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A vos plumes

Nouvelle

Un couple parfait

mercredi 26 mars 2008

Ce texte de Léa Antony a obtenu le Premier Prix du concours de nouvelles 2006 de l’association Bastet
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Je sais qu’il sera un bon père, tout comme il est un bon mari et un amant acceptable. C’est bien pour cela que j’ai accepté de l’épouser. Vivre maritalement était insupportable pour ses grands bourgeois de parents : Papa énarque, terreur de la cour des comptes ; Maman, ingénieur chercheur sur les OGM à l’INRA. Devant l’autel ils masquaient leur déception sous voilette et chapeau. Je suis fille d’instituteurs, un peu grosse et seulement diplômée de l’université. Mais, à mon tour de hanches, ils avaient dû juger que je ferai des enfants sans césarienne. Edeline, mon amie de toujours m’avait prévenue : « Tu te fourvoies. Pour ces gens là ; tu tiendras toujours ta fourchette trop haut ou trop bas. »

J’ai cassé vingt ans d’amitié : de la maternelle où nous mangions de concert nos pots de colle cléopâtre aux boums où nous enfilions nos jeans déchirés en cachette des parents. J’avais 25 ans, de la cellulite plein les cuisses et un diplôme de relectrice-correctrice en poche. Jean-Jacques était l’aubaine – coup de foudre. 25 ans, c’est le bon âge pour rencontrer l’homme de sa vie. Je prenais des cours de salsa pour diminuer mon tour de hanches et raffermir mes mollets. Il cherchait la mère de ses enfants. Il est auditeur international. J’ai jamais bien compris ce que ça recouvrait mais, en soirée, tout le monde prend un air respectueusement entendu. A 32 ans, entre deux vols Air France Business Class, il s’était dit que la salsa était plus productive que le scrabble pour trouver une compagne. Ceci dit, il est meilleur au scrabble, comme tous ces blancs qui s’essaient aux danses de blacks.

Mon Jean-Jacques, il est en Chine, en Russie, au Canada. Bref, il audite à l’international. Je corrige, j’orthographie, je relis le Grévisse. Je sors au resto, en boîte afro avec les copines – Sarah et Natacha, deux mamans célibataires dont je ne crois pas lui avoir parlé. Il rentre, je pose ses chemises au pressing, lui loue trois DVD et repars avec mes copines. Il ne comprend pas pourquoi je cours les expos d’art contemporain africain qu’il s’acharne à appeler « art nègre ». Il ne serait pas étonné si je lui parlais d’une exposition coloniale. Il ne saura jamais que ce Bébé, je rêve de l’appeler Tisha ou Gakere. Il s’appellera Jean-Jacques junior ou Marie-Jeanne comme sa grand-mère. Le secret, c’est le prix à payer pour être respectable, préserver mes vacances en République Dominicaine et ne pas me soucier de ma retraite.

Je vais être papa. C’est un mot creux, plein d’archétypes. Dans ces moments là, il est de bon ton de penser : « il va falloir que j’assure ». Sans me vanter, j’assure déjà. Ce petit, il va s’installer dans un grand appartement dont nous sommes déjà propriétaires. A 38 ans, à Paris, tout le monde ne peut pas en dire autant. Solenn sera une bonne mère. Elle va se précipiter dans les boutiques d’éveil et autres jouets éducatifs. Elle n’est pas fille d’instits pour rien. Cela la changera de ces expositions ridicules avec trois bouts de ficelles en souvenir des sorciers dogons. La maternité va l’épanouir. C’est ce qui est arrivé à la femme de Pierre, mon meilleur ami, colocataire du temps de Sciences Po et de HEC.

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