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Ce texte de Léa Antony a obtenu le Premier Prix du concours de nouvelles 2006 de l’association Bastet
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Le soucis c’est que la maternité va l’arrondir davantage. C’est incontestable. J’ai toujours hésité à lui payer un abonnement au gymnase club, ça sera mon cadeau post accouchement – à la fois diplomatique et « in ». Après le deuxième, j’aurais une bonne excuse pour lui offrir liposuccion et remodelage des seins. Elle ne sera jamais grande dame, sublime de beauté retenue, au port altier, au maintien aristocratique selon le rêve de ma mère. Elle ne sera jamais non plus une de ces « bimbos », talons, lingeries et colliers comme ces filles dans les magazines que je jette soigneusement dans les poubelles des aéroports à chacun de mes retours.
Solenn, je l’ai rencontré à un cours de salsa. Pierre avait rencontré Clara par ce biais. Mon problème ça a toujours été le temps : pas le temps de faire du bénévolat, pas le temps de tchatter sur le web sous des pseudos suggestifs, pas le temps de m’inscrire dans un agence sérieuse, si possible catholique. J’avais bien essayé l’UCPA : je suis revenu du stage planche à voile avec une angine. Le voyage tour operator en Égypte m’a contraint à sympathiser avec une lesbienne cinquantenaire, isolée avec moi entre les tablées familiales.
C’était il y a six ans. Solenn était relectrice-correctrice, un peu ronde et de milieu acceptable par mes parents. Auditeur international depuis cinq ans, j’étais déjà propriétaire de mon appartement – ce qu’on appelle un bon parti. Chez elle, j’ai toujours apprécié les jupes comme il faut, juste au dessous du genou, les tailleurs pas trop échancrés. Elle n’avait pas de quoi faire fantasmer mes copains mais elle était parfaite pour une présentation à ma grand-mère. Pierre avait vu juste. Elle est agréable à vivre, cultivée et il y a peu de risques qu’on me la pique avec ses pantalons taille 48 et le haut des bras déjà flasques. Je peux voyager tranquille. Surtout, à présent, c’est ma femme et la mère de mon enfant.