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Turner et ses Peintres - Paris

par Nicole Salez, mardi 23 février 2010

Après avoir Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e Ă  Londres et avant d’aller Ă  Madrid, l’exposition "Turner et ses peintres" s’installe Ă  Paris du 24 fĂ©vrier au 24 mai 2010 dans les Galeries nationales du Grand Palais. Elle rassemble près de 100 tableaux et Ĺ“uvres graphiques (Ă©tudes, gravures) provenant de grandes collections britanniques et amĂ©ricaines, des musĂ©es du Louvre, du Prado, et de Londres qui permettent de confronter l’oeuvre du grand peintre romantique britannique avec celle de ses maĂ®tres et contemporains. Turner, son impĂ©rieuse exigence de peintre, la lumière inimitable de ses tableaux, tout pour ĂŞtre bousculĂ© par son souffle puissant et tempĂ©tueux.
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La Plage de Calais, à marée basse, des poissardes récoltant des appâts (détail) Joseph Mallord William Turner (1830) Huile sur toile, 73 x 107 cm, Bury Art Gallery, Museum & Archives © Bury Art Gallery, Museum & Archives, Lancashire

Cette exposition est organisée par la Réunion des musées nationaux, le musée du Louvre, Paris, la Tate Britain, Londres et le Musée du Prado, Madrid. Elle a été présentée à la Tate, Londres du 23 septembre 2009 au 31 janvier 2010. Elle sera ensuite présentée au musée du Prado, Madrid du 22 juin au 19 septembre 2010.

La profonde singularitĂ© du peintre de paysages britannique J.M.W. Turner (1775-1851) s’est nourrie de son dialogue avec la peinture tant des maĂ®tres anciens que des ses contemporains tout au long de sa très longue carrière. Ce dialogue, souvent inquiet, pointilleux, volontiers compĂ©titif mais toujours fĂ©cond, a nourri le parcours exigeant du peintre. Dès ses dĂ©buts, au milieu des annĂ©es 1790, Turner se montre un aquarelliste particulièrement douĂ© et ambitieux rivalisant avec les plus grands de ses contemporains (dont son ami Thomas Girtin (1775-1802) mais aussi avide de maĂ®triser la technique picturale en s’inspirant du paysagiste gallois Richard Wilson (1713-1782) et en visitant les premières collections privĂ©es britanniques qui, en l’absence de musĂ©e, dĂ©tiennent les Ĺ“uvres des maĂ®tres anciens que Turner brĂ»le d’égaler. Tout jeune encore, il fond en larmes devant un tableau de Claude le Lorrain (1600-1682), dĂ©sespĂ©rant de faire aussi bien. RemarquĂ© par ses pairs, il expose très jeune Ă  la Royal Academy et joue volontiers Ă  l’émulation avec ses contemporains tant peintres qu’aquarellistes. Son ambition impĂ©rieuse, le pousse Ă  sans cesse Ă©tendre le vaste champ de ses connaissances artistiques et de ses champs d’investigation : aquarelles topographiques, marines, paysages classiques, paysages fantastiques, voire scènes de genre ou peintures d’histoires. La variĂ©tĂ© de ce parcours s’appuie sur la variĂ©tĂ© des rĂ©fĂ©rences que cet avide gĂ©nie sait rassembler.

