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Etudes et Société

Vers un capitalisme féminin - Rafik Smati

par Nicole Salez, vendredi 12 mars 2010

Voici une perspective de sortie de crise originale : rĂ©gĂ©nĂ©rer le capitalisme par un rééquilibrage des valeurs en faveur du "fĂ©minin". Et si la crise que traverse notre civilisation Ă©tait celle du masculin ? Rafik Smati pose la question dans son livre "Vers un capitalisme fĂ©minin" qui paraĂźt le 8 avril 2010 aux Editions Eyrolles.
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A l’occasion de la journĂ©e internationale des droits de la femme, Rafik Smati annonce la sortie de son premier ouvrage : "vers un capitalisme fĂ©minin", en librairie Ă  compter du 8 avril et publiĂ© aux Editions Eyrolles. Rafik Smati y transmet une rĂ©flexion originale sur l’Ă©volution du capitalisme qui consiste pour l’essentiel Ă  dĂ©crire les facettes multiples de "la crise du masculin" et Ă  prĂ©dire l’avĂšnement d’un "capitalisme fĂ©minin".

Le capitalisme est-il gĂ©nĂ©tiquement masculin ? La crise financiĂšre aurait-elle eu lieu s’il y avait plus de femmes dans les salles de marchĂ© ? La testostĂ©rone, l’hormone masculine, met-elle la planĂšte en danger ? Pourquoi les femmes prennent le pouvoir sur l’Internet ? A partir de questions qui invitent d’abord Ă  dĂ©crypter les manifestations du masculin et du fĂ©minin dans la vie Ă©conomique et sociale, Rafik Smati livre sa vision du monde Ă  venir.

L’auteur : Rafik Smati

Rafik Smati est prĂ©sident du groupe Aventers qui contrĂŽle Dromadaire.com, leader mondial de cartes de vƓux virtuelles, et Ooprint.com, leader français de l’impression en ligne.

- Vers un capitalisme fĂ©minin
- Auteur : Rafik Smati (collection « Capitalisme en mouvement », dirigĂ©e par Nicolas Bouzou)
- Editeur :Organisation Eds D’ (Eyrolles)
- 128 pages
- En librairie le 8 avril 2010
- 14 €


Ce qu’Ă©crit Rafik Smati sur son blog

Vers un capitalisme féminin

Et si la crise que traverse notre civilisation n’était-elle pas la crise du masculin ?

Regardons tout d’abord les choses d’un point de vue bio-gĂ©nĂ©tique. Le patrimoine gĂ©nĂ©tique de chaque ĂȘtre humain est rĂ©parti sur 46 chromosomes. Tous ces chromosomes sont comparables d’un individu Ă  l’autre, Ă  l’exception du 46Ăšme, qui prend une forme diffĂ©rente selon que le sujet est une femme ou un homme. Dans le premier cas il s’agit d’un chromosome en forme de « X ». Dans le second cas un chromosome en forme de « Y ». Et ce chromosome (X pour la femme, et Y pour l’homme) code Ă  lui seul l’ensemble des caractĂ©ristiques sexuelles de l’individu. Ce qu’il y a de surprenant, c’est que le chromosome masculin (Y) est trois fois plus petit en taille que le chromosome fĂ©minin (X) et contient environ 10 fois moins de gĂšnes. Plus Ă©tonnant encore, le chromosome Y tend Ă  devenir de plus en plus petit avec le temps et Ă  se vider de ses gĂȘnes, si bien que certains prĂ©disent sa disparition pure et simple d’ici une dizaine de millions d’annĂ©es. ParallĂšlement Ă  cela, de nombreuses Ă©tudes font Ă©tat d’une baisse spectaculaire de la fertilitĂ© masculine ces derniĂšres annĂ©es. La concentration de spermatozoĂŻdes diminuerait de 3% par an en Europe. Sur ces 50 derniĂšres annĂ©es, leur concentration aurait baissĂ© de 50% !

Tout se passe donc comme si la Nature voulait dĂ©sormais se passer du sexe masculin. Et la survie de l’espĂšce me direz-vous ? Cette question est d’autant plus lĂ©gitime que l’une des hypothĂšses avancĂ©e pour expliquer la disparition de l’Homme de Neandertal il y a 30000 ans est celle d’une dĂ©faillance de la fertilitĂ© masculine. Dans notre cas, la survie de l’espĂšce n’est Ă  priori pas menacĂ©e car l’Homme a su crĂ©er, notamment grĂące Ă  sa science, des techniques de reproduction non sexuĂ©es qui fondamentalement n’impliquent pas la prĂ©sence impĂ©rieuse d’un individu de sexe masculin pour assurer le renouvellement de l’espĂšce.

Mais pourquoi donc la Nature aurait-elle intĂ©rĂȘt Ă  se passer du sexe masculin ?

Regardons les choses d’un point de vue historique et social. Il y a 100 000 ans dĂ©jĂ , l’homme risquait sa vie pour aller chasser pendant que la femme veillait sur le camp. Aux hommes la conquĂȘte des nouveaux territoires, aux femmes l’organisation des relations sociales au sein de ces territoires. Quand les hommes incarnaient l’autoritĂ© Ă  l’extĂ©rieur du foyer, les femmes exerçaient cette autoritĂ© Ă  l’intĂ©rieur. Quand les hommes enseignaient Ă  leur descendance l’art de la guerre, les femmes veillaient Ă  la transmission du savoir. Au fond, tout se rĂ©sume de la façon suivante : le risque est une valeur masculine, la prudence est une valeur fĂ©minine ; la conquĂȘte est l’apanage de l’homme, l’organisation est l’apanage de la femme.

Pour se bĂątir, notre modĂšle de civilisation a donc de fait nĂ©cessitĂ© une approche de type masculine basĂ©e sur la prise de risque, la conquĂȘte et la guerre. Mais aujourd’hui, alors que toute la planĂšte est explorĂ©e, que les autres espĂšces animales sont dominĂ©es, que les frontiĂšres sont stabilisĂ©es, et que les ressources (tant Ă©nergĂ©tiques qu’agricoles) sont Ă  la limite de l’épuisement, le modĂšle masculin a-t-il encore un sens ? Plus encore, n’est-il pas intrinsĂšquement dangereux pour la survie de l’espĂšce ? C’est peut ĂȘtre la raison pour laquelle la Nature tend dĂ©sormais Ă  privilĂ©gier dans sa sĂ©lection naturelle un modĂšle davantage fĂ©minin, basĂ© sur la prudence, l’organisation, la gestion des ressources, et la transmission du savoir. Et si la fin du modĂšle capitaliste que prĂ©disent certains n’était-il pas plutĂŽt la fin du modĂšle capitaliste masculin ?

Un capitalisme fĂ©minin serait en effet assurĂ©ment un capitalisme plus apaisĂ© ; un capitalisme conscient de la limitation des ressources et de l’importance de l’éducation ; un capitalisme probablement moins ludique et plus prudent. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les traders de salles de marchĂ© sont dans leur quasi-totalitĂ© de sexe masculin. La crise financiĂšre que nous connaissons aurait-elle eu lieu si ces mĂȘmes traders Ă©taient des femmes ? Probablement pas.

« La femme est l’avenir de l’homme », Ă©crivit Louis Aragon. Plus que jamais cette maxime n’a autant fait figure de prophĂ©tie.

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