font écho, baroque retenu ou échevelé, lignes strictes de l’architecture industrielle, arabesques du Liberty…
