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Ce texte de Léa Antony a obtenu le Premier Prix du concours de nouvelles 2006 de l’association Bastet
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J’ai de la chance, elle sait être autonome, ne passe pas son temps à pleurnicher sur mes absences. Elle est gentille, elle me loue des DVD quand je rentre de voyages. Moi, je préfère inviter Pierre. On regarde le foot sur le câble, on sirote nos bières en mangeant des chips diététiques au sel de Guérande, parfum cactus. Je préfère qu’elle n’en sache rien, l’image du cadre sup, futur père modèle en serait trop écornée. Comme toutes les femmes, elle ne supporte pas le foot et les films X. Avant de me marier, j’ai rangé ma collection de Marc Dorcel dans des pochettes « les classiques du cinéma français ». Elle n’est pas curieuse ou alors elle sait être discrète.
Je me l’avoue souvent, j’aurais préféré une plus belle, une plus intéressée par les nouvelles technologies, le golf et les vacances en famille. Il faut dire qu’avec ma tête de premier de la classe, ma calvitie mature et ma timidité, je n’ai jamais vraiment pu aborder ces filles charmantes qui peuplent les cours de danses aux bras musclés de Tom Cruise smicards. Je crois surtout, je me l’avoue rarement, que j’aurais préféré une femme que j’aime. Papa et maman me l’ont assez répété : il n’y a pas d’amours heureux. La raison seule préside pour investir dans une bague, y lier sa destinée et celle de sa descendance. Ce secret là , c’est le prix à payer pour la tranquillité de l’esprit, une maison en ordre et des enfants bien élevés.
Léa Antony