Appliquant d’abord fidèlement les mĂ©thodes de la jeune tradition des aquarellistes anglais, Turner aborde la peinture en suivant avec application l’exemple des paysagistes hollandais rembranesques dans une gamme chromatique sombre et encore restreinte. L’exemple stimulant et dĂ©jĂ  classique de son grand devancier Richard Wilson l’engage vers le tournant du siècle Ă  entreprendre des paysages classicisants de plus grande ampleur et de coloris plus soutenu. Il Ă©tudie en parallèle, avec dĂ©fĂ©rence et bientĂ´t la volontĂ© d’en dĂ©coudre, l’art des grands paysagistes actifs en Italie au XVIIe siècle : Salvatore Rosa (1615-1673) et Nicolas Poussin (1596-1665). Loin de pasticher ces grands modèles, Turner bouscule d’un souffle puissant et tempĂ©tueux la perfection de leurs harmonieuses compositions en inaugurant presque la magistrale tradition du paysage fantastique britannique avec Le DĂ©luge (1805, Tate) directement inspirĂ© du tableau Ă©ponyme de Nicolas Poussin (1664, Louvre). L’exposition propose pour leur confrontation, ses quelques tentatives dans le domaine de la peinture d’histoire (Sainte famille de 1803, collection de la Reine, ou VĂ©nus et Adonis vers 1805, collection privĂ©e) qui se nourrissent d’un chromatisme plus riche et plus soutenu fĂ©condĂ© par l’étude de Titien (vers 1490-1576) (La Vierge au lapin vers 1530, Louvre) et de Claude. Ses petites peintures de figures rivalisent Ă  la fois avec des maĂ®tres mĂ©connus Ă  l’époque tels Watteau (1684-1721) (Ce que vous voudrez !, 1822, Williamstown, Clark Institute) ou ses rivaux les plus cĂ©lèbres tels David Wilkie (1785-1841). Le dialogue fructueux avec les paysagistes de la gĂ©nĂ©ration suivante, Bonington (1802-1828) (Scène de la cĂ´te française avec des pĂŞcheurs de 1826, tate) et Constable (1776-1837) (L’inauguration du pont de Waterloo, 1829, Tate) vont exalter encore la libertĂ© de touche et de ton de Turner (La plage de Calais, 1830, Bury Art Gallery ou Le Bateau Ă©chouĂ© vers 1828, Tate). _ Après 1820, la dĂ©couverte de Venise (Venise vue du porche de la Madone de la Salute, 1835, New York, Metropolitan Museum) et l’approfondissement de l’étude de Claude Lorrain portent les compositions de Turner vers un très grand raffinement chromatique et une maĂ®trise des compositions Ă  plans multiples et vaporeux (Palestrina Composition, 1828, Tate). L’exposition permettra Ă  ce titre, comme Turner l’avait lui-mĂŞme souhaitĂ©, de confronter un de ses plus complexes chefs d’œuvre, Le DĂ©clin de l’empire carthaginois (1817, Tate) avec deux des visions magnifiques de Claude Lorrain qui l’ont inspirĂ©e : Le Port de mer au soleil couchant (Louvre, 1639) et Le DĂ©barquement de ClĂ©opâtre Ă  Tarse (Louvre). C’est par la confrontation exigeante et sans arrĂŞt provoquĂ©e avec ses peintres de prĂ©dilection que Turner a construit son affranchissement, sa sidĂ©rante libertĂ© de peindre portĂ©e Ă  son apogĂ©e dans sa dernière dĂ©cennie d’activitĂ© (TempĂŞte de neige, bateau Ă  vapeur au large d’un port, 1842, Londres, Tate).

L’exposition « Turner et ses peintres » retrace et illustre cette construction de la vision de Turner, riche de rencontres multiples, fortuites ou provoquĂ©es, mais toujours opportunes et fĂ©condes, tout au long de sa remarquable carrière. Elle rassemble près de 100 tableaux et Ĺ“uvres graphiques (Ă©tudes, gravures) provenant de grandes collections britanniques et amĂ©ricaines, des musĂ©es du Louvre, du Prado, et de Londres.

- Commissariat de l’exposition : Guillaume Faroult, conservateur, dĂ©partement des peintures du musĂ©e du Louvre, Paris ; David Solkin, professeur d’Histoire de l’Art, Courtauld Institute, Londres ; Ian Warrell, conservateur, Tate Britain, Londres

- ScĂ©nographie : Didier Blin

Lire Ă©galement :
- Turner et les MaĂ®tres - Exposition
-  Venise : De Canaletto et Turner Ă  Monet

Exposition Turner au Grand Palais Ă  Paris

Horaires
— Du vendredi au lundi de 9 h 00 Ă  22 h 00,
— le mardi de 9 h 00 Ă  14 h 00,
— le mercredi de 10 h 00 Ă  22 h 00,
— le jeudi de 10 h 00 Ă  20 h 00 FermĂ© le 1er mai. L’exposition participe Ă  la Nuit des musĂ©es le 15 mai 2010, entrĂ©e gratuite de 19h30 Ă  0h15, fermeture Ă  1h00

Tarifs
— Plein tarif : 11 €
— Tarif rĂ©duit : 8 € (13-25 ans, famille nombreuse, demandeur d’emploi)
— Gratuit pour les moins de 13 ans, les bĂ©nĂ©ficiaires du RSA et du minimum vieillesse.

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